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Elections 2026 : Fouzi Lekjaâ dévoile son jeu à «Jeune Afrique»

À neuf jours des législatives, Fouzi Lekjaâ sort de sa réserve. Dans un entretien mené et publié par «Jeune Afrique», le ministre délégué chargé du Budget et président de la FRMF livre sa feuille de route politique, répond sur l’hypothèse de la primature et défend les ambitions du Maroc pour le Mondial 2030. Il expose aussi les arguments marocains dans le litige de la finale de la CAN devant le TAS et précise la nature de son soutien à Gianni Infantino.

14 Septembre 2026 À 18:02

À quelques jours des élections législatives du 23 septembre, Fouzi Lekjaâ se trouve au croisement de plusieurs calendriers. Celui de la campagne électorale, qu’il mène désormais sous les couleurs du Parti authenticité et modernité (PAM). Celui du Mondial 2030, dont le Maroc prépare l’organisation avec l’Espagne et le Portugal. Et celui, plus immédiat, du contentieux avec le Sénégal autour de la finale de la Coupe d’Afrique des nations 2025.

C’est sur ces différents fronts qu’il s’est longuement expliqué devant «Jeune Afrique», qu’il a reçu le 1er septembre dans les locaux du Complexe Mohammed VI de football, à Salé. Président de la Fédération Royale marocaine de football (FRMF), ministre délégué chargé du Budget et membre du bureau politique du PAM, Fouzi Lekjaâ répond aux questions sur son entrée en politique, une éventuelle accession à la primature, l’avenir de ses fonctions sportives et les ambitions marocaines pour 2030.

Une entrée au PAM présentée comme un choix personnel

Fouzi Lekjaâ tient d’abord à corriger les mots employés pour décrire son engagement. Il ne veut pas parler de «bataille politique», mais d’«action politique». À l’entendre, son adhésion au PAM, officialisée le 25 juillet, ne marque pas une rupture. Elle prolonge un parcours administratif et gouvernemental déjà étroitement lié à la vie publique. Son passage au gouvernement, sa présence régulière au Parlement et ses contacts avec les acteurs politiques lui auraient permis d’accumuler l’expérience nécessaire. Il cherchait désormais, explique-t-il, un espace où exprimer une vision «plus libre, plus horizontale, plus globale». Le choix du PAM tiendrait à la capacité du parti à renouveler ses profils et à ouvrir ses structures à de nouvelles générations. A-t-il reçu une consigne pour rejoindre cette formation ? Il répond sans détour : «Le choix du 25 juillet est un choix personnel, logique». Les lectures qui attribuent son adhésion à des orientations extérieures relèvent, selon lui, d’«un débat révolu». Il rappelle que l’adhésion à un parti et l’exercice d’une activité politique constituent un droit constitutionnel.

Une «carapace» face aux critiques

Passer d’une image de gestionnaire construit en dehors des partis à la politique électorale expose Fouzi Lekjaâ à un univers plus rude. Rivalités internes, attaques personnelles, soupçons et coups bas : il assure connaître ce terrain. Les critiques ont accompagné aussi bien sa gestion du football que son action au Budget. Un responsable public, estime-t-il, doit apprendre à vivre avec cette pression sans dévier de sa trajectoire. «Ce qui reste dans la mémoire collective, ce ne sont pas les secousses du chemin, c’est le résultat final», affirme-t-il. Le nouveau membre du bureau politique du PAM dit avoir développé «une carapace suffisante» pour encaisser les attaques. Il ne nie pas leur existence, mais refuse d’en faire le centre de son engagement.

La direction du PAM n’est pas à l’ordre du jour

Son arrivée très médiatisée a rapidement nourri les spéculations sur une possible prise de contrôle du parti. M. Lekjaâ les écarte. Se projeter dès maintenant dans une bataille de positionnement lui paraît être «une perte de temps». Sa priorité est de contribuer à la victoire du PAM le 23 septembre. Il assure qu’il participera aux prochaines étapes, quelle que soit la place qui lui sera réservée. «Ce n’est ni la fonction ni le poste qui m’intéresse», répète-t-il, ramenant son engagement à la capacité du parti à répondre aux défis du développement.

Interrogé sur les affaires judiciaires ayant impliqué certains responsables du PAM, il ne cherche pas à les minimiser. Aucune organisation rassemblant des centaines de milliers de personnes ne peut garantir à l’avance une conduite irréprochable de tous ses membres, relève-t-il. Les dérives restent pour autant «inacceptables». Le parti doit, selon lui, renforcer ses procédures afin de les détecter plus tôt et de prendre les mesures qui s’imposent.

Retrouver la raison d’être du PAM

Fouzi Lekjaâ veut contribuer à ramener le PAM vers ce qu’il présente comme ses fondamentaux : faire de la politique autrement, ouvrir des espaces aux citoyens et se rapprocher de leurs préoccupations quotidiennes. Il conteste toutefois l’idée d’un parti proche du Palais. L’institution monarchique, affirme-t-il, n’est pas un acteur du jeu partisan, mais son arbitre. «Sa Majesté le Roi se tient à la même distance de tous les partis politiques», soutient-il. Après deux deuxièmes places aux législatives de 2016 et de 2021, le PAM vise désormais la première. M. Lekjaâ décrit cette ambition comme une «évolution logique» pour le seul grand parti marocain à n’avoir encore jamais dirigé le gouvernement. Arriver en tête permettrait à la formation d’exprimer pleinement sa vision.

Convaincre les réticents par le contenu

Le nouveau responsable au PAM sait que la bataille ne se jouera pas seulement entre les partis. Elle se jouera aussi face à l’abstention et à la défiance envers les élus. Pour pousser les Marocains à voter, les slogans ne suffisent pas. Il faut leur présenter un contenu précis, explique-t-il, et les associer aux choix politiques. C’est le discours qu’il dit porter lors de ses meetings, particulièrement auprès des jeunes. Le pouvoir d’achat, l’un des cinq piliers du programme du PAM, doit concerner aussi bien les ménages précaires que la classe moyenne. L’objectif revendiqué est de convaincre les citoyens que les mesures proposées seront conduites «avec eux et pour eux», afin de renforcer la participation et la légitimité des institutions. La perte de confiance envers la politique classique n’est pas propre au Maroc, tempère M. Lekjaâ. Il y voit un phénomène mondial qui appelle une autre manière de gouverner, davantage tournée vers les résultats concrets.

Un Maroc émergent confronté à sa fracture sociale

Le diagnostic posé sur la situation nationale est moins lisse. Fouzi Lekjaâ décrit une «dichotomie» entre les avancées économiques du Royaume et une situation sociale qui continue d’alimenter les frustrations. D’un côté, le Maroc a renforcé ses infrastructures, son image internationale, son positionnement politique et sa base industrielle. De l’autre, la hausse du coût de la vie, l’inflation, les faiblesses de l’école et celles du système de santé pèsent sur les catégories les plus fragiles. Pour lui, l’État social ne peut plus se limiter à la généralisation de la protection sociale, de l’assurance maladie obligatoire et des aides directes. Il doit garantir une école performante, un service de santé de qualité et «un sentiment de dignité» permettant une véritable inclusion.

Les récents événements de Ceuta s’inscrivent aussi, selon lui, dans une problématique migratoire qui dépasse le Maroc. Le Royaume occupe une position particulière entre l’Afrique de l’Ouest et l’Europe. M. Lekjaâ rappelle qu’il a intégré des centaines de milliers de migrants et leur a ouvert plusieurs droits, y compris l’accès aux aides au logement. La réponse ne peut toutefois pas se limiter à contenir les flux. Elle doit agir sur les causes qui poussent au départ, grâce à une coopération multilatérale et bilatérale plus profonde.

Mondial 2030 : avancer les échéances

Fouzi Lekjaâ refuse de présenter la Coupe du monde comme le point de départ de la transformation du Maroc. Elle sera plutôt «le couronnement d’un processus de développement engagé depuis plus de vingt ans» sous la conduite de Sa Majesté le Roi Mohammed VI. Les investissements dans la ligne à grande vitesse (LGV), les autoroutes et les aéroports figuraient déjà dans les programmes publics. L’échéance de 2030 permettra d’avancer certains projets initialement prévus au-delà de cette date.

Le tournoi doit aussi soutenir la croissance et l’emploi. M. Lekjaâ y voit un accélérateur de formation et d’insertion pour «des centaines de milliers de jeunes Marocains et Africains». Il imagine des startups devenant des PME, puis des entreprises moyennes capables de franchir un nouveau palier. Cette Coupe du monde sera aussi, à ses yeux, africaine. Le choix d’une organisation entre les deux rives de la Méditerranée doit mettre en valeur une histoire commune, le brassage des cultures, la coexistence des religions et la diversité des langues. Le détroit ne serait plus seulement regardé comme le théâtre de migrations difficiles, mais comme un espace de circulation et de réussite collective.

Pour la finale, le Maroc défendra «les droits de l’Afrique»

La compétition avec l’Espagne autour de la finale est-elle déjà ouverte ? «Disputé, peut-être du côté espagnol», glisse Fouzi Lekjaâ. Le Maroc, assure-t-il, suivra les procédures de la FIFA. La task force de l’instance internationale a visité les villes et les infrastructures proposées dans les trois pays. Les décisions viendront dans les délais prévus. Cela n’empêche pas le Royaume de défendre sa candidature. M. Lekjaâ replace cette revendication dans un cadre continental. Le Maroc se présente comme le représentant de l’Afrique au sein de la candidature commune. Les trois pays ne sont pas engagés, selon lui, dans une rivalité permanente, mais dans une logique de complémentarité. Lorsqu’il faudra défendre le choix de la finale, le Royaume fera pourtant valoir ses droits et ceux du continent. L’Afrique, estime-t-il, doit pouvoir accueillir ce match «pour la deuxième fois en un siècle».

La popularité du football comme capital politique

Fouzi Lekjaâ rejette aussi la réputation de responsable cassant. La politique a besoin de sérieux, de travail et de journées pouvant dépasser douze ou quatorze heures, répond-il. Cela n’interdit pas d’être accessible ni de savoir parler aux citoyens. Il rappelle avoir passé plus de dix ans dans un football où cohabitent l’émotion, la gouvernance et la gestion. Le monde politique ne lui est pas étranger non plus : il fréquente le Parlement depuis plus de vingt ans et dit connaître les générations qui s’y sont succédé.

Sa popularité reste pourtant indissociable des résultats du football marocain. M. Lekjaâ ne le conteste pas directement, mais assure appliquer la même méthode dans ses deux domaines d’activité : «mission, objectifs, travail, process». Les fonctions ont souvent été menées de front. Il raconte avoir assisté à des matchs aux États-Unis avant de siéger au Parlement le lendemain, avec la même ligne de conduite : engagement, dévouement, respect de la parole donnée et «honnêteté intellectuelle».

«Chef du gouvernement ? Je n’y ai jamais réfléchi»

Si le PAM arrive en tête, S.M. le Roi devra choisir le Chef du gouvernement au sein du parti vainqueur. Le nom de Fouzi Lekjaâ circule déjà. Sa réponse tient en une phrase : «Je n’y ai jamais réfléchi». Son horizon immédiat s’arrête au 23 septembre. Lorsqu’il se rase le matin, raconte-t-il, il ne pense pas à la primature, mais aux circonscriptions dans lesquelles le PAM doit redoubler d’efforts. Appels, réunions et déplacements sur le terrain rythment ses journées.

Après les élections, les prérogatives reviendront au Souverain et chaque décision interviendra dans son propre contexte. M. Lekjaâ se dit prêt à servir le Roi et le pays dans toute fonction, mais assure ne pas être tenté «par le pouvoir pour lui-même». Il prend son poste actuel pour preuve. Son rang protocolaire dans le gouvernement ne l’aurait pas empêché, dit-il, de doubler les recettes de l’État, de mener des réformes fiscales et de consolider la situation financière du pays. La fonction ne compterait donc pas autant que la capacité d’agir.

Politique et football : la frontière de l’ingérence

Une éventuelle montée en responsabilité pose la question du maintien de ses fonctions à la FRMF, à la CAF et au Conseil de la FIFA. M. Lekjaâ distingue deux situations. Ce que les règlements interdisent, c’est l’ingérence politique dans le sport : un ministre ou un Chef du gouvernement ne peut intervenir dans la programmation d’une rencontre, la désignation d’un arbitre ou son résultat. Rien n’interdit, soutient-il, à un dirigeant du football de faire de la politique. Il cite le président de la CAF, Patrice Motsepe, personnalité influente dans son pays. L’écosystème du football a besoin d’un appui politique, particulièrement lorsqu’il s’agit d’organiser une Coupe du monde. «Plus on converge, plus on est efficace», avance-t-il, tout en maintenant la séparation entre coordination institutionnelle et ingérence sportive. Il poursuivra ses missions tant que le contexte le nécessitera. Le moment venu, lors du renouvellement des instances, il se dit prêt à passer le flambeau. À la question précise de savoir s’il pourrait conserver tous ses postes s’il devenait Chef du gouvernement, il refuse de spéculer sur une «équation à plusieurs inconnues».

Finale de la CAN : le Maroc ira «jusqu’au bout»

Le contentieux de la finale de la CAN 2025 entre désormais dans une nouvelle phase. Le Tribunal arbitral du sport doit tenir une première audience le 8 octobre pour examiner l’appel de la Fédération sénégalaise. Fouzi Lekjaâ défend une position résolument juridique. Les règles du football ont, selon lui, été enfreintes lorsque la partie sénégalaise a quitté le terrain et provoqué une longue interruption. Il invoque aussi l’évolution ultérieure du règlement de la FIFA, qui prévoit une sanction renforcée contre un joueur abandonnant la pelouse. «On ne peut pas admettre des interruptions de quinze, vingt ou trente minutes», martèle-t-il. La FRMF ne défend donc pas seulement le résultat d’une finale. Elle affirme vouloir protéger les règles de la compétition et rétablir «la vérité sportive».

M. Lekjaâ va plus loin lorsqu’il évoque la procédure déjà menée devant les instances continentale : «Le droit nous a déjà donné raison au niveau de la CAF : nous sommes champions d’Afrique». Il s’agit de la position défendue par la partie marocaine, que le recours sénégalais devant le TAS vient précisément contester. Aucun verdict définitif n’est attendu le 8 octobre, prévient-il. Cette audience sera la première d’un processus qui pourrait en compter plusieurs. Le président de la FRMF se dit néanmoins confiant : «Nous ne croyons pas que le droit s’écartera de cette logique».

Infantino : un soutien sous conditions

Son soutien à Gianni Infantino, candidat à un nouveau mandat à la tête de la FIFA, ne vaut pas blanc-seing. «Ce n’est pas un soutien inconditionnel», précise Fouzi Lekjaâ. Il adhère à l’idée d’un football capable d’unir les peuples et les États, mais juge que la gouvernance de l’instance doit évoluer. Des corrections sont nécessaires et les contre-pouvoirs doivent jouer leur rôle. «Un système managérial sans contre-pouvoir est voué à l’échec», prévient-il.

Le projet porté par M. Infantino n’est pas mauvais sur le fond, selon Fouzi Lekjaâ, mais il doit être discuté avec les fédérations et les confédérations. Les méthodes de la FIFA ne peuvent rester figées alors que les publics, les revenus et l’économie du football changent rapidement. Son choix se place donc sur le terrain institutionnel. Gianni Infantino achèvera un jour son mandat et un autre président lui succédera. Ce qui compte, conclut M. Lekjaâ sur ce point, c’est que la FIFA «garde sa sérénité», s’adapte à son époque et préserve ses équilibres, indépendamment de l’identité de celui qui la dirige.
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