Économie

Karim Amor : La clé est de passer à une diaspora intégrée durablement dans la stratégie économique du Maroc

Investir, entreprendre, transmettre des compétences et renforcer les liens économiques avec le Royaume : les Marocains du monde disposent d’un potentiel encore largement sous-exploité. Le président de MeM by CGEM, 13e région de la CGEM dédiée aux Marocains entrepreneurs du monde, Karim Amor, revient sur les actions menées pour mieux accompagner cette dynamique, les obstacles qui persistent et les perspectives offertes par les réformes engagées pour faire de la diaspora un acteur à part entière du développement économique du Maroc.

08 Juillet 2026 À 19:46

Le Matin : La 13e Région de la CGEM a été créée pour renforcer les liens entre les entrepreneurs Marocains du monde et le tissu économique national. Quel bilan dressez-vous de son action et quelles sont aujourd’hui ses principales priorités ?

Karim Amor :
La 13e Région a réussi à installer une idée forte : les Marocains entrepreneurs du monde ne sont pas seulement une diaspora affective ou financière, mais une véritable région économique du Maroc.

MeM by CGEM agit comme un pont entre les talents marocains à l’international, les entreprises membres de la CGEM, les autres régions de la CGEM, l’AMDIE, les CRI, Tamwilcom, le CCME, les institutions de recherche, universitaires et entrepreneuriales, comme l’UM6P, ainsi que les institutions publiques. À ce titre, le département des MRE, entité très structurée du ministère des Affaires étrangères du Royaume, et MeM travaillent main dans la main, non seulement au niveau central, mais aussi à l’échelle des consulats dans le monde, qui organisent des rencontres et des initiatives de déplacement de grappes d’entrepreneurs locaux vers le Royaume du Maroc. Son action repose notamment sur le networking, le lobbying économique, le mentorat, l’accompagnement à l’investissement et la création de synergies business.



Aujourd’hui, les priorités sont claires : transformer l’intérêt des MDM en projets concrets, mieux orienter les porteurs de projets, mobiliser les expertises internationales, renforcer le rôle des femmes entrepreneures via Ladies MeM, soutenir les start-up et connecter la diaspora aux secteurs stratégiques du Maroc : industrie, innovation, IA, santé, digital, énergies renouvelables et territoires.

Selon vous, quels sont les principaux freins qui empêchent encore les Marocains résidant à l’étranger d’investir davantage au Maroc ? Relèvent-ils davantage de contraintes administratives, de financement, de gouvernance ou d’accès à l’information ?

Le principal frein n’est pas l’envie d’investir. Il existe une véritable volonté. Le problème est plutôt la lisibilité du parcours : à qui s’adresser, quels dispositifs utiliser, comment sécuriser son projet, comment trouver les bons partenaires, comment le financer et comment le suivre à distance. Les contraintes sont donc multiples : administratives, financières, informationnelles et, parfois, liées à la confiance ou à la gouvernance locale. Le constat partagé récemment est que les transferts des MRE sont importants, mais que moins de 10% se transforment en investissement productif.Il faut donc passer d’une logique de guichets dispersés à une logique de parcours intégré : information claire, interlocuteur identifié, délais maîtrisés, suivi digitalisé, financement adapté et accompagnement sectoriel.

Il faut également travailler sur le fléchage de l’épargne au service du secteur productif et mettre en valeur ces milliers de projets, dans toutes les régions, dont les porteurs sont des Marocains du monde et qui ne sont pas encore identifiés comme tels.

À l’inverse, quels sont les secteurs qui offrent aujourd’hui les meilleures opportunités d’investissement pour les MDM ? Observez-vous un intérêt croissant pour des domaines comme les énergies renouvelables, l’industrie, les technologies, la santé ou l’économie numérique ?

La CGEM, dont 95% des membres sont des PME, oriente la diaspora vers l’ensemble de ses fédérations et régions affiliées, parce qu’elle considère que le Maroc regorge d’opportunités dans tous les secteurs.

Compte tenu de l’expérience avancée des membres des groupes de MeM by CGEM, notre région, en conjonction avec la stratégie portée par notre président, Mehdi Tazi, et notre vice-président général, Mohamed Bachiri, opère également dans les secteurs où le Maroc dispose déjà d’une stratégie nationale et d’avantages compétitifs : automobile, aéronautique, batteries, énergies renouvelables, industrie pharmaceutique, santé, digital, intelligence artificielle, économie verte, agro-industrie, tourisme durable et services exportables. Ces secteurs correspondent bien au profil d’une nouvelle génération de MDM : ingénieurs, entrepreneurs, investisseurs, chercheurs, cadres dirigeants et fondateurs de start-up. On observe aussi un intérêt croissant pour les projets industriels, écotouristiques, agricoles et technologiques, avec une forte demande d’information sur les subventions, les financements et la création d’entreprise.Chacun des présidents de région, des fédérations, des commissions, du groupe parlementaire et des conseils d’affaires, accompagnés par leurs bureaux respectifs et l’équipe interne très structurée de la CGEM, travaillent quotidiennement à la création de valeur économique et d’emplois au Maroc. La diaspora entrepreneuriale MeM de la CGEM, présente dans le monde entier, vient en appui de cet effort commun.

Au-delà des capitaux, la diaspora représente un formidable réservoir de compétences, d’expertise et de réseaux internationaux. Comment mieux mobiliser ces talents au service du développement économique du Royaume ?

La diaspora doit être mobilisée comme un réseau mondial d’expertise et de lobbying business. Cela signifie créer des mécanismes structurés de mentorat, de transfert technologique, de co-investissement, d’accès aux marchés internationaux et de connexion avec les universités, les start-up, les PME et les régions marocaines.Le Mentoring MeM va déjà dans ce sens : il permet à des entrepreneurs et hauts potentiels Marocains du monde d’être accompagnés par des membres de la CGEM, mais aussi de transmettre leur expertise aux entreprises marocaines et d’aider ces dernières à mieux appréhender l’avenir de leur métier dans les chaînes de valeur mondiales et à s’internationaliser de manière efficiente.Le ministère des Affaires étrangères, la coopération internationale et des partenariats de premier plan avec ENABEL, l’AFD, la GIZ, Business France, le Club des Bâtisseurs, ANIMA et d’autres organisations permettent de développer des programmes de promotion et de coopération, accompagnés par notre écosystème entrepreneurial de la diaspora partout dans le monde.

Comment la 13e Région accompagne-t-elle concrètement les entrepreneurs marocains établis à l’étranger qui souhaitent lancer ou développer un projet au Maroc ?

MeM by CGEM accompagne les entrepreneurs Marocains du monde par la mise en relation, le mentorat, l’orientation stratégique, juridique, technologique et financière, ainsi que par l’accès au réseau CGEM. L’objectif est de ne pas laisser l’entrepreneur seul face à l’écosystème marocain, mais de l’aider à identifier les bons interlocuteurs : CRI, AMDIE, Tamwilcom, banques, fédérations sectorielles, régions, partenaires privés et académiques.

La force de MeM est d’être à la fois un réseau d’influence, un outil de confiance et une plateforme de synergies business.Le Maroc a engagé plusieurs réformes pour améliorer le climat des affaires. Les dispositifs actuels répondent-ils suffisamment aux attentes des investisseurs de la diaspora ou des ajustements restent-ils nécessaires ?

Le Maroc a beaucoup progressé : nouvelle Charte de l’investissement, rôle renforcé des CRI, MDM Desk au sein de l’AMDIE, points focaux dédiés dans les régions, mobilisation de Tamwilcom et meilleure coordination public-privé.

Mais des ajustements restent nécessaires : simplifier davantage les démarches à distance, renforcer le suivi après l’intention d’investissement, continuer à créer des produits financiers mieux adaptés aux MDM, améliorer la transparence des opportunités régionales et, surtout, rendre ces dispositifs plus lisibles depuis l’étranger.

Le nouveau dispositif de la Fondation Mohammedia des Marocains résidant à l’étranger ouvre-t-il, selon vous, une nouvelle étape dans la relation entre le Royaume et sa diaspora ? Quelles synergies envisagez-vous avec les acteurs économiques ?Oui, la Fondation Mohammedia peut ouvrir une nouvelle étape, à condition qu’elle devienne un véritable bras opérationnel de coordination et non une structure supplémentaire.

Son intérêt est justement de centraliser des missions aujourd’hui dispersées, d’améliorer l’accompagnement des MRE, de simplifier les procédures et de mieux mobiliser les compétences marocaines à l’étranger.

Les synergies naturelles sont évidentes : avec MeM by CGEM pour le réseau entrepreneurial, avec l’AMDIE pour l’investissement, avec les CRI pour l’ancrage territorial, avec Tamwilcom et les banques pour le financement, avec les universités pour l’innovation et avec les régions pour orienter les projets vers les besoins réels du territoire.

La clé sera de passer d’une diaspora sollicitée ponctuellement à une diaspora intégrée durablement dans la stratégie économique du Royaume. n
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