Économie

Eau : L’État lance la construction d’un dictionnaire de la data

Face à la dispersion des informations produites par la multitude d’acteurs du secteur de l’eau, l’État lance l’élaboration d’un référentiel commun, appelé à devenir le socle d’un langage partagé et d’une gouvernance renforcée des données hydriques à l’échelle nationale.

12 Juillet 2026 À 10:16

Ministères et services déconcentrés, établissements publics, collectivités territoriales, entreprises publiques et privées, associations : le secteur marocain de l’eau compte une multitude d’intervenants, chacun produisant et exploitant ses propres données. Cette diversité, si elle traduit la vitalité du secteur, a aussi un revers : une dispersion des informations et une hétérogénéité des référentiels et nomenclatures utilisés d’un acteur à l’autre. Résultat : le regroupement et la mise en cohérence des données s’avèrent aujourd’hui complexes, chronophages et sources d’erreurs, freinant l’exploitation efficace d’une information pourtant abondante. C’est pour répondre à ce constat que le département chargé de l’eau engage un projet structurant : la mise en place d’un dictionnaire référentiel des données sur l’eau, conçu comme un socle commun de gestion, de définition et de partage de l’information hydrique à l’échelle du Royaume.

Un cadre bâti sur quatre principes

La démarche s’inscrit dans le prolongement du cadre commun d’urbanisation du Système intégré d’information relatif à l’eau (SIIE), qui pose quatre principes directeurs pour l’ensemble des acteurs engagés dans sa transformation. Ce premier principe s’accompagne de trois autres exigences : des données standardisées et définies sur la base d’un vocabulaire commun, des données facilement réutilisables, partageables et accessibles à travers les frontières des administrations, et enfin des données sécurisées et archivées. Le futur dictionnaire référentiel a précisément vocation à traduire ces principes en dispositif opérationnel, en facilitant l’accès et la compréhension des données, en harmonisant leur exploitation au service des outils de pilotage et d’aide à la décision, et en définissant les règles de gestion et de partage applicables à l’ensemble des acteurs du secteur.

Trois missions pour bâtir l’édifice

Le projet se déploie en trois temps. La première étape consiste en un diagnostic approfondi de l’existant : recensement des données produites et échangées par chaque partenaire, cartographie des acteurs et des flux, inventaire des systèmes d’information et des plateformes d’échange, et élaboration de fiches de métadonnées détaillées pour chaque type de donnée – allant de sa définition normalisée jusqu’à ses règles de diffusion et ses attributs géographiques. La deuxième mission porte sur la conception fonctionnelle et l’architecture des données proprement dites. Il s’agit de structurer et de catégoriser les données recensées, de standardiser les nomenclatures, les unités et les formats, puis de bâtir les modèles conceptuel, logique et physique du futur dictionnaire, formalisés à travers des diagrammes UML et validés avec l’ensemble des parties prenantes.

La troisième et dernière mission couvre le développement et le déploiement de la plateforme, ainsi que la formation des utilisateurs. Le futur portail, développé en environnement dit «C#/.NET Core» avec une base de données PostgreSQL, sera accessible depuis différents supports – poste de travail, tablette, terminal mobile – et devra intégrer des interfaces de catalogage, de consultation des métadonnées, de visualisation des flux de partage entre acteurs et de tableaux de bord dynamiques.

Une architecture pensée pour la durée

Au-delà de la seule interface de consultation, le Ccahier des charges technique insiste sur la robustesse et la pérennité du dispositif. Chaque élément de donnée devra être identifié de façon unique, tracé dans le temps et rattaché à un propriétaire clairement désigné. Les données à caractère spatial devront respecter la norme internationale ISO 19115-1:2014 en matière de métadonnées géographiques, tandis que la plateforme devra se conformer aux exigences de sécurité des systèmes d’information fixées par la Direction générale de la sécurité des systèmes d’information (DGSSI), avec gestion des habilitations, traçabilité des accès et des modifications, et journalisation des actions sensibles. Le volet humain n’est pas négligé : une session de formation de quatre jours est prévue pour les futurs administrateurs du dictionnaire, complétée par une journée dédiée à une quarantaine d’utilisateurs finaux, afin d’assurer l’appropriation opérationnelle de l’outil au sein des différentes structures concernées.

Un enjeu de gouvernance et de décision publique

Derrière cet exercice de structuration technique se joue un enjeu plus large : celui de la fiabilité et de la disponibilité de l’information sur une ressource stratégique. En alimentant à terme un entrepôt de données destiné à nourrir des tableaux de bord et d’autres supports de pilotage, le dictionnaire référentiel doit renforcer l’interopérabilité entre systèmes d’information jusqu’ici cloisonnés et soutenir une prise de décision plus rapide et mieux étayée, dans un secteur où la coordination entre acteurs conditionne largement l’efficacité de la gestion de la ressource en eau.
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