Économie

Le Maroc réhabilite 3.260 hectares d’écosystèmes vulnérables face au changement climatique (BM)

Portée par la mise en œuvre de la Contribution déterminée au niveau national (CDN), l’action climatique du Maroc commence à produire des résultats tangibles sur le terrain. Selon le dernier rapport de suivi de la Banque mondiale, plus de 3.260 hectares d’écosystèmes fragiles — oasis, bassins versants et zones périurbaines — ont déjà bénéficié d’interventions de restauration et de résilience, dans un contexte de pressions climatiques accrues.

26 Janvier 2026 À 10:35

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Le Maroc poursuit, à pas mesurés mais constants, l’ancrage institutionnel de sa transition climatique. Selon le rapport « Implementation Status & Results » de la Banque mondiale, arrêté au 25 janvier 2026, le programme Morocco Climate Operation – Support to the Nationally Determined Contribution affiche une progression jugée « satisfaisante », tant sur le plan stratégique que sur celui de la mise en œuvre opérationnelle.

La gouvernance climatique mieux structurée

Premier signal fort relevé par l’institution financière internationale : la consolidation progressive d’une approche « gouvernement entier » (Whole of Government). Grâce à l’appui de la Banque mondiale, mais aussi à des cofinancements majeurs — notamment 200 millions de dollars mobilisés auprès de l’AIIB, en parallèle des contributions de l’AFD et de la KfW — le Maroc a renforcé la coordination entre ministères et institutions autour de ses engagements climatiques.



La révision de la CDN, officiellement lancée en décembre 2024, marque un tournant. Pour la première fois, les engagements climatiques nationaux sont appelés à être pleinement alignés sur la programmation budgétaire triennale de l’État, avec des outils de suivi, de vérification et de transparence progressivement opérationnels. La publication de la CDN 3.0, fin décembre 2025, intègre par ailleurs une dimension genre explicite, saluée comme une avancée qualitative.

Finances publiques et instruments verts : un cadre en construction

Autre axe stratégique du programme : l’intégration des critères climatiques dans les finances publiques et les marchés. Le rapport souligne des avancées notables dans la préparation d’un cadre de passation des marchés publics « verts », dont le guide est en phase finale de validation, ainsi que dans le déploiement de modules dédiés sur la plateforme nationale de commande publique.

En parallèle, le Maroc se prépare à franchir une étape symbolique sur les marchés internationaux, avec la mise en place des outils nécessaires à l’émission d’obligations souveraines vertes. Si aucune émission n’a encore eu lieu, le cadre institutionnel est désormais posé : comité interministériel dédié, liste préliminaire de projets éligibles, et assistance technique mobilisée auprès de partenaires internationaux.

Données climatiques et transparence : un saut qualitatif

Sur le volet des systèmes d’information, la Banque mondiale relève une dynamique particulièrement encourageante. Le Réseau national climatique prend forme, avec plus de soixante stations d’observation déjà connectées et vérifiées, et un objectif de 140 stations à court terme. Les données produites commencent à irriguer des secteurs clés comme l’eau, l’énergie et l’agriculture.

La plateforme MRV (Mesure, Reporting, Vérification), destinée à suivre la mise en œuvre de la CDN, est également en cours d’opérationnalisation. Elle servira de socle à la production des rapports biennaux de transparence, dont le premier a été publié fin 2024, renforçant la crédibilité internationale de l’action climatique du Royaume.

Protection sociale et territoires vulnérables : des résultats tangibles

Sur le terrain social et territorial, le programme commence à produire des effets concrets. Plus de 215.000 agriculteurs et membres de leurs familles bénéficient désormais d’une couverture effective via l’AMO-TNS, un levier clé pour renforcer la résilience face aux chocs climatiques. La Banque mondiale note toutefois que l’objectif reste ambitieux, avec une cible de couverture portée à 80 % à l’horizon 2027.

Dans les oasis et écosystèmes fragiles, les actions de restauration s’intensifient : distribution et plantation de centaines de milliers de vitroplants de palmier dattier, réhabilitation de milliers d’hectares, appui aux coopératives agricoles et amélioration des infrastructures hydrauliques et sanitaires. Autant de chantiers qui traduisent une approche intégrée, combinant adaptation climatique, développement local et inclusion sociale.

Si le bilan intermédiaire est jugé positif, la Banque mondiale maintient un niveau de risque global « substantiel », notamment en raison des défis de coordination institutionnelle, de soutenabilité financière et de montée en capacité à l’échelle territoriale. Plusieurs indicateurs clés — émissions d’obligations vertes, généralisation des marchés publics verts, campagnes de sensibilisation citoyenne — restent à concrétiser.

Reste que, dans un contexte de pressions climatiques croissantes, le Maroc semble avoir posé les fondations d’une politique climatique plus structurée, plus mesurable et mieux intégrée aux politiques publiques. Le prochain défi sera celui de l’exécution à grande échelle, condition indispensable pour transformer l’architecture climatique en résultats durables.
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