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Mardi 07 Juillet 2026
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Marocains du monde : au-delà des transferts, l'investissement

Entre poids économique majeur et réserve de compétences internationales, la diaspora marocaine s’impose comme un acteur incontournable du développement du Royaume. Dans un contexte de transformation économique, les enjeux liés à son investissement, à la valorisation de ses talents et à son intégration dans les politiques publiques prennent une importance croissante.

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Avec plus de cinq millions de Marocains établis à l’étranger, la diaspora marocaine constitue aujourd’hui l’une des principales forces économiques et humaines du Royaume. Longtemps perçus comme de simples pourvoyeurs de devises, les Marocains du monde (MDM) apparaissent désormais comme un levier stratégique à part entière, capable de contribuer davantage à l’investissement, à l’innovation et à la compétitivité nationale. Les chiffres témoignent de cette importance structurelle. En 2025, les transferts des Marocains résidant à l’étranger ont dépassé 122 milliards de dirhams, un niveau historique confirmant leur rôle central dans l’équilibre macroéconomique du pays. Ces flux constituent l’une des principales sources de devises du Royaume et soutiennent la consommation des ménages, la stabilité de la balance des paiements et le niveau des réserves de change.

Depuis 2020, ces transferts connaissent une progression continue, illustrant l’attachement durable de la diaspora à son pays d’origine. Mais au-delà de cette contribution financière, les Marocains du monde représentent également un capital humain et stratégique considérable. Présents dans les principaux centres économiques mondiaux, ils occupent des positions clés dans des secteurs aussi variés que l’industrie, la finance, les technologies, la recherche scientifique, la santé, l’intelligence artificielle ou encore les énergies renouvelables. Cette richesse en compétences constitue un atout majeur dans un contexte où le Maroc ambitionne de renforcer sa montée en gamme dans les chaînes de valeur internationales.

Une diaspora en profonde mutation

Les analyses convergent pour souligner les transformations profondes de cette communauté. Elle est aujourd’hui plus féminisée, plus jeune et plus diversifiée socialement. Elle s’enracine durablement dans ses pays de résidence tout en maintenant un lien fort avec le Maroc, à travers des dynamiques familiales, culturelles, économiques et sociales de plus en plus complexes. Trois grands enjeux structurent désormais les attentes des Marocains du monde : la transmission des langues, des valeurs et de l’identité aux nouvelles générations ; les conditions d’intégration dans les pays d’accueil ; et la contribution active au développement du Maroc à travers l’investissement, l’expertise et la coopération.

Un potentiel encore sous-exploité

Malgré ce potentiel, la part des investissements productifs des MDM au Maroc demeure limitée. Une grande partie des flux est orientée vers l’immobilier résidentiel ou des projets familiaux, tandis que les investissements créateurs d’emplois et de valeur ajoutée restent en deçà des capacités réelles de la diaspora.

Plusieurs freins sont identifiés : manque de lisibilité des dispositifs, complexité des démarches, multiplicité des interlocuteurs, difficultés d’accès à l’information et besoin d’un meilleur accompagnement des porteurs de projets. À cela s’ajoute une problématique de confiance et de gouvernance locale qui freine encore la transformation des intentions en investissements concrets.

Vers une nouvelle architecture d’accompagnement

Face à ces constats, les institutions marocaines et les acteurs économiques appellent à une évolution du modèle d’accompagnement. L’enjeu est de passer d’une logique fragmentée à un parcours intégré, plus lisible, digitalisé et orienté vers les résultats. Driss El Yazami, président du Conseil de la communauté marocaine à l’étranger (CCME), met l’accent, dans un entretien publié dans ce dossier, sur l’importance de mécanismes innovants tels que les obligations de la diaspora et le renforcement des liens entre les Marocains du monde et les régions, afin de mieux ancrer les projets dans les territoires. L’objectif est de structurer davantage la mobilisation de l’épargne et de l’orienter vers des investissements productifs et territorialisés. De son côté, le président de MeM by CGEM, Karim Amor, propose une approche entrepreneuriale structurée autour de la notion de «13e région économique du Maroc». Cette initiative vise à intégrer pleinement les Marocains du monde dans l’écosystème économique national, en les connectant aux institutions clés (CGEM, AMDIE, CRI, Tamwilcom, universités, régions et banques) et en transformant leur réseau mondial en levier d’investissement, de mentorat et de transfert de compétences.

Mobiliser les compétences autant que les capitaux

Les deux visions convergent sur un point central : la diaspora ne doit pas être considérée uniquement comme une source de capitaux, mais comme un réseau mondial d’expertise et d’influence économique. Le développement de dispositifs de mentorat, de co-investissement, de transfert technologique et d’accès aux marchés internationaux apparaît ainsi comme un levier stratégique majeur. À travers des programmes d’accompagnement, la diaspora peut jouer un rôle clé dans l’internationalisation des entreprises marocaines et le renforcement de leur compétitivité. Les opportunités d’investissement sont nombreuses et s’inscrivent dans les grandes priorités stratégiques du Royaume : industrie automobile et aéronautique, batteries, hydrogène vert, énergies renouvelables, santé, industrie pharmaceutique, agro-industrie, tourisme durable, économie numérique et intelligence artificielle. Ces secteurs correspondent à la fois aux ambitions nationales et aux profils de plus en plus qualifiés des Marocains du monde, composés d’ingénieurs, de chercheurs, de cadres dirigeants, d’entrepreneurs et de fondateurs de start-up.

Un nouveau pacte économique en construction

Lors du Forum national sur l’investissement et les Marocains du monde organisé à Tanger les 21 et 22 mai 2026, les autorités ont appelé à l’émergence d’un nouveau pacte économique avec la diaspora. L’objectif est clair : passer progressivement d’une logique de transferts financiers à une logique d’investissement productif, d’innovation et de développement territorial. Ce nouveau cadre s’inscrit dans une dynamique plus large de transformation de l’économie marocaine, marquée par la montée en puissance de nouvelles filières industrielles et technologiques. Dans ce contexte, la diaspora apparaît comme un partenaire stratégique incontournable. Au-delà des dispositifs institutionnels, l’enjeu est désormais structurel : il s’agit de transformer une proximité affective et historique en un levier économique durable. Cela implique une meilleure coordination des acteurs publics et privés, une simplification des parcours d’investissement, ainsi qu’une intégration réelle des compétences de la diaspora dans les stratégies nationales
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