Économie

Près de 3 millions de jeunes restent hors emploi, études et formation (BAM)

Malgré l’accélération de la croissance et la création de 193.000 emplois en 2025, le marché du travail marocain reste marqué par une forte inactivité des jeunes. Près de 3 millions de personnes âgées de 15 à 29 ans se trouvent en dehors de l’emploi, du système éducatif et de la formation, selon le rapport annuel de Bank Al-Maghrib.

21 Juillet 2026 À 11:12

La reprise de l’emploi enregistrée en 2025 n’a pas suffi à améliorer sensiblement la situation des jeunes. Dans son rapport annuel, Bank Al-Maghrib relève que près de 3 millions de Marocains âgés de 15 à 29 ans ne sont ni en emploi, ni scolarisés, ni en formation. La Banque centrale présente cette situation comme l’une des manifestations les plus préoccupantes de la faiblesse persistante du marché du travail.

Cette population est plus large que celle des seuls jeunes chômeurs. Elle comprend également les personnes qui ne travaillent pas et ne recherchent pas activement un emploi, et qui ne sont donc pas comptabilisées dans la population active. Pour la tranche des 15 à 24 ans, le rapport précise que 23,2% des jeunes se trouvent dans cette situation.



Bank Al-Maghrib souligne ainsi que le chômage, le sous-emploi et, plus encore, l’inactivité touchent de larges franges de la population. En 2025, moins de quatre personnes en âge de travailler sur dix occupaient effectivement un emploi. Sur les 407.000 personnes supplémentaires ayant atteint l’âge de travailler durant l’année, seules 177.000 ont intégré le marché du travail.

Le chômage des 15-24 ans grimpe à 37,2%

Le taux d’activité des jeunes âgés de 15 à 24 ans a reculé de 0,3 point en 2025 pour s’établir à 22,4%. Autrement dit, moins d’un jeune sur quatre dans cette tranche d’âge travaillait ou recherchait activement un emploi. Cette évolution contraste avec la hausse du taux d’activité des 25-34 ans, qui a progressé de 0,8 point à 61,3%.

Les jeunes de 15 à 24 ans sont également la seule tranche d’âge à avoir enregistré une aggravation du chômage en 2025. Leur taux de chômage a augmenté de 0,5 point pour atteindre 37,2%, contre 13% pour l’ensemble de la population active.

Les écarts sont particulièrement importants selon le lieu de résidence. Dans les villes, près d’un jeune actif sur deux était au chômage, avec un taux de 48%, malgré une baisse de 0,4 point sur un an. Dans les campagnes, ce taux a augmenté de 1,4 point pour atteindre 22,7%.

La population au chômage reste d’ailleurs majoritairement jeune. Plus des trois quarts des 1,6 million de chômeurs recensés en 2025 avaient moins de 35 ans. Les 15-24 ans représentaient à eux seuls 30,5% des chômeurs et les 25-34 ans 45,7%.

L’accès au premier emploi demeure un autre obstacle majeur. Plus de la moitié des chômeurs, soit 52,9%, étaient des primo-demandeurs d’emploi. Le chômage tend également à s’installer dans la durée, puisque 64,8% des personnes concernées cherchaient un emploi depuis plus d’un an, contre 62,4% en 2024.

193.000 emplois créés, mais une progression encore insuffisante

Le constat intervient pourtant dans un contexte d’amélioration des créations d’emplois. L’économie nationale a généré 193.000 postes en 2025, après 82.000 en 2024 et une perte de 157.000 en 2023. La population occupée a ainsi augmenté de 1,8% pour atteindre 10,9 millions de personnes.

Cette progression a été essentiellement portée par les activités non agricoles, qui ont créé 233.000 emplois. Les services ont généré 123.000 postes, le BTP 64.000 et l’industrie 46.000. L’agriculture a, en revanche, perdu 41.000 emplois, après une destruction de 137.000 postes un an auparavant.

Le taux d’emploi n’a toutefois progressé que de 0,1 point pour s’établir à 37,8%, après trois années consécutives de baisse. Il a augmenté de 0,4 point à 35,3% dans les villes, mais a reculé de 0,3 point à 43% dans les zones rurales.



Pour Bank Al-Maghrib, l’emploi reste ainsi le « maillon faible » de l’économie nationale. Malgré une croissance de 4,9% en 2025, les créations de postes demeurent insuffisantes pour absorber l’arrivée de nouveaux actifs et provoquer un recul tangible du chômage. La Banque centrale estime également que le contenu en emploi de la croissance s’est sensiblement affaibli ces dernières années.

Des emplois encore fragiles et peu protégés

Au-delà du nombre de postes créés, le rapport met en évidence la fragilité d’une partie des emplois. Le salariat représente désormais 61% de la population occupée, mais seuls 54% des salariés disposent d’un contrat de travail. Les travailleurs indépendants représentent 29,6% des personnes en emploi et les aides familiales 8,9%.

L’emploi saisonnier ou occasionnel a progressé de 3,5% en 2025 et représente 12,3% de l’emploi total. En parallèle, 68,4% des personnes interrogées déclarent ne pas bénéficier d’une couverture médicale dans le cadre de leur activité professionnelle. Cette proportion atteint 92,2% dans l’agriculture, contre 50,6% dans l’industrie.

Le sous-emploi s’est lui aussi aggravé, malgré le léger recul du chômage global. Sa prévalence est passée de 10,1% à 10,9% au niveau national. Dans près de la moitié des cas, soit 48,2%, les personnes concernées estiment que leur qualification est inadaptée à leur emploi ou que leur rémunération est insuffisante.

Face à cette situation, Bank Al-Maghrib insiste sur la nécessité d’améliorer la préparation des jeunes au marché du travail à travers la mise à niveau du système d’éducation et de formation. Elle appelle parallèlement à renforcer les effets d’entraînement de l’investissement et à favoriser une implication accrue du secteur privé afin de créer davantage d’emplois durables.
Copyright Groupe le Matin © 2026