Économie

Aïd Al Adha : les producteurs de viandes rouges confirment l'abondance de l'offre

L’offre en ovins destinée à Aïd Al-Adha devrait largement dépasser la demande cette année, avec plus de 6 millions de têtes attendues, selon les professionnels du secteur des viandes rouges. Une dynamique portée par la reconstitution du cheptel, soutenue par le retour de pluies exceptionnelles après plusieurs années de sécheresse, et par l’allègement des tensions sur les coûts des aliments pour bétail. Pour les éleveurs, cette situation devrait contribuer à stabiliser les prix, loin des flambées observées lors des précédentes campagnes. Mais le secteur reste vigilant face aux comportements spéculatifs et aux achats précoces des consommateurs, susceptibles de perturber le marché. En parallèle, la filière engage une restructuration, avec la mise en place d’un système de traçabilité du cheptel et la refonte annoncée de l’interprofession. Les explications de Mustapha El Khouli, président de l’Association nationale des producteurs des viandes rouges.

23 Avril 2026 À 11:02

L’offre en ovins dédiés à la fête de Aïd Al-Adha dépassera largement la demande cette année. L’affirmation est de Mustapha El Khouli, président de l’Association nationale des producteurs des viandes rouges (ANPVR). Dans un échange avec le quotidien «Le Matin», en marge du Salon international de l’agriculture au Maroc (SIAM), le patron de la profession, qui n’avance toutefois pas de chiffres précis, assure que l’offre devrait dépasser, et de loin, les 6 millions de têtes.

Est-ce à dire pour autant que les prix seront cléments cette année ? Réponse du président de l’ANPVR : «Il n’y a aucune raison que les prix explosent, à l’instar des années précédentes.»



Selon lui, l’annulation du sacrifice l’année précédente a permis une recapitalisation importante du cheptel national. Une tendance significativement consolidée cette année avec le retour marqué de la pluviométrie. «Cette année est exceptionnelle. Le Royaume a enregistré des pluies abondantes qui marquent une rupture avec sept années de sécheresse. Cela a permis de recharger les nappes phréatiques dans plusieurs bassins agricoles du pays et a eu un impact favorable sur la régénération des parcours ainsi que sur la disponibilité de l’eau pour l’agriculture. Dans l’élevage, cette situation a notamment permis de booster les naissances et, partant, de consolider la reconstitution du cheptel, en plus de réduire nettement la pression sur les prix des matières fourragères et des aliments pour le bétail», explique El Khouli.



Le président de l’ANPVR confirme également une information qui circulait dans le secteur : une sous-déclaration du cheptel par une partie des éleveurs. «Beaucoup de petits et moyens éleveurs n’ont pas déclaré, l’année dernière, leurs cheptels aux services du ministère de l’Agriculture, de crainte d’être exclus du système des aides sociales directes.» Ce qui signifie, selon lui, que le cheptel national, ovins et caprins, dépassait déjà nettement les 6 millions de têtes l’année dernière.

Le patron de la profession fustige certains comportements qui alimentent la spéculation sur les prix des ovins, notamment via les réseaux sociaux. «Il n’est pas normal que certains fassent des démonstrations de leur cheptel prétendument sélectionné avec des prix hallucinants. Ces agissements contribuent en partie à l’envolée des prix que nous avons constatée. Avant, nous combattions les "Chenakka” physiques ; aujourd’hui, nous devons aussi lutter contre ces nouveaux acteurs qui pullulent sur les réseaux sociaux. Il faut que cela s’arrête !», s’insurge-t-il.

El Khouli souligne que la lutte contre les pratiques spéculatives s’intensifiera avec l’instauration du nouveau système de bouclage des cheptels.

«C’est un dispositif initié par le département de l’Agriculture avec l’octroi des aides directes aux éleveurs. Les petits ruminants seront équipés de boucles permettant de retracer le parcours de chaque bête, de la naissance à l’abattage. Ce processus permettra de limiter la spéculation. La boucle est connectée à une plateforme qui recueille toutes les informations relatives à chaque animal, qu’il s’agisse de revente, d’achat ou d’abattage», détaille-t-il.

Du côté des consommateurs, le président de l’ANPVR relève une tendance susceptible d’affecter les prix. «Cette année, nous constatons, à notre grande surprise, que certains consommateurs ont déjà commencé à acheter leur bête pour la fête du sacrifice.»

Est-ce par crainte d’une hausse des prix à l’approche de Aïd Al-Adha ? «C’est une incertitude fondée sur des rumeurs», rétorque El Khouli, qui se veut rassurant : «Le consommateur doit savoir qu’en agissant ainsi, il contribue à faire monter les prix sans raison. Nous constatons déjà, au niveau des souks, une abondance d’ovins, ce qui est un très bon signe à l’approche de la fête.» Il ajoute que les grandes exploitations spécialisées ont conservé leurs cheptels de l’année précédente tout en les renforçant cette année. Ces structures offrent, dans le cadre d’un approvisionnement direct à la ferme, des prix plus compétitifs. «Nous conseillons vivement aux consommateurs d’opter pour l’achat direct auprès de l’éleveur. Cela leur permettra d’éviter les intermédiaires, dont certains n’apportent aucune valeur ajoutée à la chaîne de commercialisation», insiste-t-il.

Vers une refonte de l’interprofession

Mettre de l’ordre dans le secteur des viandes rouges sera une priorité de la future interprofession, actuellement en cours de constitution. «Après la dissolution de la Fédération interprofessionnelle des viandes rouges (FIVIAR), une nouvelle organisation est en gestation. Une fois opérationnelle, cette future institution relancera les différents chantiers de développement du secteur. La modernisation des plateformes de commercialisation du bétail et l’installation d’abattoirs de dernière génération figurent parmi les dossiers prioritaires», révèle El Khouli. Selon lui, la modernisation des marchés à bestiaux, des structures d’abattage et le développement des ateliers de découpe permettront de renforcer la traçabilité des viandes rouges, de la ferme à l’assiette.

«Notre objectif est que chaque animal équipé d’une boucle connectée dispose d’un parcours parfaitement tracé, de la naissance jusqu’au consommateur final. La qualité du produit sera ainsi garantie, et l’éleveur sera mieux rémunéré, avec une meilleure visibilité sur le prix final», explique-t-il.

Aliments composés : une hausse des prix jugée «normale»

Contrairement aux acteurs du secteur avicole, qui ont vivement critiqué la hausse des aliments composés, le président de l’ANPVR estime que cette évolution est justifiée. «Les industries des aliments composés importent l’essentiel de leurs matières premières. Or, le maïs et le soja ont connu des hausses très importantes sur le marché international, notamment en raison de la crise en Ukraine. Il est donc logique que les prix suivent cette tendance», explique-t-il. «Dans un contexte de crise, l’essentiel est d’assurer la continuité de la production. Nous préférons une hausse temporaire des prix à une rupture d’approvisionnement», ajoute-t-il.

Filière viandes rouges : une montée en puissance avant les années de crise

Avant les chocs climatiques récents, la filière des viandes rouges au Maroc affichait une croissance soutenue. Entre 2008 et 2019, la production nationale a progressé de 51%, atteignant 606.000 tonnes. Cette performance a été portée principalement par l’amélioration de la productivité du cheptel. Sur la même période, la consommation moyenne s’est établie à près de 17,2 kg par habitant et par an en 2019.

Les programmes d’amélioration génétique, d’encadrement technique et de formation ont permis des gains significatifs : +36% chez les bovins et +23% chez les ovins.

En aval, des investissements structurants ont été réalisés, avec la mise en service de cinq abattoirs privés agréés à Meknès, Béni Mellal, Taroudant, Sidi Bennour et Fès, ainsi que la mise à niveau de plusieurs abattoirs communaux.

La structuration du marché s’est également appuyée sur le schéma directeur des abattoirs et marchés à bestiaux, en coordination avec la Direction générale des collectivités territoriales (DGCL) et l’Office national de sécurité sanitaire des produits alimentaires (ONSSA).

Enfin, l’encadrement de la commercialisation, notamment lors de Aïd Al-Adha, a été renforcé avec l’identification de près de 8 millions de têtes en 2019, la mise en place de souks temporaires et l’opération «Gezardiali», qui a permis de former 15.000 intervenants aux bonnes pratiques d’abattage. n
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