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Dimanche 13 Septembre 2026
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Elections 2026 : Devant la CGEM, Lekjaâ détaille le programme économique du PAM

Croissance à 5%, investissement privé placé au cœur de la création de valeur, simplification administrative, soutien aux TPME et montée en gamme industrielle : devant la CGEM, Fouzi Lekjaâ a détaillé la mécanique économique du programme du PAM pour les législatives du 23 septembre. Une feuille de route largement convergente avec les priorités du patronat, qui a profité de la rencontre pour avancer plusieurs propositions sur le financement des entreprises, la commande publique et l’investissement.

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Face aux représentants de la Confédération générales des entreprises du Maroc (CGEM), Fouzi Lekjaâ est venu présenter moins une succession de promesses qu’une mécanique économique. Le membre du bureau politique du Parti authenticité et modernité (PAM) a expliqué que le programme de son parti pour les législatives du 23 septembre reposait sur près de «1.200 pages» de simulations, de mesures et de chiffrages. La doctrine exposée au patronat est claire : porter la croissance à 5%, renforcer sa capacité à créer des emplois et donner au secteur privé une place centrale dans la création de richesse. «Le privé, c’est le moteur de cette croissance, de la création de la valeur et de l’emploi», a résumé Fouzi Lekjaâ.

Le PAM veut notamment porter l’élasticité emploi-croissance à 0,53. Dans les simulations présentées, un point de croissance supplémentaire permettrait de générer environ 53.000 emplois. L’État conserverait pour sa part un rôle déterminant dans ses missions régaliennes, les secteurs stratégiques, les infrastructures et la levée des obstacles qui continuent de ralentir l’investissement. Cette vision trouve un écho manifeste auprès de la CGEM. Son président, Mehdi Tazi, a estimé que près de «90%» des sujets défendus par la Confédération se retrouvaient dans le programme du PAM. Une proximité qui n’a pas empêché le patronat d’enrichir le débat par des propositions concrètes sur le financement, l’administration ou encore la compétitivité industrielle.

Investissement : raccourcir les délais et simplifier la décision

Le premier terrain de convergence concerne l’investissement. Fouzi Lekjaâ estime que le traitement de certains dossiers peut aujourd’hui s’étendre sur près de dix-huit mois, entre niveaux régional et central. Le PAM souhaite donc rapprocher la décision du territoire. Le niveau régional serait appelé à trancher dans des délais définis, tandis que l’administration centrale se concentrerait sur les dossiers nécessitant un arbitrage, notamment lorsque le foncier ou l’énergie constituent un obstacle.

Même logique pour le foncier. Aujourd’hui répartie entre plusieurs administrations et régimes, sa mobilisation pour l’investissement gagnerait, selon M. Lekjaâ, à être confiée à un interlocuteur unique capable de mettre plus rapidement les terrains à disposition des porteurs de projets. Sur ce point, la CGEM partage largement le diagnostic. Mehdi Tazi a insisté sur les difficultés que rencontraient encore certains investisseurs confrontés à des décisions administratives tardives ou excessivement prudentes. Il a résumé ce phénomène par une formule : pour un responsable administratif, «il n’y a aucun risque à dire non. Il y a un risque à dire oui».

La réponse avancée par M. Lekjaâ consiste à changer la philosophie même de certaines procédures. «L’idéal, c’est de remplacer l’autorisation par le cahier des charges», a-t-il affirmé. L’administration définirait ainsi clairement les normes à respecter puis contrôlerait leur application, au lieu de multiplier les autorisations préalables. Une logique susceptible de répondre à une revendication ancienne des entreprises : davantage de visibilité, des procédures plus courtes et des responsabilités mieux identifiées.

TPME : financement, accompagnement et commande publique

La question des TPME a occupé une large partie des échanges. Pour Fouzi Lekjaâ, leur financement ne peut être soumis exactement aux mêmes critères que celui des grandes entreprises. «Il n’y a pas de système au niveau mondial qui finance la TPME avec une rentabilité», a-t-il relevé, estimant qu’une politique ambitieuse suppose d’accepter une part de risque et surtout de ne pas limiter l’intervention publique à l’octroi d’un financement. Le PAM défend ainsi un modèle associant crédit, accompagnement technique, amélioration de la gouvernance et, lorsque cela est nécessaire, restructuration des entreprises.

La CGEM a complété cette approche par plusieurs propositions. Mehdi Tazi a notamment évoqué la possibilité de mobiliser les recettes issues des pénalités sur les délais de paiement au profit des TPME. Une enveloppe de 3 à 4 milliards de dirhams pourrait, selon lui, contribuer à alimenter un mécanisme de garantie dont l’impact serait démultiplié par le financement bancaire. Le patronat propose également de mieux mesurer l’accès effectif des PME au crédit à travers un indicateur dédié et plaide pour une architecture plus intégrée des dispositifs publics d’accompagnement.

Sur ce dernier point, Fouzi Lekjaâ a indiqué qu’un travail piloté par Bank Al-Maghrib était déjà engagé et a évoqué la possibilité d’une structure de type banque publique d’investissement regroupant plusieurs fonctions aujourd’hui dispersées entre financement, garantie et accompagnement. La commande publique constitue un autre levier. Le seuil de 30% destiné aux TPME existe déjà dans les marchés publics. Pour le PAM comme pour la CGEM, l’enjeu est désormais d’en faire un débouché réellement accessible aux petites entreprises.

Fiscalité, énergie et montée en gamme industrielle

Sur le terrain fiscal, le PAM promet une réduction de l’impôt sur le revenu salarial. Fouzi Lekjaâ a expliqué qu’un salarié percevant plus de 50.000 dirhams pourrait, selon les simulations du parti, gagner environ 5.000 dirhams supplémentaires par mois. Cette baisse serait compensée par l’élargissement de l’assiette fiscale, la formalisation d’activités aujourd’hui situées dans l’informel et une meilleure contribution de certains revenus professionnels.

Face à la CGEM, M. Lekjaâ a surtout tenu à adresser un signal clair aux entreprises : «Aucune hausse de la pression fiscale sur l’entreprise. Aucune.» Mehdi Tazi a profité de cette ouverture pour remettre sur la table le niveau de l’impôt sur les sociétés pour les grandes entreprises, actuellement fixé à 35% au-delà d’un certain seuil de bénéfices. Pour le président de la CGEM, une fiscalité plus favorable pourrait dégager davantage de capacité d’investissement et accompagner la croissance des entreprises. L’énergie constitue également une condition centrale de cette ambition. Le PAM veut porter de 46 à 52% la part des énergies renouvelables dans la capacité électrique installée, accélérer l’ouverture de la moyenne tension et faciliter la production, le stockage et l’injection d’électricité sur le réseau.

La montée en gamme industrielle a enfin occupé une place particulière dans les échanges. Fouzi Lekjaâ a expliqué qu’un travail avait été mené à partir des données de l’Office des changes, de la Douane et de l’administration fiscale afin d’identifier les produits finis que le Maroc continue d’importer alors qu’ils pourraient être produits localement. Il cite notamment les produits transformés à base de pomme de terre, dont les importations représenteraient entre 1 et 1,5 milliard de dirhams selon les données évoquées pendant la rencontre. Le PAM veut utiliser ce type de diagnostic pour cibler de nouvelles filières, mobiliser du foncier et accompagner les investisseurs susceptibles de produire localement.

La CGEM partage cette préoccupation, avec un accent particulier sur la création de valeur ajoutée. Mehdi Tazi a notamment insisté sur la nécessité de consolider l’ancrage industriel du Maroc et d’éviter que certaines activités ne reposent exclusivement sur un avantage de coût de main-d’œuvre susceptible de disparaître.

Un programme de 350 milliards de dirhams sur cinq ans

Le PAM chiffre à 350 milliards de dirhams le coût global de son programme sur cinq ans. Selon la ventilation présentée par Fouzi Lekjaâ, 150 milliards seraient destinés au pouvoir d’achat, 100 milliards à l’éducation et à la santé, 50 milliards à l’insertion des jeunes, à la formation, à l’accompagnement et au logement, et 50 milliards aux enjeux de souveraineté économique et aux infrastructures. Le parti promet notamment une pension minimale de 3.000 dirhams et souhaite faire évoluer certains dispositifs sociaux vers ce qu’il qualifie de «revenu d’inclusion sociale».

Pour financer cette feuille de route, le PAM compte principalement sur une croissance plus élevée, l’élargissement de l’assiette fiscale, la formalisation de l’économie et l’amélioration du recouvrement. Fouzi Lekjaâ estime que ces différents leviers pourraient générer environ 300 milliards de dirhams de recettes supplémentaires sur cinq ans, soit autour de 60 milliards par an. Le reste proviendrait notamment des collectivités territoriales et de marges de réallocation budgétaire. Le responsable du PAM précise toutefois que les 350 milliards ne constituent pas intégralement des dépenses nouvelles : plusieurs programmes déjà engagés ou validés sont intégrés dans cette enveloppe.

L’équation défendue devant la CGEM repose ainsi sur un cercle que le parti veut rendre vertueux : lever les obstacles à l’investissement pour stimuler le privé, obtenir davantage de croissance et d’emplois, puis convertir cette activité supplémentaire en recettes permettant de financer les engagements sociaux et économiques du programme. Un schéma dans lequel le secteur privé n’apparaît plus simplement comme bénéficiaire d’une politique économique, mais comme l’un de ses principaux partenaires.
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