Économie

Financement des TPME : Tamwilcom met le turbo avec "Jossour 2030"

Avec « Jossour 2030 », Tamwilcom se fixe de nouvelles ambitions pour le financement des entreprises. La stratégie vise à mobiliser plus de 300 milliards de dirhams de financements, accompagner 435.000 bénéficiaires, dont 330.000 micro et très petites entreprises, à l'horizon 2030 et renforcer le soutien aux TPME à travers des garanties élargies, un ancrage territorial accru et de nouveaux dispositifs de cofinancement.

03 Juin 2026 À 16:00

Au-delà des objectifs chiffrés, la stratégie Jossour 2030 marque l'ouverture d'un nouveau cycle pour une institution qui entend renforcer son rôle de passerelle entre les besoins de financement de l'économie et les acteurs capables d'y répondre. Présentant cette vision, le directeur général de Tamwilcom, Saïd Jabrani, a rappelé le chemin parcouru par l'institution au cours des quinze dernières années. Depuis 2010, le nombre de crédits garantis est passé de 949 à 61.800 opérations en 2025, soit une multiplication par 65. Sur la même période, le volume des crédits garantis est passé de 1,2 milliard à 25 milliards de dirhams. La croissance s'est également reflétée dans les performances financières de l'établissement. Le produit net bancaire a progressé de 77 millions de dirhams à 892 millions de dirhams, tandis que le résultat net a atteint 445 millions de dirhams en 2025.

Quand la garantie devient un levier économique

Pour Tamwilcom, la question n'est plus uniquement celle du financement des entreprises, mais celle de son impact sur l'ensemble de l'économie. Une étude d'évaluation montre que chaque 1 dirham injecté par l'État sous forme de dotation destinée à garantir un crédit génère 2,5 dirhams de valeur ajoutée dans l'économie sur un cycle de cinq ans. Cette capacité d'entraînement constitue l'un des fondements de la nouvelle stratégie. « Nous avons vocation à être des ponts entre les entrepreneurs et le financement, entre les porteurs de projets et les structures d'accompagnement, entre les startups et les fonds d'investissement, mais aussi entre les territoires et le développement », a expliqué Saïd Jabrani. C'est de cette vision qu'est né le nom « Jossour », pluriel du mot pont en arabe, qui symbolise la volonté de connecter les différents écosystèmes économiques afin d'accélérer la croissance.

Trois axes pour accompagner la montée en puissance du secteur privé

La stratégie repose sur trois piliers majeurs. Le premier consiste à renforcer le métier historique de la garantie. Sans remettre en cause son modèle économique, Tamwilcom entend élargir son champ d'intervention à des domaines jugés stratégiques, notamment l'exportation ainsi que les écosystèmes de sous-traitance et les chaînes de valeur.

Le deuxième pilier vise à territorialiser davantage les mécanismes de garantie et de cofinancement. Jusqu'à présent, les dispositifs étaient déployés de manière relativement uniforme sur l'ensemble du territoire. L'objectif est désormais d'adapter les solutions aux spécificités économiques de chaque région, en tenant compte des secteurs dominants tels que l'industrie, le tourisme, la pêche ou encore les activités de services.

Cette orientation est concrétisée par la signature d'une convention avec l'Association des Régions du Maroc.

Le troisième pilier consiste à mettre l'expertise financière de Tamwilcom au service des politiques publiques. L'institution souhaite devenir un partenaire privilégié des ministères et organismes publics pour accompagner les programmes nécessitant des mécanismes de financement spécifiques.

La stratégie Jossour 2030 accorde également une place importante à la valorisation des données. Forte des informations accumulées au fil des années sur le financement des entreprises, Tamwilcom entend développer une approche fondée sur la data afin de mieux mesurer l'impact économique et social de ses interventions. L'institution prévoit ainsi la publication régulière d'études et d'indicateurs destinés à éclairer les décideurs publics, les acteurs financiers et les opérateurs économiques.

Une ambition de changement d’échelle

Tamwilcom ambitionne d'accompagner à l’horizon 2030 435.000 bénéficiaires, dont 330.000 micro, petites et très petites entreprises.

En partenariat avec les acteurs du secteur financier, l'institution prévoit de mobiliser plus de 300 milliards de dirhams de financements (hors EEP) sur la période. Cette dynamique devrait permettre d'accompagner plus de 60 milliards de dirhams d'investissements privés cumulés et contribuer à la création d'environ 45.000 emplois chaque année. « Nous voulons réaliser en cinq ans ce que nous avons accompli en dix ans », a résumé Saïd Jabrani.

Afin de traduire rapidement cette stratégie en actions concrètes, Tamwilcom a annoncé plusieurs mesures qui entreront en vigueur dès le 4 juin. La première concerne l'élargissement du périmètre des entreprises pouvant bénéficier de ses mécanismes de garantie. Le plafond du chiffre d'affaires éligible passe de 200 millions à 500 millions de dirhams, ouvrant ainsi davantage le dispositif aux entreprises de taille intermédiaire et aux grandes PME.

La deuxième mesure vise les très petites entreprises. Le taux de couverture des crédits accordés aux TPE sera porté à 75%, afin de faciliter leur accès au financement bancaire.

Enfin, l'institution renforcera ses mécanismes de cofinancement en faveur de trois catégories prioritaires : les femmes entrepreneures, les Marocains du monde investissant au Maroc et les projets liés à la transition énergétique.

Ces bénéficiaires disposent déjà de conditions de financement préférentielles, avec des taux de 2% pour l'entrepreneuriat féminin et de 2,5% pour les Marocains du monde ainsi que pour les projets liés à la transition énergétique.

Présente lors du lancement de la stratégie, la ministre de l'Économie et des Finances, Nadia Fettah, a replacé cette initiative dans le cadre des ambitions économiques du Royaume. Selon elle, la transformation économique du Maroc passe nécessairement par un secteur privé plus fort, plus innovant et mieux financé. « Il ne peut pas y avoir d'émergence économique sans un secteur privé fort, innovant et compétitif, et il ne peut pas y avoir de secteur privé fort sans un accès fluide, inclusif et efficace au financement », a-t-elle déclaré. La ministre a rappelé que les TPME représentent près de 99% du tissu économique national et constituent le principal moteur de création d'emplois.

Le défi de faire grandir les entreprises

Même diagnostic du côté de la CGEM. Son président, Mehdi Tazi, a estimé que l'enjeu n'était plus seulement de favoriser la création d'entreprises, mais surtout de leur permettre de franchir des paliers de croissance. Aujourd'hui, seulement 0,5% des microentreprises et petites entreprises parviennent à changer de catégorie pour atteindre le niveau supérieur.

Par ailleurs, alors que les TPME représentent la quasi-totalité du tissu productif, elles ne captent qu'environ 40% des crédits accordés aux entreprises privées, contre plus de 50% dans les pays de l'OCDE, 65% au Japon et près de 80% en Corée du Sud.

Le déficit de financement des TPME formelles est estimé à près de 200 milliards de dirhams. Dans ce contexte, la stratégie Jossour 2030 apparaît comme l'un des principaux instruments destinés à réduire ce déficit et à soutenir la croissance.

Principaux points du plan "Jossour 2030"

- "Jossour" signifie "passerelles", traduisant la volonté de l'Institution de renforcer les ponts entre les besoins de financement des acteurs économiques, les solutions qu'elle propose et les priorités de développement du Royaume.

- "Jossour 2030" s'appuie sur une approche fondée sur l'élargissement de l'offre, la consolidation des capacités d'intervention, l'excellence opérationnelle et la recherche d'un impact économique durable.

- "Jossour 2030" repose sur une orientation centrale, à savoir accompagner davantage de bénéficiaires, mobiliser davantage de financements et renforcer l'impact des interventions de l'institution sur l'investissement, l'emploi et la création de valeur dans les territoires.

- "Jossour 2030" prévoit la mobilisation de 300 MMDH de financements, pour un volume d’engagements de 170 MMDH.

Pour accompagner cette trajectoire, Tamwilcom a annoncé plusieurs évolutions majeures de ses dispositifs de garantie et de financement :

1. Renforcement du soutien aux Très Petites Entreprises (TPE) : Tamwilcom renforce son soutien aux TPE à travers le relèvement à 75% du niveau de couverture de garantie, afin de faciliter davantage leur accès au financement bancaire.

2. Extension de l’accompagnement aux entreprises de taille intermédiaire : Tamwilcom élargit pour la première fois, ses interventions au profit des entreprises de taille intermédiaire (ETI) réalisant un chiffre d'affaires compris entre 200 et 500 millions de dirhams. Cette évolution permettra d'accompagner une nouvelle génération d'entreprises locomotives dans leurs projets de croissance, de modernisation, d'investissement et de développement à l'international.

3. Mise en place d'une offre de cofinancement à taux préférentiel : Tamwilcom adopte une nouvelle génération de produits de cofinancement à des taux d'intérêts très avantageux, destinée aux projets portés par les Marocains du Monde, les Femmes entrepreneures, ainsi qu'aux projets contribuant à la transition verte.
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