Saïd Naoumi
10 Février 2026
À 10:05
Dans le sillage de la stratégie nationale de développement du numérique et de la réforme du secteur des
établissements et entreprises publics (EEP), le
ministère de l’Économie et des Finances engagera une nouvelle phase dans le processus de modernisation du contrôle financier de l’État. Porté par la
Direction des entreprises publiques et de la privatisation (DEPP), ce projet portera sur la digitalisation complète des processus métiers, la simplification des procédures administratives et l’instauration d’un pilotage basé sur la performance. Ce chantier s’inscrit directement dans le cadre de la mise en œuvre de la Loi n° 55-19 relative à la simplification des procédures administratives, ainsi que de la
Loi-Cadre n° 50-21, qui redéfinit les objectifs fondamentaux de la réforme des EEP. Celle-ci a introduit un nouveau paradigme : un contrôle financier recentré sur l’évaluation des performances, la qualité de la gouvernance et la prévention des risques.
À fin septembre 2025, le portefeuille public marocain comptait 267 EEP, répartis entre 217 établissements publics et 50 sociétés anonymes à participation directe du Trésor. Le dispositif actuel de contrôle financier est exercé par plusieurs acteurs institutionnels (contrôleurs d’État, commissaires du gouvernement, trésoriers payeurs et agents comptables), conformément à la Loi n° 69-00. Il couvre aussi bien la régularité des opérations de dépenses et de recettes que l’évaluation des systèmes d’information, de gestion interne et des performances économiques et financières des organismes publics. Selon la nature des EEP et le type de contrôle appliqué (préalable, d’accompagnement, conventionnel, contractuel ou spécifique), ces intervenants peuvent autoriser, approuver ou viser les actes de gestion, qu’il s’agisse d’engagements de dépenses, de paiements ou de recouvrements de recettes.
Mais face à la complexité croissante du portefeuille public, la DEPP a engagé, depuis plusieurs années, la construction d’un système d’information métier structuré autour d’une cartographie complète des processus. Le système d’information existant repose sur deux plateformes principales, hébergées au data center du département des Finances et développées en technologie J2EE, avec Oracle et SQL Server comme bases de données. Dans ce cadre, «MASSAR» est dédié à la centralisation des données économiques, financières et sociales des EEP, tandis qu’AD@E est orienté vers la gestion des paiements via les paieries et agences comptables soumises au contrôle préalable ou spécifique.
Ces outils permettent notamment la fédération des données financières des EEP à travers une centrale des liasses fiscales, la couverture des processus métiers de la DEPP, la génération de tableaux de bord pour le pilotage et l’aide à la décision, ainsi que l’ouverture vers les systèmes d’information partenaires via des échanges de données informatisés (EDI). Le système «
MASSAR» intègre, pour sa part, des modules dédiés au contrôle des engagements de dépenses ainsi qu’à la gestion des échanges entre EEP et contrôleurs d’État, notamment pour les appels d’offres, marchés, contrats et conventions. Quant à AD@E, il constitue la colonne vertébrale du contrôle de la régularité des paiements des EEP. Ce système structure l’ensemble de la chaîne de la dépense autour de modules interconnectés.
À travers ce nouveau projet, la DEPP ambitionne de consolider ce socle numérique afin d’accompagner la montée en puissance de la réforme des EEP. Le projet vise ainsi à doter l’État d’un outil intégré capable de centraliser l’information financière, d’évaluer les performances, de détecter les risques et d’éclairer la décision publique. Au-delà de la simple digitalisation, il s’agit d’un véritable changement de modèle, permettant de passer d’un contrôle administratif traditionnel à une gouvernance fondée sur la donnée, la performance et la redevabilité. Un levier stratégique pour renforcer l’efficacité du secteur public et optimiser la gestion des ressources de l’État.