Yousra Amrani
21 Juillet 2026
À 17:20
Le diagnostic dressé par Bank Al-Maghrib se lit à deux niveaux. D'un côté, le marché du travail a enregistré en 2025 un redressement relatif, favorisé par l'accélération de la croissance et une nette progression des créations d'emplois. De l'autre, cette dynamique n'a pas suffi à provoquer un recul significatif du chômage, qui demeure à un niveau élevé. C'est autour de cet équilibre fragile que s'articule l'analyse de la Banque centrale dans son Rapport annuel.
L'économie nationale a ainsi créé 193.000 emplois en 2025, contre 82.000 un an plus tôt et une destruction de 157.000 postes en 2023. Cette amélioration s'appuie principalement sur les services, qui demeurent le premier pourvoyeur d'emplois avec 123.000 postes créés, ainsi que sur le bâtiment et travaux publics (BTP), dont les créations sont passées de 13.000 à 64.000 emplois en un an. Dans l'industrie, la dynamique reste stable, avec 46.000 postes créés, tandis que l'agriculture enregistre un net ralentissement de ses pertes d'emplois, celles-ci revenant de 137.000 à 41.000 postes. Cette évolution favorable ne suffit cependant pas, selon Bank Al-Maghrib, à modifier sensiblement la situation du marché du travail.
Des créations d'emplois absorbées par la progression de la population active
La Banque centrale explique en effet que les créations d'emplois sont restées insuffisantes pour induire un fléchissement tangible du chômage. Cette situation s'explique notamment par l'évolution de la population active, qui a progressé de 1,4% en 2025 pour atteindre 12,5 millions de personnes. Le marché du travail a par ailleurs enregistré une entrée nette de 177.000 demandeurs d'emploi, tandis que le taux d'activité est demeuré stable à 43,5%, après trois années consécutives de recul.
Dans ce contexte, le taux de chômage n'a reculé que légèrement, passant de 13,3 à 13%. Cette évolution traduit les limites de l'amélioration observée sur le marché de l'emploi. Elle masque en outre des situations très contrastées selon les catégories de la population.
Les femmes et les jeunes restent les plus exposés
Le chômage a ainsi diminué chez les hommes, mais continue de progresser chez les femmes. Le taux de chômage masculin a reculé de 0,8 point, à 10,8%, tandis que celui des femmes s'est accru de 1,1 point, pour atteindre 20,5%. De même, les jeunes de 15 à 24 ans constituent la seule tranche d'âge ayant enregistré une nouvelle hausse du chômage en 2025, leur taux atteignant désormais 37,2%.
Ces évolutions rejoignent le profil de la population au chômage dressé par Bank Al-Maghrib. Celle-ci demeure majoritairement composée de jeunes de moins de 35 ans et se caractérise par une forte proportion de diplômés, qui représentent 84,9% des chômeurs, contre 53,6% parmi les personnes en emploi. Plus de la moitié des demandeurs d'emploi recherchent leur premier poste et près de 65% sont au chômage depuis plus d'une année.
Au-delà du chômage, le Rapport attire également l'attention sur un autre indicateur révélateur des tensions persistantes sur le marché du travail : le sous-emploi, dont la progression accompagne le léger recul du chômage.
Le sous-emploi poursuit sa progression
Selon Bank Al-Maghrib, la proportion d'actifs concernés est passée de 10,1% à 10,9% en un an. Dans près d'un cas sur deux, les personnes concernées estiment que leur qualification est inadaptée à leur emploi ou que leur rémunération est insuffisante. Cette progression touche aussi bien les villes que les campagnes et concerne l'ensemble des secteurs d'activité, avec un niveau particulièrement élevé dans le BTP, où le taux de sous-emploi atteint 21,7%.
Cette évolution fait écho aux observations de la Banque centrale sur la qualité de l'emploi. Le salariat poursuit sa progression, pour atteindre 61% de la population active occupée, mais le Rapport relève aussi la poursuite de la hausse de l'emploi occasionnel ou saisonnier. Il souligne par ailleurs que 68,4% des travailleurs interrogés déclarent ne pas bénéficier d'une couverture médicale dans le cadre de leur activité professionnelle, malgré les efforts engagés pour généraliser cette protection.
Une amélioration réelle, mais encore incomplète
Le Rapport annuel de Bank Al-Maghrib fait ainsi apparaître un marché du travail engagé sur une trajectoire plus favorable qu'au cours des deux années précédentes. Le redressement de la croissance s'est traduit par une nette accélération des créations d'emplois et une légère baisse du chômage.
La Banque centrale souligne néanmoins que cette amélioration reste incomplète. Les créations d'emplois n'ont pas encore permis de provoquer un recul significatif du chômage, lequel demeure élevé, continue d'augmenter chez les femmes et les jeunes et s'accompagne d'une progression du sous-emploi. Autant d'éléments qui montrent que, malgré les signaux positifs enregistrés en 2025, le marché du travail marocain reste confronté à des défis structurels importants.