Économie

El Niño : la campagne agricole 2026-2027 face à l’incertitude des pluies

Le possible renforcement d’El Niño au cours des prochains mois accroît les incertitudes autour de la campagne agricole 2026-2027 au Maroc. Si ce phénomène climatique peut perturber les régimes de températures et de précipitations à l’échelle mondiale, son retour ne signifie pas pour autant que le Royaume se dirige nécessairement vers une nouvelle sécheresse. Pour l’agriculture marocaine, l’enjeu résidera surtout dans le calendrier et la régularité des pluies.

24 Août 2026 À 15:00

Après plusieurs années marquées par la sécheresse et le stress hydrique, l’évolution des conditions climatiques durant l’automne et l’hiver sera particulièrement suivie au Maroc. La situation des ressources en eau s’est certes améliorée au cours de la dernière saison à la faveur des précipitations, mais cette embellie ne met pas définitivement le pays à l’abri de nouveaux épisodes de déficit pluviométrique.

El Niño est un phénomène climatique naturel caractérisé par un réchauffement inhabituel des eaux de surface du Pacifique tropical central et oriental. Ce réchauffement perturbe la circulation atmosphérique et peut modifier les régimes météorologiques dans plusieurs régions du monde.

El Niño ne signifie pas forcément sécheresse

Pour Ibrahim El Anbi, expert agricole agréé, les perspectives d'évolution d'El Niño et les possibles perturbations des régimes climatiques durant l'automne et l'hiver placent la prochaine campagne agricole marocaine dans une situation d'incertitude accrue, particulièrement pour les cultures pluviales.

« Le retour d’El Niño ne signifie pas nécessairement la répétition d’un scénario de sécheresse. La relation entre ce phénomène et les précipitations au Maroc n’est pas directe ; elle dépend également de la situation dans l’Atlantique et en Méditerranée, ainsi que de la trajectoire des dépressions », explique-t-il dans une déclaration à Assahraa Al Maghribia.

Il convient ainsi d’éviter de considérer El Niño comme un indicateur permettant, à lui seul, de prévoir l’issue de la campagne agricole. Plusieurs facteurs atmosphériques et océaniques interviennent dans la configuration des précipitations au Maroc.

La régularité des pluies, enjeu clé pour les cultures

Pour l’agriculture, l’une des principales préoccupations concerne moins le cumul annuel des précipitations que leur répartition au cours de la saison.

« Le principal problème pour le Maroc réside davantage dans l’irrégularité des précipitations que dans la baisse de leur cumul annuel. Le pays peut connaître de fortes pluies sur une courte période, suivies de longues périodes de sécheresse », souligne Ibrahim El Anbi.

Une telle configuration peut affecter la germination des céréales, leur croissance et, à terme, les rendements, même lorsque le cumul pluviométrique annuel apparaît globalement acceptable.

« Les cultures ont davantage besoin de précipitations régulières que d’une simple augmentation de leur quantité », insiste l’expert. Pour lui, « la campagne agricole 2026-2027 ne doit pas être abordée selon la logique : "Y aura-t-il de la pluie ou de la sécheresse ?”, mais plutôt : "Comment les précipitations seront-elles réparties et quand tomberont-elles ?” »

Plusieurs scénarios restent ainsi possibles : une campagne favorable si les pluies sont suffisamment régulières, une saison plus instable si les précipitations se concentrent dans des épisodes espacés, ou encore une campagne sèche en cas de persistance du déficit pluviométrique.

Les cultures bour sont les plus exposées à ces variations, notamment les céréales, largement dépendantes des précipitations. Un retard dans le démarrage de la saison des pluies ou un manque d’eau durant les phases décisives du développement des plantes peut directement peser sur les rendements et la production.

À l’inverse, des précipitations très intenses sur de courtes périodes peuvent également devenir une source de risque en provoquant des inondations, l’érosion des sols ou des dommages aux cultures et aux infrastructures agricoles.

La sécurité hydrique reste sous pression

Cette incertitude dépasse le seul secteur agricole. Pour le Maroc, le défi consiste désormais à gérer des conditions climatiques susceptibles d’alterner périodes sèches, températures élevées et épisodes de précipitations intenses.

Dans ce contexte, le Royaume poursuit ses investissements dans le dessalement de l’eau de mer, l’interconnexion des bassins hydrauliques et la réutilisation des eaux usées traitées afin de réduire la pression sur les ressources conventionnelles et la dépendance de l’approvisionnement en eau potable vis-à-vis des précipitations.

Pour l’agriculture, l’adaptation passe également par une meilleure gestion de l’eau et des sols, le recours à des cultures et variétés plus adaptées aux conditions climatiques ainsi que le développement des systèmes d’alerte précoce et des prévisions destinées aux agriculteurs.

À l’approche de la campagne 2026-2027, les regards porteront donc autant sur la quantité de pluie que sur son calendrier. Une saison aux précipitations modérées mais régulières peut s’avérer plus favorable aux cultures que des pluies abondantes concentrées sur quelques épisodes. El Niño ne dessine ainsi pas à lui seul le scénario de la prochaine campagne, mais il renforce la nécessité d’anticiper une pluviométrie plus incertaine.
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