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Mardi 07 Avril 2026
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GITEX Africa 2026 : le Maroc accélère sa mue numérique et revendique une “troisième voie” technologique

À l’occasion du GITEX Africa Morocco 2026, le Royaume, porté par une stratégie ambitieuse, des investissements en forte hausse et une vision souveraine de l’intelligence artificielle, affirme sa volonté de s’imposer comme un hub digital régional et un acteur d’équilibre dans la transformation technologique mondiale.

À Marrakech, l’édition 2026 du GITEX Africa Morocco confirme le positionnement croissant du Royaume dans l’économie numérique mondiale. Réunissant des milliers de participants venus de tous horizons, l’événement a servi de tribune aux autorités marocaines pour exposer une stratégie digitale structurée, fondée sur la souveraineté technologique, l’investissement massif et le développement du capital humain. En marge du salon, le Chef du gouvernement, Aziz Akhannouch, a rappelé le tournant opéré dès 2021 avec la création d’un département ministériel dédié exclusivement au numérique, une première dans l’organisation gouvernementale. Ce choix stratégique s’est accompagné d’un effort budgétaire significatif. Les investissements dans le secteur sont passés de 11 millions de dirhams en 2021 à plus de 1,7 milliard en 2024.



Ce changement d’échelle traduit le passage d’initiatives dispersées à une stratégie nationale intégrée, concrétisée par le lancement, en septembre 2024, de la feuille de route « Maroc Digital 2030 », sous Hautes Instructions Royales. Cette stratégie repose sur deux axes majeurs. Le premier vise la construction d’un État numérique au service du citoyen, à travers la modernisation des services publics, la réorganisation des plateformes administratives et la digitalisation de secteurs clés tels que l’éducation et la justice.

Le second axe positionne le numérique comme moteur de croissance économique et de création d’emplois, notamment via le développement de l’offshoring et des exportations digitales. Les premiers résultats illustrent cette dynamique, avec plus de 148.500 emplois créés dans le secteur tandis que les exportations ont dépassé 26 milliards de dirhams à fin 2024, et cette trajectoire devrait se poursuivre à l’horizon 2030 avec des objectifs visant 270.000 emplois et près de 40 milliards de dirhams d’exportations.

Un écosystème startup soutenu par des financements structurants

Pour accompagner cette croissance, un écosystème structuré et intégré dédié aux startups a été progressivement mis en place, combinant plusieurs leviers complémentaires comme les mécanismes de financement adaptés, les dispositifs de soutien à l’amorçage, ainsi qu’un accompagnement renforcé tout au long des phases de développement et de passage à l’échelle. L’objectif est de sécuriser les premières étapes de vie des jeunes entreprises innovantes, tout en facilitant leur accès aux financements et aux marchés.

Cette dynamique s’est concrétisée par la signature d’une convention stratégique réunissant le ministère de l’Économie et des Finances, le ministère de la Transition numérique, ainsi que des acteurs institutionnels majeurs tels que Fonds Mohammed VI pour l’investissement, Caisse de Dépôt et de Gestion et le programme Tamwilcom.

Dans ce cadre, neuf sociétés de gestion ont été sélectionnées pour piloter les investissements, avec pour ambition de mobiliser jusqu’à 2,5 milliards de dirhams au profit des startups marocaines. Ce dispositif vise à lever les freins structurels au développement de ces entreprises, à renforcer leur capacité d’innovation et à favoriser l’émergence de champions nationaux capables de s’imposer à l’échelle régionale et internationale.

En parallèle, l’accent est mis sur le capital humain. Une convention avec le ministère de l’Enseignement supérieur a permis de doubler le nombre d’étudiants dans les filières du numérique, passant de 11.000 en 2022 à 22.000 en 2024. Le programme JobInTech renforce cet effort, avec plus de 2.800 bénéficiaires formés aux métiers les plus demandés.

Dans un contexte mondial marqué par l’essor rapide de l’intelligence artificielle et les tensions géopolitiques, le Maroc adopte une approche proactive. Le Royaume a ainsi gagné 14 places dans l’indice de préparation des gouvernements à l’IA en 2025.

Plusieurs initiatives structurantes ont été lancées, dont l’institut JAZARI ROOT et le programme « IA Made in Morocco », visant à développer des compétences nationales et à faire de l’intelligence artificielle un levier de développement et d’équité territoriale.

Une “troisième voie” entre puissance et coopération

À l’ouverture du GITEX, la ministre déléguée chargée de la Transition numérique, Amal El Fallah Seghrouchni, a inscrit cette ambition dans une vision plus large. Face à la domination des grandes puissances technologiques (États-Unis, Chine et Union européenne) elle a défendu une « troisième voie » fondée sur l’équilibre et la coopération. Cette approche repose sur quatre piliers. Le premier est d’assurer une souveraineté technologique au service de l’intérêt général, une modernité adaptée aux réalités locales, un rôle de passerelle entre l’Europe, l’Afrique et l’espace atlantique, et une participation active au dialogue international sur l’intelligence artificielle.

Le Maroc ambitionne ainsi de devenir une plateforme internationale de référence pour un débat sur une IA éthique et responsable, tout en renforçant ses alliances pour répondre aux enjeux globaux de paix, de prospérité et de stabilité. Sur le plan des infrastructures, le Royaume accélère le déploiement de technologies clés. La 5G est en cours de lancement, avec un objectif de couverture de 45% de la population d’ici 2026 et 85% à l’horizon 2030. La fibre optique poursuit son expansion, dépassant 1,4 million d’abonnements.

Parallèlement, des programmes visent à réduire la fracture numérique dans les zones rurales. Le Maroc attire également des investissements majeurs dans le cloud computing, avec la création de centres de recherche et développement, notamment à Casablanca, générant déjà des centaines d’emplois qualifiés.

Le Maroc, futur hub africain des infrastructures numériques

Intervenant lors de l’événement, Chakib Alj a mis en lumière la transformation de l’économie numérique africaine, qui évolue progressivement d’un rôle d’utilisateur à celui d’acteur de développement technologique. Il a insisté sur le rôle central de l’intelligence artificielle, désormais considérée comme une infrastructure économique mondiale, reposant sur trois piliers essentiels : les données, la puissance de calcul et les infrastructures.

Dans ce contexte, le Maroc dispose d’atouts stratégiques, notamment son avance dans les énergies renouvelables, représentant près de 45% de la capacité installée, avec un objectif de 52% d’ici 2030 , ses infrastructures télécoms et sa position géographique. Autant de facteurs qui renforcent son positionnement comme hub régional pour les data centers, particulièrement énergivores.

Chakib Alj a également souligné l’essor de la robotique, qui, combinée à l’IA, transforme les chaînes de valeur industrielles à l’échelle mondiale. Le Maroc et l’Afrique disposent d’opportunités réelles, mais doivent anticiper les impacts sur l’emploi et les compétences.

Parmi les défis identifiés figurent la cybersécurité, devenue un enjeu critique, la gouvernance éthique de l’intelligence artificielle et la nécessité d’investir massivement dans la formation.

Des applications concrètes se développent déjà dans des secteurs clés comme l’automobile, la finance et l’agriculture. À cet égard, l’initiative de l’entreprise marocaine ABA Technology, qui a lancé une plateforme d’intelligence artificielle développée localement, illustre le potentiel d’innovation du secteur privé.
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