LE MATIN
29 Juin 2026
À 11:14
L'annonce de l'enregistrement de plus de 140
produits pharmaceutiques dérivés du
cannabis auprès de l'
Agence marocaine des médicaments et des produits de santé suscite des interrogations. Dans un communiqué, l'
Observatoire marocain de protection du consommateur demande davantage de transparence sur ces médicaments, estimant que les informations mises à la disposition des professionnels de santé et du grand public restent insuffisantes. Cette réaction fait suite aux déclarations du directeur général de l'Agence nationale de réglementation des activités relatives au cannabis, selon lesquelles
l'industrie pharmaceutique nationale a développé plus de 140 produits dérivés du cannabis, désormais enregistrés et commercialisés à travers plus de 600 points de vente autorisés.
Après l’encadrement de la filière, la production pharmaceutique et l’organisation d’un circuit autorisé, le cannabis thérapeutique au Maroc entre dans le champ de la prescription. L’enjeu n’est plus seulement de rendre les produits disponibles, mais de définir les conditions de leur usage médical. La disponibilité ouvre la voie, mais elle ne suffit pas à faire une pratique médicale. Encore faut-il établir les indications, apprécier les niveaux de preuve, bâtir les protocoles, former les prescripteurs, produire des données scientifiques nationales et garantir la sécurité des patients. La première journée scientifique organisée à Casablanca par l’Agence nationale de réglementation des activités relatives au cannabis (ANRAC), en partenariat avec la Société marocaine des sciences médicales (SMSM), a lancé le débat autour de cette nouvelle étape : une filière existe désormais, son usage médical doit encore être encadré, documenté et suivi. Les deux conventions signées en marge des travaux en constituent une première réponse concrète à ce défi.
Si l'Observatoire salue les efforts visant à développer l'industrie pharmaceutique nationale, il relève que ces médicaments demeurent largement méconnus des
médecins, des
pharmaciens, des
chercheurs, mais aussi des patients, alors même que la légalisation des usages médicaux du cannabis avait suscité de fortes attentes quant à l'émergence de nouveaux traitements.
L'association s'interroge notamment sur l'absence d'informations détaillées concernant les dénominations commerciales et scientifiques de ces produits, leurs indications thérapeutiques, les catégories de patients auxquelles ils sont destinés, ainsi que leurs modalités de prescription et de délivrance. Selon elle, ce manque de visibilité est susceptible d'entretenir une confusion au sein de l'opinion publique.
L'Observatoire affirme également avoir constaté un déficit d'information parmi les agriculteurs engagés dans la filière légale du cannabis, certains ne disposant pas d'éléments sur la destination des matières premières qu'ils produisent. Une situation qui, selon lui, plaide pour un renforcement de la communication institutionnelle tout au long de la chaîne de valeur.
Au nom du droit du consommateur à l'information, l'Observatoire appelle l'Agence nationale de réglementation des activités relatives au cannabis et l'Agence marocaine des médicaments et des produits de santé à publier une liste officielle des produits enregistrés. Il demande que celle-ci précise notamment leurs noms commerciaux et scientifiques, leurs indications médicales, les fondements scientifiques ayant justifié leur enregistrement, leur disponibilité effective dans les pharmacies et les établissements de santé, ainsi que les études cliniques attestant de leur efficacité et de leur innocuité.
Pour l'Observatoire, la publication de ces données contribuerait à renforcer la confiance des citoyens dans les institutions, à lever les ambiguïtés entourant ces produits et à garantir le droit des consommateurs à une information fiable, dans un domaine directement lié à la santé publique.