Saïd Naoumi
13 Avril 2026
À 10:20
L’Office national des chemins de fer (ONCF) ne se contente pas de construire des lignes ferroviaires. Il veut aussi construire une connaissance fine et approfondie de ses futurs clients. Le spécialiste national du rail est sur une grande étude de marché. Son objectif : Définir avec précision les attentes, les comportements et les arbitrages des voyageurs qui emprunteront ses futures lignes
Mass Transit. Ce projet stratégique se situe à la croisée de l’analyse de données, de la modélisation économique et de la Vision 2030 du Royaume.
La consultation à laquelle l’opérateur ferroviaire réserve un budget de 3,9 millions de dirhams couvrira les principales aires urbaines du pays. Il s’agit de la zone de
Casablanca avec le corridor Stade de Benslimane–Casa Port–Aéroport Mohammed V, du corridor Kénitra-Salé-Rabat–Témara-Skhirate, de la liaison Tanger Ville-Aéroport de Tanger, de l’axe Marrakech-Benguérir, et enfin du corridor Kénitra–Sidi Kacem. L’échantillon total atteindra 11.000 répondants, répartis entre trois grandes cibles comportementales. Les navetteurs effectuant des trajets domicile-travail ou domicile-études représenteront 1.500 personnes. Les non-mobiles, c’est-à-dire les personnes qui ne se déplacent pas actuellement, constitueront un échantillon de 2.000 individus.
Enfin, les voyageurs occasionnels, les usagers de loisirs et les touristes formeront le cœur de l’étude avec 7.500 répondants. L’étude ne se limitera pas à un simple sondage d’opinion. Elle s’articulera autour de six phases complètes, allant du cadrage stratégique et méthodologique jusqu’à la synthèse et aux recommandations finales, en passant par une enquête quantitative nationale intégrant une méthode avancée de préférences déclarées, appelée
«Stated Preference». L’étude poursuit plusieurs objectifs opérationnels précis. Il s’agit d’abord de mesurer l’intention d’usage du Mass Transit selon différents scénarios de prix, de fréquence, de temps de parcours, de confort et d’accessibilité. L’enquête devra également estimer la disposition à payer des voyageurs, calculer les reports modaux depuis les modes concurrents comme le bus, le tramway, les grands taxis ou la voiture particulière, et déterminer
l’élasticité-prix de la demande.
Une fois ces données collectées et analysées,
l’ONCF attend des simulations de trafic et de recettes annuelles sur un horizon de 5 à 10 ans, corridor par corridor. L’étude devra aussi proposer une segmentation stratégique des clients avec la création de personas détaillés. Enfin, elle devra définir le positionnement commercial final du
Mass Transit, c’est-à-dire la fréquence minimale acceptable, l’amplitude horaire, les
services à bord et en
gare, la
structure tarifaire optimale, la
politique d’abonnements ainsi que le
parcours d’achat et de
validation. À l’issue des six phases, l’ONCF disposera de livrables opérationnels concrets : rapports techniques, courbes d’élasticité, simulations économiques, cartographie des segments, et une synthèse finale qui sera présentée au Comité de direction.
Le Mass Transit, pilier de la vision 2030 de l’ONCF
Derrière cette étude se dessine un projet ferroviaire d’envergure nationale. Le Mass Transit constitue, en effet, la réponse de l’ONCF aux défis de mobilité urbaine et périurbaine des prochaines décennies. L’objectif est triple. Il s’agit d’abord de proposer un mode de
transport ferroviaire rapide, fréquent et fiable dans les zones densément peuplées. Ensuite, il s’agit de décongestionner les axes routiers et de réduire les temps de parcours des voyageurs. Enfin, le réseau vise à renforcer l’intermodalité avec le tramway, les bus à haut niveau de service, les bus classiques et les taxis, tout en répondant aux défis démographiques et économiques, notamment dans la perspective de la Coupe du Monde 2030 que le Royaume coorganise avec l’Espagne et le Portugal. Le
Mass Transit s’inscrit dans une dynamique d’investissement beaucoup plus large.
L’ONCF prévoit l’extension de la ligne à grande vitesse jusqu’à Marrakech sur 430 kilomètres, dont les travaux ont été lancés en avril 2025. Un programme massif d’acquisition de 168 nouveaux trains est également engagé, comprenant 18 TGV, 40 trains de lignes classiques, 60 trains navettes rapides et 50 trains spécifiquement dédiés au Mass Transit. Par ailleurs, l’ONCF ambitionne de créer un écosystème industriel ferroviaire avec des unités de fabrication, des activités de sous-traitance et des joint-ventures pour la maintenance. Enfin, une trentaine de gares seront construites ou réaménagées. À l’horizon 2030, l’ONCF vise le triplement du nombre de voyageurs transportés, avec des trains métropolitains de proximité irriguant les agglomérations de Rabat, Casablanca, Kénitra, Tanger et Marrakech.
À l’horizon 2030, l’ONCF vise le triplement du nombre de voyageurs transportés, avec des trains métropolitains de proximité irriguant les agglomérations de
Rabat, Casablanca, Kénitra, Tanger et Marrakech.