LE MATIN
07 Juillet 2026
À 10:40
Les
exportations marocaines de
fraises fraîches poursuivent leur recul pour la quatrième campagne consécutive. Selon les données publiées par
EastFruit, le
Maroc n'a exporté que 8.700 tonnes entre octobre 2025 et avril 2026, soit deux fois moins que durant la même période de la campagne précédente. À ce rythme, la saison 2025-2026 devrait enregistrer le plus faible volume d'exportations jamais observé pour cette filière.
Cette contre-performance résulte d'un ensemble de facteurs économiques, climatiques et structurels. Le premier d'entre eux est la montée en puissance de
l'Égypte sur le marché international. En augmentant rapidement ses superficies cultivées et en proposant des fruits à des prix plus compétitifs, le pays a progressivement gagné des parts de marché, réduisant les marges des
producteurs marocains.
La raréfaction des
ressources en eau constitue un autre défi majeur. Très gourmande en
irrigation, la
culture de la fraise subit les conséquences de plusieurs années de
sécheresse. Dans les principales zones de production, la baisse des nappes phréatiques et la salinisation des terres côtières compliquent davantage les conditions de production. Les investissements nécessaires dans des unités de dessalement alourdissent également les coûts supportés par les producteurs.
À ces difficultés s'ajoute une pénurie persistante de
main-d'œuvre. Une partie des
travailleurs saisonniers se tourne vers
l'Espagne, où les salaires sont plus attractifs, tandis que ceux qui restent privilégient les exploitations de framboises et de myrtilles, accentuant les difficultés de recrutement durant les périodes de récolte.
Les
conditions météorologiques ont également pesé sur la campagne. Les épisodes de froid, l'humidité et les variations de température ont retardé la maturation des fruits, faisant manquer aux
exportateurs marocains la période la plus rémunératrice sur les
marchés européens. Au début de l'année 2026, les inondations dans les régions du
Gharb et du
Loukkos ont par ailleurs endommagé les tunnels de protection et détruit une partie importante des cultures.
Cette accumulation de contraintes s'est traduite par une baisse des exportations vers la quasi-totalité des principaux marchés. Les expéditions vers la France ont chuté de plus de 80 %, tandis que les livraisons vers le Royaume-Uni et l'Espagne, les deux premiers débouchés de la
fraise marocaine, ont reculé respectivement de 44 % et de 54 %. Seule l'Arabie saoudite a enregistré une progression, sans que les volumes exportés ne puissent compenser les pertes observées sur les marchés européens.
Au-delà de cette campagne difficile, les résultats confirment une évolution plus profonde de la
filière marocaine des fruits rouges. Les investisseurs et les grandes coopératives réorientent progressivement leurs investissements vers
les myrtilles, les framboises, les mûres et les avocats, considérés comme plus rémunérateurs et mieux adaptés au contexte actuel. La fraise conserve néanmoins un positionnement dans le segment des produits surgelés IQF, où le Maroc a enregistré de bonnes performances à l'export, notamment vers les États-Unis.
Plus qu'un recul conjoncturel, la baisse des
exportations de fraises fraîches traduit une transformation structurelle de la filière. Entre contraintes climatiques, pression concurrentielle et évolution des choix d'investissement, le secteur redéfinit progressivement sa place au sein de l'industrie marocaine des fruits rouges.