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L’ESSEC met en débat les défis géopolitiques des entreprises africaines

Réunis à Rabat à l’initiative de l’ESSEC Business School – Campus Afrique, décideurs publics, dirigeants et experts ont analysé les effets des tensions internationales sur les stratégies des entreprises africaines, dans un contexte mondial marqué par l’incertitude.

17 Avril 2026 À 09:00

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Le campus africain de l’ESSEC Business School à Rabat a accueilli, récemment, la Conférence africaine du Dialogue tricontinental. Organisée par l’ESSEC Institute for Geopolitics & Business, la rencontre a réuni responsables économiques, diplomates et universitaires autour d’un même constat : la montée des tensions géopolitiques redéfinit en profondeur l’environnement des entreprises africaines.

Placée sous le thème « Geopolitics Meets the Boardroom », la conférence s’est penchée sur les implications de la rivalité entre les États-Unis et la Chine pour les économies du continent. Dans un monde fragmenté, les entreprises africaines sont appelées à composer avec des logiques de puissance qui dépassent le seul cadre économique.

En ouverture, Assia Bensalah Alaoui, ambassadrice itinérante de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, a souligné que « l’incertitude est devenue la seule certitude » pour les directions d’entreprises confrontées à une « polycrise » durable. Une situation qui impose, selon elle, une adaptation constante des stratégies.

Même constat du côté du secteur financier. Amine Bouabid, président-directeur général du Bank of Africa Group, a mis en avant les fragilités structurelles de nombreuses économies africaines, évoquant la stagnation industrielle et l’alourdissement de la dette. Il a plaidé pour un renforcement de l’intégration régionale et rappelé le rôle des banques panafricaines dans le financement de l’industrialisation.

Anticiper les risques, repenser les stratégies

Face à ces bouleversements, la capacité d’anticipation apparaît comme un enjeu central. Yassir Zouaoui, managing partner du bureau de McKinsey & Company à Casablanca, a insisté sur la nécessité pour les entreprises africaines de développer en interne des outils d’analyse prospective des risques géopolitiques. Une démarche encore peu répandue, mais appelée à se généraliser. Les échanges ont également mis en lumière le rôle croissant des institutions académiques dans la compréhension de ces dynamiques. Les interventions de Hugues Levecq et de Aurélien Colson ont souligné la nécessité de former une nouvelle génération de dirigeants capables d’intégrer les variables géopolitiques dans la conduite des affaires.

La conférence s’inscrit dans le cadre du Dialogue tricontinental porté par l’institut de l’ESSEC, qui vise à structurer un espace d’échange entre l’Afrique, l’Europe et l’Asie sur les grands enjeux géoéconomiques. Diplomates européens, représentants institutionnels et experts ont contribué aux discussions, à l’image de Charles Thepaut ou de Christine Cassiers. La prochaine étape de cette initiative est prévue le 10 juin 2026 à Singapour, confirmant la vocation internationale du projet.
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