Économie

Éolien offshore : quel potentiel pour l’électrification des villages de pêcheurs au Maroc ?

Une seule éolienne de 300 kW installée au large de Dakhla pourrait alimenter jusqu'à douze villages de pêcheurs. C'est la conclusion centrale d'une étude publiée dans «Energy Reports», qui croise pour la première fois quatre années de données satellitaires avec un scénario concret d'électrification décentralisée des côtes marocaines.

31 Août 2026 À 09:55

Le chiffre a de quoi retenir l'attention des porteurs de projets énergétiques : selon une étude publiée dans la revue scientifique «Energy Reports» par une équipe de la faculté des sciences Aïn Chock de l'Université Hassan II de Casablanca, une éolienne offshore de puissance moyenne, installée au large de Dakhla, produirait annuellement environ 1.183 mégawattheures (MWh) – de quoi couvrir les besoins électriques d'une dizaine à une douzaine de villages de pêcheurs.
À Tarfaya, la même machine produirait 1.104 MWh, suffisants pour onze villages ; à Essaouira, 998 MWh pour neuf à dix villages ; et à Tanger, 841 MWh pour huit villages. Ces estimations reposent sur un facteur de capacité – le rapport entre l'énergie effectivement produite et celle qu'une éolienne produirait en fonctionnant en continu à pleine puissance – compris entre 32% à Tanger et 45% à Dakhla, des niveaux que les auteurs jugent cohérents avec ce qui est rapporté ailleurs dans la littérature pour des conditions offshore et côtières comparables.

L'étude part d'un constat simple : le Maroc dispose de plus de 3.500 kilomètres de façade maritime – environ 3.000 km sur l'Atlantique et 500 km sur la Méditerranée – mais de nombreux villages côtiers, notamment ceux vivant de la pêche artisanale, restent aujourd'hui privés d'accès fiable à l'électricité. Plutôt que d'envisager de grands parcs éoliens raccordés au réseau national, les chercheurs testent une hypothèse d'électrification décentralisée : une éolienne prototype de 300 kilowatts (kW), choisie pour sa pertinence dans des applications côtières pilotes, positionnée au plus près de la demande locale.

Quatre ans de données satellitaires pour cartographier le vent

Pour établir ces résultats, les auteurs se sont appuyés sur les données du service Copernicus Marine Environment Monitoring Service (CMEMS), et plus précisément sur le jeu de données WIND_GLO_PHY_L4_MY_012_006, qui fournit des estimations horaires de vitesse du vent à partir d'observations par diffusiomètre – des radars embarqués sur satellites qui déduisent la vitesse et la direction du vent à partir de la rugosité de la surface océanique. Quatre années de mesures, de 2020 à 2023, ont été agrégées sur une grille de 0,125° (environ 14 km de résolution) couvrant le domaine atlantique marocain, de la latitude 20°30' à 37° Nord.

Neuf sites côtiers ont été retenus pour une analyse comparative détaillée : Tanger, Rabat, Casablanca, El Jadida, Safi, Essaouira, Agadir, Tarfaya et Dakhla. Les roses des vents établies pour chacun d'eux révèlent une direction dominante nord à nord-est sur la plupart des sites – à l'exception notable de Tanger, où le vent souffle principalement d'est avec des vitesses fréquemment comprises entre 12 et 21 m/s, et d'Agadir, où il vient du Nord à Nord-Nord-Ouest. À Rabat, en revanche, la distribution reste quasi uniforme entre le sud-sud-ouest et l'est, signe d'un régime de vent moins structuré.

Un gradient net entre le nord et le sud atlantique

La cartographie de la densité de puissance éolienne – l'indicateur clé pour évaluer l'énergie cinétique disponible, exprimé en watts par mètre carré – dessine une hiérarchie assez nette entre les sites. À Tanger, la puissance moyenne à 50 mètres de hauteur atteint un pic marqué d'environ 1.000 watts (W)/m² en février, le mois le plus venteux ; en portant les turbines à 100 mètres, ce pic grimpe encore d'environ 200 W/m² supplémentaires. Essaouira, Dakhla et Tarfaya affichent quant à elles des maximums plus modestes mais très réguliers sur l'année, culminant respectivement autour de 700, 600 et 500 W/m² en été, au mois de juillet. Casablanca et El Jadida se situent en retrait, avec une puissance moyenne plus faible et des variations saisonnières moins marquées – sans pour autant être écartées par les auteurs comme sites d'intérêt pour de futurs projets.

Ce n'est pas seulement l'intensité du vent qui importe, mais aussi sa régularité : les auteurs soulignent une stabilité interannuelle notable sur la période 2020-2023, un facteur qu'ils jugent rassurant pour des investisseurs potentiels, un projet éolien n'étant véritablement bancable que si la ressource ne fluctue pas de façon erratique d'une année sur l'autre. Autre observation opérationnelle : dans plusieurs sites, dont Rabat, Casablanca, El Jadida, Agadir et Safi, le vent atteint son pic quotidien en début d'après-midi, entre 14h et 17h – soit précisément aux heures de plus forte demande électrique, ce qui limiterait, sur le papier, le recours au stockage.

Une méthode encore exploratoire, assumée comme telle

Les auteurs prennent soin d'encadrer leurs propres conclusions. La principale limite tient à la durée de la série de données : quatre ans, quand les référentiels internationaux d'évaluation de la ressource éolienne recommandent des séries plus longues pour des évaluations dites «Investment-Grade». L'extrapolation verticale de la vitesse du vent – mesurée à 10 mètres puis projetée à hauteur de moyeu, entre 50 et 100 mètres, via un profil logarithmique – repose par ailleurs sur une hypothèse de stabilité atmosphérique neutre qui pourrait s'écarter des conditions réelles en mer.
Enfin, faute de mesures in situ (mâts météorologiques, bouées, stations côtières), l'ensemble de l'analyse reste fondé sur des données satellitaires seules, sans validation terrain. Les auteurs eux-mêmes présentent donc leurs résultats comme une évaluation de faisabilité de premier ordre, et non comme un dossier d'investissement finalisé. Ils appellent explicitement à des travaux complémentaires combinant séries longues, modélisation atmosphérique plus fine et analyse technico-économique complète avant tout déploiement à grande échelle.

Le sud atlantique, terrain le plus prometteur

Il n'en demeure pas moins que l'étude conforte une tendance déjà documentée par la littérature scientifique sur l'éolien marocain : c'est la façade atlantique sud du Royaume – Dakhla, Tarfaya, Essaouira – qui concentre le potentiel le plus robuste, avec un régime de vent à la fois plus intense et plus stable qu'au nord. Tanger et Rabat affichent des valeurs modérées à élevées, mais avec davantage de variabilité saisonnière.
Pour les auteurs, cette hiérarchie plaide en faveur d'un déploiement pilote priorisé dans le sud, où le couplage entre ressource éolienne et besoins d'électrification des communautés de pêcheurs semble le plus favorable – avec, à terme, la possibilité de coupler plusieurs machines à des systèmes de stockage pour sécuriser l'approvisionnement au-delà des seules heures de vent.
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