Taqa Morocco, titre à acheter avec un potentiel de hausse de 60% (Bmce Capital)
BMCE Capital Global Research (BKGR) maintient une recommandation d’achat sur Taqa Morocco et fixe un cours cible de 2.816 DH, contre 2.977 DH précédemment. Par rapport au cours de 1.720 DH observé le 18 septembre 2026, ce niveau fait ressortir un potentiel de hausse supérieur à 60%. Le bureau de recherche fonde notamment son scénario sur la résilience des marges au premier semestre et sur un portefeuille de projets évalué à 153,3 milliards de dirhams à l’horizon 2030, qui doit faire évoluer le groupe d’un producteur thermique historique vers une plateforme intégrée dans l’énergie, l’eau et les infrastructures.
Rochdi Mokhliss
24 Septembre 2026
À 10:13
Taqa Morocco conserve, selon BMCE Capital Global Research, un potentiel de revalorisation important à la Bourse de Casablanca. Le bureau de recherche recommande le titre à l’achat avec un objectif de cours ramené à 2.816 DH, contre 2.977 DH auparavant. Rapporté au cours de 1.720 DH enregistré le 18 septembre 2026, ce nouvel objectif représente un potentiel d’appréciation de plus de 60%. Cette recommandation intervient alors que Taqa Morocco traverse une phase de transition. Son activité historique à Jorf Lasfar continue de constituer le principal générateur de cash-flow, mais le groupe prépare parallèlement un changement d’échelle à travers des investissements massifs dans les énergies renouvelables, le gaz, le dessalement et les infrastructures de transport d’électricité et d’eau.
Un chiffre d’affaires en baisse, mais des marges préservées
Au premier semestre 2026, le chiffre d’affaires consolidé de Taqa Morocco s’est établi à 5,1 milliards de dirhams, en baisse de 5,4% sur un an. Ce niveau représente près de 44% des prévisions annuelles non actualisées de BMCE Capital. Le recul provient d’une baisse de 3,7% des frais de puissance et de 6,6% des frais d’énergie. La production électrique est revenue à 6.684 GWh, pénalisée par le programme de maintenance planifié des unités de production. Le taux de disponibilité global des unités 1 à 6 s’est ainsi établi à 86,6%, contre 91,7% au premier semestre 2025. Il s’agit du niveau de disponibilité le plus faible observé au cours des dix dernières années, en raison de la concomitance de plusieurs interventions programmées. Parmi elles figure une révision mineure de 25 jours de l’unité 3, à laquelle se sont ajoutées plusieurs inspections sur d’autres unités.
Un effet de change défavorable lié à la parité dollar-dirham a également pesé sur les revenus relevant des mécanismes d’indexation contractuelle. L’effet volume ressort donc négatif au premier semestre. En revanche, l’effet prix a été légèrement favorable : le prix moyen s’est établi à 0,76122 DH/kWh, contre 0,75654 DH/kWh un an auparavant.
L’EBITDA progresse malgré la baisse de l’activité
La principale résistance des comptes se trouve du côté de la rentabilité. Malgré le recul du chiffre d’affaires et la diminution du taux de disponibilité, l’EBITDA a progressé de 0,7% pour atteindre 1,66 milliard de dirhams. Le résultat d’exploitation est, pour sa part, resté quasiment stable à 1,25 milliard de dirhams, en légère baisse de 0,4%. Cette résistance s’explique principalement par la réduction de 6,9% des charges d’exploitation.
L’amélioration intervient pourtant dans un environnement moins favorable sur les achats de charbon. Le prix moyen payé par le groupe est passé de 108 dollars la tonne au 30 juin 2025 à 113 dollars au 30 juin 2026. Dans le même temps, l’indice API II s’est apprécié de 101 dollars à 111 dollars la tonne. La maîtrise des coûts a néanmoins permis à la marge opérationnelle de progresser à 24,5%, contre 23,3% au premier semestre 2025.
Le RNPG augmente de 5,8%
La capacité bénéficiaire s’améliore également. Le résultat net consolidé a atteint 601 millions de dirhams, en progression de 4,1%, tandis que le résultat net part du groupe s’est établi à 462 millions, en hausse de 5,8%. L’amélioration résulte notamment d’une réduction du déficit financier. Le résultat financier est passé de -217 millions de dirhams au premier semestre 2025 à -155 millions un an plus tard. Deux éléments ont contribué à ce redressement : l’amélioration du résultat de change dans un contexte de baisse de la parité dollar-dirham et la réduction des charges d’intérêts, vraisemblablement liée au désendettement progressif du groupe. À fin juin, l’endettement net consolidé ressortait ainsi à 4,62 milliards de dirhams, en baisse de 13% par rapport à la fin de 2025.
153 milliards de dirhams de projets à horizon 2030
Pour BMCE Capital, le principal argument d’investissement dépasse cependant les résultats du premier semestre. Le groupe s’engage dans une transformation de son modèle visant à passer d’un producteur indépendant d’électricité essentiellement adossé au charbon à une plateforme intégrée intervenant dans l’énergie, l’eau et les infrastructures stratégiques. Le portefeuille de projets identifié représente près de 153,3 milliards de dirhams d’investissements à horizon 2030. Le complexe de Jorf Lasfar restera le socle de génération de cash-flow, mais sa contribution doit progressivement être complétée par plusieurs nouvelles activités.
Les renouvelables doivent représenter 4,8 GW en 2030
Dans les énergies renouvelables, Taqa Morocco prévoit le développement de 1.200 MW supplémentaires pour l’ONEE, en complément des 1.000 MW déjà annoncés. Ces capacités doivent accompagner la décarbonation progressive du mix énergétique du groupe et lui apporter davantage de revenus adossés à des contrats de long terme.
À l’horizon 2030, Taqa Morocco vise une capacité totale installée de près de 8,6 GW, contre environ 2,1 GW actuellement. Sur ce total, environ 4,8 GW devraient provenir des énergies renouvelables. La taille du groupe serait ainsi multipliée par plus de quatre en termes de capacité installée, avec un mix beaucoup moins dépendant de l’activité thermique historique.
Le gaz, deuxième pilier de la diversification
La production flexible bas carbone constitue un autre relais de croissance. Aux côtés de Nareva, Taqa Morocco prévoit de reprendre la centrale à gaz de Tahaddart, d’une capacité de 400 MW. Le groupe projette également le développement de Tahaddart 2 et Tahaddart 3, avec une capacité additionnelle comprise entre 1.100 et 1.400 MW. Ces actifs à gaz doivent permettre d’apporter davantage de flexibilité au système électrique, notamment pour accompagner la montée en puissance des énergies renouvelables intermittentes.
La diversification doit également dépasser le secteur strictement électrique. Dans l’eau, le groupe prévoit le développement de quatre stations de dessalement représentant une capacité additionnelle cible de 900 millions de mètres cubes. Ces installations doivent être alimentées par des capacités renouvelables développées par Taqa Morocco et son partenaire.
En parallèle, le groupe projette une infrastructure de transfert présentée comme une « autoroute de l’eau », dont la capacité pourrait atteindre 1.200 millions de mètres cubes. Ce volet positionnerait Taqa Morocco sur les infrastructures liées à la sécurité hydrique, devenue l’un des principaux besoins structurels du Royaume.
Une autoroute électrique de 3.000 MW
Sur les réseaux, Taqa Morocco participe également au développement d’une infrastructure électrique de près de 3.000 MW reliant le sud du Royaume au centre du pays. Cette « autoroute électrique » doit permettre d’intégrer les futures capacités renouvelables développées notamment dans les régions méridionales et d’acheminer leur production vers les principaux centres de consommation.
Pour BMCE Capital, ce projet pourrait devenir à terme l’un des principaux actifs régulés du groupe.
La diversification n’implique pas pour autant l’abandon des installations historiques. Entre 2028 et 2031, Taqa Morocco prévoit un programme de renouvellement des turbines des unités 1 à 4 de Jorf Lasfar. L’investissement est estimé à 3,5 milliards de dirhams.
Cette opération doit prolonger la durée d’exploitation des actifs, améliorer leur performance technique et maintenir un taux de disponibilité supérieur à 85%. L’objectif est de préserver leur capacité de génération de cash-flow pendant que les nouveaux métiers prennent progressivement le relais.