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IA : le Maroc table sur la montée en compétence locale pour éviter la «dépendance technologique»

Alors que l’intelligence artificielle redessine les équilibres économiques et géopolitiques mondiaux, le Maroc revendique sa place dans cette nouvelle course technologique. À Rabat, lors de la journée «AI Made in Morocco», la ministre de la Transition numérique a affiché clairement l’ambition du Royaume : faire de l’IA un instrument de souveraineté, de développement et de coopération Sud–Sud. En assumant une stratégie de non-alignement technologique, le Royaume entend bâtir ses propres capacités d’innovation et réduire sa dépendance vis-à-vis des grandes puissances numériques. Un choix politique fort, qui marque une nouvelle étape de la trajectoire digitale du pays.

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Le Maroc a choisi «de ne pas subir la révolution de l’intelligence artificielle», mais d’en assumer «la pleine maîtrise». C’est l’annonce forte faite par la ministre de la Transition numérique et de la réforme de l’administration, Amal Seghrouchni à l’ouverture de la journée «AI Made in Morocco», lundi à Rabat, et qui a été consacrée au rôle de l’IA dans la transformation numérique et les services publics. Selon la ministre, ce positionnement s’inscrit dans une stratégie nationale qui fait de l’IA un outil de souveraineté, d’équité territoriale et de développement inclusif. Une vision qui s’appuie sur les orientations de Sa Majesté le Roi Mohammed VI et prolonge les Assises nationales de l’IA tenues en 2025.

Un marché mondial colossal, mais concentré

Il faut dire que les enjeux sont de taille. Selon la CNUCED, le marché de l’IA pourrait atteindre 4.800 milliards de dollars d’ici 2033. Cette expansion rapide s’accompagne toutefois, souligne la ministre, d’une concentration des données, des infrastructures et des chaînes de valeur entre les mains d’un nombre réduit de puissances technologiques. Dans cette configuration, la dépendance technologique devient «une vulnérabilité stratégique». D’où le choix marocain de défendre un principe de non-alignement technologique : coopérer sans déléguer sa capacité de décision, de régulation et d’innovation.

Des progrès mesurables, mais un impératif d’accélération

Et «les premiers résultats sont déjà visibles» se félicite la ministre : le Maroc a gagné 14 places dans l’index Government AI Readiness 2025. Une progression significative qui traduit l’amélioration de la gouvernance publique et des capacités institutionnelles en matière d’IA. Mais le Maroc estime devoir accélérer «la consolidation des fondements» de sa stratégie. En effet, il ne faut pas omettre la nature même de l’IA qui, loin d’être neutre, tend à reproduire ou amplifier les inégalités existantes si elle n’est pas encadrée. D’où la nécessité d’une action publique volontariste. La stratégie marocaine de l’IA repose donc sur cinq piliers, à savoir la souveraineté technologique, la confiance des citoyens, la montée en compétences massive, l’innovation endogène et enfin l’équité territoriale. Autant d’axes conçus pour replacer le citoyen et l’État au centre du processus technologique.

Les «Jazari Institutes», pierre angulaire de Maroc Digital 2030

Le lancement du réseau national des centres d’excellence en IA, les Jazari Institutes, constitue le chantier le plus structurant de cette stratégie. Connectés aux universités, aux startups, aux PME et aux administrations, ces instituts doivent permettre la formation, la recherche appliquée et l’innovation territoriale. Le premier centre, «Jazari Root», inauguré lors de cette rencontre, marque dans ce sens une étape décisive pour bâtir une capacité nationale pérenne en IA, au service de l’État et du citoyen.

Une diplomatie technologique tournée vers le Sud

Au-delà du territoire national, le Maroc ambitionne de faire de l’IA un instrument de coopération Sud–Sud. Dans un contexte où les technologies d’IA sont majoritairement conçues au Nord, le Maroc défend un modèle alternatif basé sur la co-construction de solutions contextualisées, orientées vers le développement et le transfert de compétences. C’est dans ce sens que les huit conventions qui ont été signées lors de «AI Made in Morocco» donnent une traduction opérationnelle à cette ambition : construction d’une IA souveraine, inclusive, maîtrisée et territorialisée.
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