Brahim Mokhliss
13 Juillet 2026
À 17:45
Il est des décisions internes qui en disent plus long qu'un communiqué officiel. Lorsque le
Parti authenticité et modernité choisit de faire basculer trois de ses élues issues des
listes régionales de 2021 vers des circonscriptions locales pour le scrutin du 23 septembre 2026, il ne procède pas à un simple ajustement de liste. Il envoie un signal : l'expérience législative acquise au fil du mandat 2021-2026 est désormais un actif électoral à déployer là où la compétition est la plus rude, là où les sièges se gagnent voix par voix, circonscription par circonscription.
C'est
Samir Goudar, membre du bureau politique du
PAM et président du pôle Organisation, qui a formulé la chose avec la netteté d'un bilan de mandat. «Nous sommes l'un des rares partis qui vont présenter six candidates dans six circonscriptions locales», a-t-il déclaré, avant d'ajouter : «Nous sommes aussi l'un des rares partis qui ont poussé trois des
femmes élues lors des
élections de 2021 dans les listes régionales à passer aux listes locales, après l'expérience législative qu'elles ont accumulée au cours du mandat 2021-2026». Une phrase courte, mais chargée d'une logique politique claire : les listes régionales ne sont plus une destination, elles sont un tremplin.
Six noms, six circonscriptions, une stratégie assumée
Les noms que le parti a arrêtés dessinent une géographie politique volontairement diversifiée. En tête figure Fatima-Zahra Mansouri, coordinatrice nationale du PAM et présidente de la Commission nationale des élections, qui renoue avec la circonscription de Sidi Youssef Ben Ali à Marrakech, le même territoire qu'elle défend depuis sa première participation électorale en 2009. Le lien entre la candidate et la circonscription est ici une donnée stratégique à part entière.
La direction du parti a par ailleurs renouvelé sa confiance à Najwa Koukous, présidente du conseil national, qui sera candidate dans la circonscription d'Anfa à Casablanca. Bouchra Alwardi se présentera dans celle de Rommani dans la province de Khémisset ; la parlementaire sortante Imane Lamoui conserve l'investiture pour la circonscription d'Ouarzazate ; Ouiam Mhirchi, fille du parlementaire Larabi Mhirchi, a été désignée pour Ouezzane ; et Manal Badil, présidente de la commune de Berrechid, figure parmi les candidatures locales que le parti entend défendre lors du prochain scrutin.
Ces choix s'inscrivent dans un plan plus large visant à couvrir la majorité des circonscriptions électorales. Selon des sources proches du parti, le PAM envisage également de pousser plusieurs de ses ministres à briguer des sièges parlementaires, tout en reconduisant un certain nombre de parlementaires sortants, dans l'objectif de préserver et de renforcer sa présence au sein de l'institution législative.
Les listes régionales ouvertes à la concurrence interne
En parallèle de ces arbitrages sur les listes locales, le PAM a engagé une réforme de procédure sur un terrain plus sensible encore : la désignation des candidates aux listes régionales féminines, qui faisaient jusqu'ici l'objet d'investitures traditionnelles régulièrement sources de tensions internes. La direction collective du parti a approuvé un mécanisme nouveau, fondé sur l'ouverture du processus à l'ensemble des militantes souhaitant représenter le parti.
L'organisation des femmes du PAM et celle de la jeunesse du PAM ont conjointement annoncé l'ouverture d'un appel à candidatures pour les circonscriptions régionales des élections législatives 2026, via la plateforme électronique officielle du parti, du 22 au 28 juin dernier. Un communiqué commun a précisé qu'une commission spécialisée examinerait les dossiers et vérifierait leur conformité aux conditions organisationnelles, avant que des entretiens individuels soient organisés avec chaque candidate pour lui permettre de présenter ses orientations et son programme en matière d’action parlementaire. Les résultats seront annoncés via le portail officiel du parti.
Des sources concordantes au sein du PAM indiquent que cette démarche vise à substituer la compétence et la méritocratie aux arrangements traditionnels, tout en élargissant le vivier de candidates et en renforçant la présence du parti à la Chambre des représentants, dans un contexte où le débat sur le renouvellement des élites et la participation des femmes à la vie politique s'est considérablement intensifié.
Berrechid comme rampe de lancement
C'est dans ce contexte de mise en ordre de bataille que le PAM a choisi la salle couverte Prince Moulay Rachid de Berrechid pour tenir, samedi 11 juillet, son premier grand meeting régional de la saison. Devant plus de six mille militantes et militants venus des différentes provinces de la région de Casablanca-Settat, le parti a fait entendre une ambition sans faux-semblants : remporter la première place aux prochaines législatives.
La tribune réunissait des figures de premier plan : Mehdi Bensaïd, membre de la direction collective du parti, Najwa Koukous, présidente du Conseil national, Samir Goudar, président du pôle Organisation, ainsi que plusieurs ministres du parti, dont Azzeddine Midaoui, Adib Benbrahim et Hicham Sabiri, aux côtés de cadres et d'élus locaux. Dans son discours, Mehdi Bensaïd a cadré la campagne à venir dans une logique de continuité et de valorisation du bilan. «Le PAM n'était pas un simple composant de la majorité gouvernementale, mais un acteur dans l'élaboration d'un certain nombre de lois et de réformes adoptées au cours du mandat actuel», a-t-il affirmé, citant notamment le programme d'aide directe au logement comme illustration d'un tournant dans la philosophie du soutien public au Maroc.
La majorité en question, l'allié comme cible
Mais c'est sans doute la tonalité d'un autre passage du discours qui a retenu le plus l'attention. Dans ce qui ressemblait fort à un règlement de comptes voilé, M. Bensaïd a évoqué les tentatives de certaines composantes de la majorité gouvernementale de «cibler les militants du parti et ses élus» par des critiques et des messages politiques. La formule choisie ne laissait guère place à l'équivoque : «Le PAM a vécu sa première expérience au sein de la majorité gouvernementale avec ses aspects positifs et négatifs, et le parti est resté fidèle à ses engagements, même si certains, depuis l'intérieur de la majorité, tiraient sur les postes que nous dirigeons».
Cette charge interne n'a pas empêché le président du pôle Organisation de répondre à ceux qui interprètent les ralliements récents de figures politiques au PAM comme un phénomène électoraliste. M. Bensaïd a tenu à recadrer : ces adhésions sont de nature politique et non électorale, et s'inscrivent dans une dynamique d'élargissement de la base militante et de renforcement du maillage territorial du parti dans toutes les provinces et régions du Royaume.
Pour étayer la dimension programmatique de la campagne, les ministres du parti ont dressé un bilan de leur participation au gouvernement, évoquant les avancées en matière de soutien au logement, d'autonomisation économique des jeunes et de modernisation du cadre juridique du secteur de la justice, parmi d'autres réformes conduites au cours du mandat gouvernemental. Reste à savoir si, au soir du 23 septembre, cette double offensive suffira à transformer l'ambition en une première place aux élections.