Saïd Naoumi
06 Février 2026
À 10:31
Le
Maroc dispose d’un potentiel en or pour jouer, à moyen terme, un rôle stratégique dans la cartographie mondiale des
minéraux critiques. Selon les données de l’Agence scientifique du gouvernement fédéral des États-Unis chargée de l’Étude du paysage, des ressources naturelles et des risques naturels (US Geological Survey – USGS), le Royaume figure parmi les pays producteurs de plusieurs
minéraux classés critiques à l’échelle mondiale.
Concrètement, le pays assure une production annuelle estimée à 6.000 tonnes d’
arsenic, sous forme de trioxyde d’arsenic ou équivalent calculé. Il représente, du coup, près de 9,76% de la production mondiale. De même, le Maroc dispose d’une capacité de raffinage de 8.000 tonnes d’arsenic. Ce minerai, précisons-le, est utilisé notamment dans la
fabrication de batteries, de
semi-conducteurs, de
pesticides et de produits de
préservation du bois.
Le Royaume se distingue, également, sur le marché de la baryte, avec une production minière estimée à 1 million de tonnes, soit environ 12,38% de la production mondiale. La
baryte est principalement utilisée dans les industries de la céramique et du verre, dans les activités de
forage pétrolier et gazier, ainsi que dans l’
imagerie médicale par rayons X. Par ailleurs, le Royaume dispose d’une capacité de production de
cobalt raffiné évaluée à 1.506 tonnes, correspondant à environ 0,84% de la production mondiale, un métal critique entrant dans la fabrication de
catalyseurs, de
batteries rechargeables, de
produits médicaux et de
superalliages.
Dans sa dernière édition du
Mineral Commodity Summaries 2025, l’
US Geological Survey dresse une cartographie précise des chaînes d’approvisionnement mondiales en minerais non énergétiques, à travers lesquelles se redessinent aujourd’hui les équilibres industriels, énergétiques et agricoles. Sans faire l’objet d’un chapitre dédié, le Maroc apparaît néanmoins à plusieurs reprises dans les tableaux de référence du Rapport, confirmant son insertion structurelle dans certains segments clés du marché mondial des minéraux.
Le Royaume figure ainsi parmi les pays fournisseurs d’arsenic des États-Unis. Il constitue, en effet, la 2ᵉ source d’importation de ce minerai pour le pays de l’Oncle Sam (34% des importations sous forme de trioxyde d’arsenic sur la période 2020-2023), après la Chine (58%). Rappelons que, pour cette substance, les États-Unis dépendent à 100% des importations. Cette présence, même marginale en volume, positionne le Maroc dans une chaîne d’approvisionnement sensible, l’arsenic étant utilisé dans diverses applications industrielles et métallurgiques.
Plus significatif encore est le rôle du Maroc sur le marché de la baryte. Selon l’USGS, plus de 75% de la consommation américaine de ce minerai provient de l’étranger, avec quatre principaux pays sources : l’Inde, la Chine, le Mexique et le Maroc. Dans ce tableau, le Royaume pèse pour près de 17% des importations américaines de baryte.
Le fait que le Royaume soit identifié comme l’un des fournisseurs majeurs de ce marché traduit donc son ancrage dans une filière directement liée aux infrastructures énergétiques mondiales.
Au-delà de ces flux commerciaux directs, le Rapport met également en lumière l’importance de la
roche de phosphate dans l’architecture globale des ressources minérales. L’USGS estime ainsi les réserves mondiales de phosphate à environ 74 milliards de tonnes et rappelle que de grandes quantités de
fluor sont contenues dans cette roche, ce qui confère au phosphate un rôle central à la fois pour l’agriculture et pour certaines applications industrielles. Même si le document ne détaille pas, pays par pays, la répartition de ces réserves, le phosphate apparaît comme l’un des piliers structurels du système mondial des engrais, secteur dans lequel le Royaume est implicitement intégré via sa production et ses ressources.
Pris ensemble, ces éléments dessinent un positionnement spécifique : le
Maroc n’est pas présenté comme une puissance minière polymétallique comparable aux grands producteurs asiatiques ou sud-américains, mais comme un acteur ciblé sur des substances à très forte valeur stratégique (baryte, arsenic et phosphate) qui alimentent respectivement les chaînes de l’énergie, de l’industrie chimique et de la sécurité alimentaire.
Dans un contexte où les États-Unis affichent une dépendance élevée, voire totale, vis-à-vis des importations pour de nombreux minéraux critiques, la présence répétée du Maroc dans les tableaux de sources d’approvisionnement souligne son rôle de partenaire minéral fiable sur certains segments précis. Le Rapport rappelle d’ailleurs que plus de 50 minéraux font l’objet d’une dépendance significative du marché américain, ce qui renforce l’attention portée à la diversification géographique des fournisseurs.