LE MATIN
21 Juillet 2026
À 13:43
Le cash continue de gagner du terrain au Maroc, en dépit de la modernisation des moyens de paiement et de la multiplication des initiatives destinées à encourager les transactions électroniques. En 2025, la monnaie fiduciaire en circulation a bondi de 18,5%, contre une hausse de 5,2% un an auparavant, pour atteindre 491 milliards de dirhams.
Ce montant représente désormais 28,5% du PIB, un ratio que Bank Al-Maghrib situe parmi les niveaux les plus élevés observés à l’échelle internationale. Cette progression marque une nette accélération par rapport aux tendances enregistrées au cours des dernières années. Entre 2010 et 2019, le cash augmentait en moyenne de 6,2% par an, avant que ce rythme ne passe à 10,6% entre 2020 et 2024.
Une progression bien supérieure aux tendances historiques
Bank Al-Maghrib s’attendait à un retour progressif vers le rythme moyen observé avant la crise sanitaire. La circulation fiduciaire a pourtant connu une hausse nettement plus forte en 2025. La Banque centrale attribue une partie de cette évolution au renforcement de l’activité économique. Elle évoque également la progression des recettes touristiques, soutenues notamment par l’organisation de la Coupe d’Afrique des Nations, ainsi que les aides directes versées aux éleveurs. Ces flux ont contribué à accroître les besoins en liquidités et les retraits en espèces. Mais cette hausse ne semble pas uniquement conjoncturelle. Elle traduit aussi un recours structurel au cash qui demeure profondément ancré dans les habitudes de paiement, malgré le développement des cartes bancaires, des applications mobiles et des autres solutions numériques.
Des coûts économiques et des risques importants
Cette forte dépendance aux espèces représente un défi pour l’économie nationale. La gestion du cash implique d’abord des coûts importants liés à la fabrication des billets et des pièces, à leur transport, à leur distribution et à leur sécurisation.
Bank Al-Maghrib souligne également les risques associés à l’utilisation massive des espèces. Le cash facilite les transactions non déclarées, limite la traçabilité des échanges et peut favoriser l’économie informelle, la fraude fiscale ainsi que certaines activités illicites. Son utilisation expose aussi les particuliers et les entreprises à des risques de perte, de vol ou de falsification.
Face à ces enjeux, la Banque centrale a mené en 2025 une étude approfondie afin de mieux identifier les déterminants du recours aux espèces et de définir les mesures susceptibles d’accompagner la transition vers des moyens de paiement numériques.
Bank Al-Maghrib veut accélérer l’acceptation du paiement digital
Le développement des paiements électroniques ne dépend pas uniquement de l’équipement des consommateurs. Il suppose également que les commerçants, les petites entreprises et les prestataires de services soient en mesure d’accepter ces moyens de paiement à un coût accessible.
Dans cette perspective, Bank Al-Maghrib a poursuivi ses actions en faveur de la modernisation des paiements et créé un Fonds de Développement de l’Acceptation. Ce dispositif vise à élargir le réseau d’acceptation des paiements électroniques et à réduire progressivement la dépendance aux espèces.
L’enjeu est désormais de rendre les solutions numériques suffisamment simples, abordables et largement acceptées pour qu’elles deviennent une véritable alternative au cash dans les transactions quotidiennes.
La progression enregistrée en 2025 montre toutefois que la transition sera graduelle. Malgré l’essor des paiements électroniques, les espèces conservent une place centrale dans l’économie marocaine. Pour Bank Al-Maghrib, réduire cette dépendance nécessitera à la fois d’élargir l’acceptation des paiements digitaux, de renforcer la confiance des usagers et d’adapter les solutions proposées aux besoins des ménages et des très petites entreprises.