La
dette bancaire des ménages a atteint son plus haut niveau historique en 2025, selon le Rapport annuel sur la
supervision bancaire de
Bank Al-Maghrib. Une progression que la Banque centrale scrute de près, à travers sa traditionnelle enquête annuelle et sa contribution aux travaux relatifs au traitement du surendettement.
À fin 2025, la dette bancaire des ménages a totalisé 456,3 milliards de dirhams, en hausse de 6,9%, contre 3,8% en 2024. Cet encours a représenté près de 33% des concours des
établissements de crédit, en repli d’un point par rapport à l’année précédente, et son poids rapporté au produit intérieur brut (PIB) s’est maintenu à 27%.
Les
banques détiennent près de 78% de cette dette, contre 22% pour les
sociétés de financement, soit une hausse de 3 points de la part de ces dernières par rapport à 2024. Sur ce total, la part du
crédit à la consommation s’est renforcée de 2 points, à 40%, au détriment de celle du
crédit à l’habitat, qui s’est contractée à 60%. Ces données s’appuient sur la 21e Enquête menée par Bank Al-Maghrib sur l’évolution de
l’endettement des ménages, réalisée auprès de 10 banques conventionnelles, 4 banques participatives, une fenêtre participative et 11 sociétés de crédit à la consommation, cumulant des parts de marché de 95% en financements à l’habitat et de 99% en financements à la consommation. Cette enquête vient compléter le suivi mensuel des crédits à la consommation et à l’habitat, en l’enrichissant d’éléments relatifs au profil des bénéficiaires selon l’âge, le revenu, la catégorie socioprofessionnelle et la localisation géographique.
Crédits à l’habitat et à la consommation : les chiffres clés
Du côté du crédit à l’habitat, la production a progressé de 10,8% en 2025, pour atteindre 31,8 milliards de dirhams, portant l’encours brut à 272,9 milliards de dirhams (+3%).
Cette évolution de la production est induite par un accroissement de 12,9% pour les prêts libres, alors que les prêts encouragés par l’État ont accusé une baisse de 3,3%. Le nombre de bénéficiaires a également augmenté de 4,5% à 63.252 clients, reflétant une hausse des prêts libres de 9,3%, alors que le nombre de prêts encouragés par l’État s’est contracté de 7%. Le montant moyen de crédit s’est apprécié, pour sa part, de 28.000 dirhams par rapport à l’année précédente pour ressortir à 502.000 dirhams.
Le taux d’intérêt moyen appliqué par les banques à ces crédits s’est établi à 4,68%, en baisse de 9 points de base. La part des crédits à l’habitat réalisée à taux fixe s’est maintenue à 93% en termes d’encours, alors qu’elle s’est renforcée de 2 points à 97% en termes de production.
Selon le critère de l’âge, les personnes âgées de plus de 40 ans ont concentré près de 62% du nombre total des dossiers, contre 30% pour les personnes âgées entre 30 et 40 ans. Les personnes de moins de 30 ans représentent 8%. En termes de revenu, les personnes à revenu inférieur à 6.000 dirhams ont disposé de 44% du nombre de dossiers de crédits, soit une baisse de 2 points en faveur des personnes ayant des revenus supérieurs à 6.000 dirhams, dont la part a augmenté à 56%.
Porté par un encours de crédit inédit de 10,6 milliards de dirhams et un total-bilan en hausse de 7,9%, le secteur marocain de la microfinance affiche, à fin 2025, des indicateurs d’activité solides. Mais derrière cette performance d’ensemble, le Rapport de Bank Al-Maghrib révèle une restructuration accélérée : le nombre d’associations recule à 10, la concentration du crédit autour des principaux acteurs s’accentue, le nombre de clients continue de baisser au profit d’un encours moyen en hausse, et la rentabilité globale du secteur s’effrite, avec un résultat net en repli et trois associations déficitaires.
Selon la répartition géographique, près de 38% des bénéficiaires des crédits à l’habitat sont situés dans la région de Casablanca-Settat, suivie de la région de Rabat-Salé-Kénitra avec 20% des emprunteurs. S’agissant du crédit à la consommation, son encours brut s’est établi à près de 183,4 milliards de dirhams, en hausse de 13,2%, après 7,7% l’année précédente. Cette évolution traduit une accélération des prêts octroyés par les sociétés de crédit à la consommation à 20,9% après 11,5%, alors que ceux accordés par les banques sont en hausse de 5,5% après 4,1%. L’encours de financement octroyé par les banques et fenêtres participatives, sous forme de Mourabaha destiné à l’acquisition de véhicules, a augmenté de 38,6% à 2,2 milliards de dirhams.
Par maturité, les financements à la consommation de maturité supérieure à 7 ans ont vu leur part s’élargir de 6 points à 50%, celle des financements de maturité comprise entre 5 et 7 ans ainsi que celle des financements de maturité comprise entre 3 et 5 ans ont vu leurs parts se contracter de 4 et un point, à 33% et 14% respectivement.
Les personnes disposant d’un revenu inférieur à 4.000 dirhams représentent près de 26% des dossiers de crédit, contre 22% pour celles à revenu compris entre 4.000 et 6.000 dirhams, en baisse d’un point en faveur des personnes ayant un revenu supérieur à 6.000 dirhams, dont la part s’est renforcée à 52% après 49% l’année passée.
À l’instar des crédits à l’habitat, les bénéficiaires des crédits à la consommation demeurent concentrés notamment au niveau des agglomérations urbaines de Casablanca (30%) et Rabat (20%).
Des créances en souffrance sur les ménages en légère hausse
L’encours des
créances en souffrance portées par les
banques et les
sociétés de financement sur les
ménages s’est accru de 6%, pour s’établir à 47,3 milliards de dirhams, induisant un taux de risque stable à 10,4%. Le taux de couverture de ces créances par les provisions s’est amélioré d’un point, à 65%.
Pour les banques, ces créances en souffrance ont ralenti à une hausse de 4,3%, pour s’établir à près de 36 milliards de dirhams, après une progression de 7,1% l’année précédente, portant leur taux de risque à 10,1%, contre 10% à fin 2024 ; leur taux de couverture par les provisions s’est amélioré de 2 points, à 62%. Les créances en souffrance portées par les sociétés de crédit à la consommation ont, pour leur part, progressé de 11,1%, à près de 11,1 milliards de dirhams, après 4,9% en 2024, pour un taux de risque en repli d’un point, à 11,3%, et un taux de couverture de 77%, contre 80% en 2024. Par catégorie de financement, le taux de risque ressort en amélioration à 8,1% pour le crédit à l’habitat et à 13,6% pour le crédit à la consommation, contre respectivement 8,3% et 13,9% en 2024.
Le chantier du traitement du surendettement des ménages
Bank Al-Maghrib a poursuivi, en 2025, sa contribution aux travaux de la commission mixte instituée dans le cadre d’un chantier stratégique dédié à la mise en place d’un cadre régissant le surendettement des ménages. Cette Commission réunit les départements ministériels chargés de l’Industrie et du commerce, de l’Économie et des finances, ainsi que de la Justice, en coordination avec les représentants des établissements de crédit. Les recommandations élaborées par les groupes de travail thématiques mis en place dans ce cadre s’articulent autour de trois leviers : la data, à travers l’amélioration de la qualité, de la disponibilité et de l’exploitation des données pour mettre en place des indicateurs de surendettement ; la prévention, reposant principalement sur le renforcement des actions d’éducation et de sensibilisation financières ; et le volet curatif, qui prévoit l’institutionnalisation d’un mécanisme de traitement des situations avérées de surendettement.