Économie

Gouvernance de l’IA : le Maroc veut peser dans les équilibres mondiaux (Hilale)

Intervenant à Marrakech lors de GITEX Africa 2026, l’ambassadeur du Maroc auprès de l’ONU, Omar Hilale, a plaidé pour un rôle actif du Royaume dans la structuration de la gouvernance internationale de l’intelligence artificielle, dans un contexte marqué par de fortes asymétries entre régions.

Ph. Saouri

09 Avril 2026 À 11:32

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L’intelligence artificielle redessine les équilibres économiques et géopolitiques. À Marrakech, dans le cadre de GITEX Africa Morocco 2026, le Maroc a affiché son ambition de peser davantage dans cette recomposition. Intervenant lors d’un panel de haut niveau, Omar Hilale a souligné que le Royaume entend se positionner comme un « pont » entre les dynamiques africaines et les mécanismes internationaux de gouvernance de l’IA. Pour le diplomate, l’IA dépasse désormais le cadre technologique pour devenir un levier stratégique, touchant à la compétitivité économique, à la sécurité nationale et aux rapports de puissance entre États.



Face à l’essor rapide du marché mondial de l’IA, estimé à près de 5.000 milliards de dollars à l’horizon 2033, l’Afrique reste en retrait. Le continent ne représente que 2,5 % de ce marché et capte à peine 1,5 % des investissements. À ce jour, seuls 17 pays africains disposent de cadres nationaux dédiés, tandis que 89 % restent en marge des grandes initiatives internationales. Ce décalage, selon M. Hilale, appelle une réponse coordonnée à l’échelle internationale. Il a ainsi évoqué les initiatives portées par l’ONU, notamment le Pacte numérique mondial adopté en 2024, la création d’un panel scientifique international et le lancement prochain d’un dialogue mondial sur l’IA, prévu en juillet 2026. Mais ces efforts restent, selon lui, freinés par les divergences d’intérêts entre États, ralentissant la construction d’une gouvernance véritablement partagée.

L’ambassadeur a également pointé la multiplication des initiatives régionales — de Bletchley Park à Séoul, en passant par Paris et New Delhi — qui, si elles contribuent à structurer le débat, risquent aussi de fragmenter les approches. Pour éviter cette dispersion, il a plaidé pour une meilleure articulation entre les cadres existants, en avançant plusieurs orientations : renforcer le multilatéralisme, garantir une interopérabilité minimale des régulations, concrétiser l’inclusion des pays du Sud, traduire les principes en actions et faire de l’IA un levier de développement.

Dans ce contexte, le Maroc entend capitaliser sur ses atouts pour jouer un rôle d’intermédiation. Le Royaume mise notamment sur sa feuille de route « IA Made in Morocco » pour structurer une industrie nationale capable de rayonner à l’échelle continentale. Marrakech, portée par la dynamique de GITEX Africa, est ainsi présentée comme une plateforme susceptible d’accueillir et de coordonner ces ambitions. Parmi les pistes avancées figurent la création d’un pôle africain de certification et de confiance en IA, la mise en place d’un cadre de coordination continentale et une contribution accrue aux travaux des Nations Unies sur les liens entre IA et développement durable.

Au-delà des propositions, le message est clair : le Maroc souhaite passer d’un rôle d’observateur à celui d’acteur influent dans la gouvernance de l’IA. Une ambition qui s’inscrit dans une stratégie plus large de coopération Sud-Sud et triangulaire, présentée comme un levier pour renforcer la place du continent dans les transformations technologiques en cours.
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