Moncef Ben Hayoun
12 Mai 2026
À 10:14
Le
Maroc engage un vaste
chantier numérique pour moderniser en profondeur la gestion de son
secteur halieutique. Porté par le secrétariat d’État chargé de la Pêche maritime, ce projet concerne la mise en place d’un
système intégré de gestion de l’information, couvrant l’ensemble de la chaîne de valeur halieutique, de la capture jusqu’à l’exportation. Cette initiative s’inscrit dans le prolongement direct de la
Stratégie nationale «Halieutis», lancée en 2009, qui place la durabilité de la ressource halieutique et la transparence de sa gouvernance au cœur des priorités nationales. Depuis lors, les mutations n’ont cessé de s’accélérer. La réglementation des pêches a considérablement évolué, de nouveaux mécanismes de suivi, de contrôle et de surveillance ont été instaurés, et les exigences posées par les marchés internationaux se sont renforcées. Dans ce contexte, les autorités estiment nécessaire de disposer d’un système d’information plus intégré et davantage adapté aux nouvelles obligations réglementaires et opérationnelles du secteur.
Sur le plan interne, une
réforme réglementaire récente a instauré de nouveaux supports d’information – journaux de pêche, déclarations de captures, registres d’origine, autorisations de transbordement – et a explicitement prévu la création d’une plateforme électronique centralisée pour leur gestion. Cette évolution traduit une volonté claire de l’État de rationaliser, moderniser et sécuriser les flux d’information qui structurent l’ensemble du secteur.
À l’international, les pressions sont tout aussi déterminantes. L’
Union européenne, principal marché des
exportations marocaines de produits de la pêche maritime, a adopté un nouveau règlement renforçant les exigences en matière de certification des captures : informations enrichies sur les zones de pêche, les opérations de transbordement et de transformation, obligation de recourir à des systèmes électroniques certifiés pour les importateurs. Pour le Maroc, se conformer à ces nouvelles normes constitue un enjeu stratégique pour préserver l’accès de ses exportations au marché européen. S’y ajoutent les engagements pris dans le cadre du
protocole de pêche Maroc-Union européenne, ainsi que les obligations découlant des organisations régionales et internationales de gestion des pêches telles que la
Commission internationale pour la conservation des thonidés de l’Atlantique (ICCAT), la
Commission générale des pêches pour la Méditerranée (CGPM) ou l’
Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO).
C’est dans cette perspective que le ministère lance un appel d’offres international portant sur le développement et le déploiement de deux grands
dispositifs numériques complémentaires. Le premier concerne une application intégrée dédiée à la gestion de l’information des activités de la pêche maritime, à la certification et à la traçabilité des captures de pêche. Le second porte sur une application destinée à la déclaration électronique et au suivi des activités des navires de pêche, reposant notamment sur des outils de surveillance et de transmission des données en temps réel.
L’ambition est de mettre en place un écosystème numérique unifié, capable de centraliser et d’interconnecter l’ensemble des données relatives aux activités halieutiques. Il s’agit de gérer de manière intégrée la flotte de pêche – plus de 2.600 navires côtiers, hauturiers et RSW (Refrigerated Sea Water – Eau de mer réfrigérée), ainsi qu’environ 17.000 barques artisanales–, les marins-pêcheurs, les licences et autorisations, les accords et conventions de pêche, les plans d’aménagement des pêcheries, les quotas, les agréments sanitaires et les inspections. La traçabilité électronique des captures doit être assurée à chaque étape : de la capture au débarquement, du stockage à la transformation, jusqu’à la distribution et l’exportation. Les volumes concernés donnent la mesure de l’enjeu : près de 700.000 déclarations de captures et 33.000 certificats sont traités chaque année.
Le volet surveillance constitue l’une des dimensions les plus stratégiques du projet. À travers le déploiement d’un système de suivi satellitaire en temps réel des navires et d’un journal électronique de pêche embarqué, le Maroc entend doter ses services de contrôle d’outils à la hauteur des défis actuels. La lutte contre la pêche illicite, non déclarée et non réglementée – fléau mondial qui menace la durabilité des ressources et fausse la concurrence – figure au premier rang de ces priorités. Les contrôleurs disposeront de cartographies dynamiques, d’alertes automatisées et de tableaux de bord permettant une supervision continue de l’ensemble de la flotte.
Ce projet traduit également la volonté des autorités de disposer d’un système national intégré, sécurisé et interopérable pour la gestion des activités halieutiques. Le cahier des charges prévoit que les codes sources, les logiciels associés et l’ensemble de la documentation technique deviennent la propriété du secrétariat d’État chargé de la pêche maritime. Le futur système devra par ailleurs être interconnecté avec les plateformes des partenaires institutionnels nationaux – l’Office national des pêches, les Douanes, l’Office national de sécurité sanitaire des produits alimentaires (ONSSA), la Trésorerie générale du Royaume (TGR), la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS), l’Institut national de recherche halieutique (INRH) – ainsi qu’avec les systèmes européens et internationaux de certification et de contrôle des
activités de pêche.