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Élections 2026 : le RNI tacle ses anciens alliés de la majorité

À moins de trois semaines du scrutin du mercredi 23 septembre, le Rassemblement national des indépendants a dévoilé, vendredi 4 septembre à Jorf El Melha, dans la province de Sidi Kacem, deux engagements sociaux phares de son programme électoral. Aziz Akhannouch, Chef du gouvernement et membre du bureau politique du parti, a annoncé ainsi le maintien de l'aide sociale directe durant une année complète après l'accès à un emploi, ainsi que la création d'une carte de cumul des jours travaillés au profit des saisonniers. Mohamed Chouki, président du parti, a mis en avant l'offre du relèvement du SMIG à 5.000 dirhams et l'exonération fiscale pour l'enfant scolarisé dans le privé. La veille, à Aïn Jawhara, le Chef du gouvernement sortant était revenu longuement sur deux dossiers très controversés : les prix des viandes et les subventions à la reconstitution du cheptel.

06 Septembre 2026 À 17:13

Après une brève trêve estivale, le Rassemblement national des indépendants (RNI) a retrouvé son rythme de croisière. Le parti multiplie les rencontres de proximité et les meetings avec les citoyens aux quatre coins du Royaume, dans les régions nanties comme dans les contrées reculées, dans les villages enclavés comme dans les localités les moins loties. Bilan des réalisations, explication du programme électoral et présentation des candidats composent invariablement le menu de ces rendez-vous.



Après les meetings tenus le week-end du 28 au 30 août à Oujda, à Agadir, puis à Kariat Ba Mohamed dans la province de Fès, la formation a poursuivi ses tournées de communication du vendredi 4 au dimanche 6 septembre, à l'approche des échéances électorales du mercredi 23 septembre. Cap sur la province de Khémisset, avec une étape à Aïn Jawhara dans la commune de Tiflet, puis sur Jorf El Melha, dans la province de Sidi Kacem, avant d'enchaîner dans la région de Chichaoua.

Ces rencontres obéissent à une double fonction. Le parti y répond à ses détracteurs et à ses concurrents politiques, met en avant ses propositions pour le prochain mandat et les points forts de son programme, tout en défendant le bilan du gouvernement qu'il dirige depuis 2021. À Jorf El Melha et à Aïn Jawhra à Tifelt, devant plus de 15.000 personnes venues de la province de Khémissat et de Sidi Kacem, le RNI a livré la partie la plus concrète de son offre sociale.


Une année d'aide sociale maintenue après l'embauche

Dans une démarche destinée à rassurer les bénéficiaires de l'aide sociale et à les encourager à accéder au marché du travail, Aziz Akhannouch a dévoilé deux nouveaux engagements. Le premier modifie la règle applicable aux bénéficiaires de l'aide sociale directe, qui pourront conserver ce droit durant une année complète après avoir décroché un emploi, tout en percevant leur salaire. Ainsi, le bénéficiaire qui intègre le marché de l'emploi ne perd plus immédiatement son allocation et pourra, durant cette période, en bénéficier de nouveau. «Les personnes qui bénéficient de l'aide sociale directe ont désormais le droit de la conserver, même si elles obtiennent un emploi», a expliqué le Chef du gouvernement devant une assistance largement composée d'ouvriers agricoles.

L'intention affichée est de lever un frein bien identifié. Il s'agit d'encourager les personnes concernées à travailler sans redouter de se retrouver sans ressources si le contrat venait à s'interrompre, une situation dans laquelle elles perdaient à la fois leur activité et le soutien dont elles bénéficiaient auparavant. Le membre du bureau politique du RNI et ancien président du parti y voit une protection durant les étapes transitoires et difficiles du parcours professionnel.

Le second engagement s'adresse aux travailleurs dont l'activité est saisonnière. Le Chef du gouvernement a décrit une réalité qu'il dit avoir observée en visitant les exploitations de la région, celle d'un ouvrier qui travaille cinq jours dans un endroit, quinze jours dans un autre, s'arrête dix jours puis se déplace ailleurs. Dans cette configuration, s'est-il interrogé devant la foule, où est la protection sociale ? Elle n'existait pas sous la forme requise. De ce constat est née la carte projetée par le parti, dotée d'un numéro permettant de suivre la situation du travailleur et son itinéraire. Le mécanisme repose sur l'accumulation. Les dix jours travaillés dans un premier lieu ouvrent des points enregistrés au nom du titulaire, auxquels s'ajoutent ceux des périodes suivantes effectuées ailleurs avec la même carte, jusqu'à constituer un capital de droits.

La finalité est explicitement assurantielle. «Cette carte permettra à cette catégorie de travailleurs de bénéficier de la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS), de la retraite et de la couverture médicale», a précisé Aziz Akhannouch. Ces initiatives reflètent, selon lui, le souci du parti d'accompagner les catégories vulnérables et de répondre à leurs attentes.


Le SMIG à 5.000 dirhams et l'exonération pour l'enfant scolarisé

À la tribune de Jorf El Melha, le président du RNI, Mohamed Chouki, a élargi le spectre. Il a inscrit ces annonces dans un programme présenté sous le slogan de la dignité et des opportunités pour tous, qui érige la protection du pouvoir d'achat en priorité de premier rang, particulièrement dans un contexte de hausse du coût de la vie et de vagues de cherté sur les marchés. Deux mesures chiffrées en constituent l'ossature. Le programme prévoit le relèvement du salaire minimum légal à 5.000 dirhams, ainsi qu'un abattement fiscal de 5.000 dirhams par an pour chaque enfant poursuivant sa scolarité dans l'enseignement privé. Le président du parti les a présentées comme des dispositions destinées à soutenir les familles et à renforcer leur capacité d'achat.

L'offre déborde le champ salarial et fiscal. Mohamed Chouki a esquissé un dispositif énergétique permettant aux ménages de produire de l'électricité à l'intérieur de leurs logements, avec la possibilité d'injecter le surplus dans le réseau national au lieu de se limiter à en consommer. Il a également fait des travailleurs saisonniers une priorité déclarée, annonçant la création d'une carte dédiée à la protection des droits de cette catégorie, présente selon lui dans l'agriculture, le bâtiment et le tourisme. Cette population exerce une activité de nature instable qui appelle des mécanismes de protection et d'encadrement plus lisibles, a-t-il souligné, avant d'inviter les citoyens à comparer les programmes électoraux et à choisir celui qu'ils jugent juste. Le RNI, a-t-il ajouté, rend à ses militants et aux citoyens la loyauté, la sincérité et le sacrifice qu'ils lui témoignent, la mobilisation observée à Jorf El Melha valant selon lui mesure de cette fidélité réciproque.

Le président du parti a par ailleurs revendiqué une posture de responsabilité, assumée selon lui dans la mise en œuvre des programmes et des décisions gouvernementales, ainsi que dans la communication avec les citoyens autour des mesures, des réalisations et des engagements. La responsabilité politique, a-t-il résumé, impose la clarté, l'écoute et la proximité.

À Aïn Jawhara, il avait défendu la thèse d'une transformation qualitative et sans précédent dans la gestion des politiques publiques, portée par les chantiers de réforme engagés au cœur des secteurs sociaux, en tête desquels la santé et l'éducation. Les tournées baptisées «Massar Attanmia» ont permis d'écouter les élus et de plaider pour un renforcement des moyens financiers des collectivités territoriales, tandis que «Massar Al Injazat» a servi de cadre de communication directe avec les citoyens sur les questions pressantes, à commencer par le pouvoir d'achat. Le RNI, avait-il alors martelé, refuse de transformer les échéances électorales en marché de surenchères et de promesses creuses.


Le bilan territorial appelé à la barre
Les autres membres du bureau politique ont adossé ces engagements à des réalisations chiffrées. Karim Zaïdan a soutenu que le parti avait choisi d'ériger l'écoute des citoyens en point de départ de son programme, en se rendant dans les différentes régions du Maroc pour recueillir les attentes des populations avant de les convertir en politiques publiques. Le Maroc, a-t-il estimé, a consolidé sa position continentale sur les plans industriel et touristique, en s'appuyant sur la stabilité politique et sécuritaire et sur des infrastructures de haute qualité, tandis que le gouvernement posait les fondements du chantier Royal de l'État social.

Le même responsable a écarté toute campagne fondée sur des promesses irréalistes, insistant sur des engagements exécutables dans la limite des moyens disponibles, et plaidé pour l'achèvement des chantiers lancés plutôt que pour un changement de cap. La conjoncture, a-t-il rappelé, a été marquée par des contraintes internationales et des crises mondiales que le Royaume a traversées en préservant sa dynamique et sa stabilité.

Ahmed El Bouari a, quant à lui, placé Sidi Kacem au cœur de la dynamique agricole du Gharb, l'un des principaux bassins contribuant à la production nationale et à la souveraineté alimentaire. Trois projets structurants y sont entrés en phase d'exécution, pour un coût global avoisinant 15 milliards de dirhams. Ils portent sur l'extension du réseau d'irrigation sur 30.000 hectares répartis à parts égales entre Sidi Kacem et Sidi Slimane, sur l'irrigation complémentaire de 16.000 hectares à Sidi Kacem et sur le raccordement des stations de pompage aux canaux principaux, gage de rationalisation de l'usage de l'eau dans un contexte de rareté. Le défi de la province a changé de nature, a-t-il observé. Il ne réside plus dans la production, abondante, mais dans sa valorisation locale, du stockage à la transformation et à la commercialisation sur place, seule voie pour convertir cette abondance en valeur ajoutée territoriale et en emplois. Le gouvernement ne prétend pas avoir résolu toutes les difficultés, a-t-il concédé, mais il a engagé des chantiers importants et prépare une deuxième phase de projets.

Nadia Fettah Alaoui a pour sa part défendu une ambition qu'elle résume par la construction d'une route de l'espoir. Le rôle de l'État consiste à ouvrir la voie aux citoyens et à les accompagner, en clarifiant les opportunités disponibles, notamment pour les jeunes appelés à bâtir leur avenir par l'emploi, la formation ou la création d'entreprises. La membre du bureau politique a insisté sur la gestion responsable des deniers publics, rappelant que les ressources administrées sont l'argent des citoyens, et souligné que l'amélioration des salaires et des pensions supposait une planification rigoureuse garantissant la pérennité du système de protection sociale et de retraite pour les générations actuelles et futures. L'autonomisation des femmes, a-t-elle ajouté, ne saurait se limiter à une protection en période de difficulté.

Aziz Akhannouch avait, lui, dressé à Aïn Jawhara l'inventaire des réalisations enregistrées dans la province de Khémisset. Des investissements avoisinant 100 milliards de centimes ont été orientés vers le secteur de la santé et les établissements hospitaliers, avec trois ou quatre projets hospitaliers, dont un hôpital de proximité et deux hôpitaux dans la province, a-t-il fait valoir, rappelant que le gouvernement avait prospecté à l'étranger et que plusieurs investisseurs s'étaient depuis installés, d'autres étant annoncés.

La reconstitution du cheptel, la commission d’enquête et la loyauté envers la majorité

À Aïn Jawhara, une commune rurale où le pâturage et l'élevage occupent une place déterminante, les militants ont eu droit aux explications du Chef du gouvernement sur le dossier qui a alimenté le débat public durant les deux dernières années : la polémique ayant accompagné l’opération de reconstitution du cheptel. À cette occasion, M. Akhannouch a déclaré que «certains parlent comme si les cinq dernières années s'étaient déroulées dans des conditions ordinaires, avec des pluies suffisantes, de l'eau disponible et des parcours accessibles, alors que le pays a subi la sécheresse durant cinq années marquées par un déficit hydrique aigu, un recul des pâturages et de lourdes difficultés pour les éleveurs, avant que le gouvernement ne mette en place un programme d'accompagnement leur permettant de poursuivre leur activité.

Les statistiques établies à l'approche de l'Aïd Al-Adha faisaient apparaître un nombre de têtes insuffisant. Deux options se présentaient alors, a-t-il rappelé, renoncer à l'accomplissement du rite dans sa forme habituelle ou l'organiser en mobilisant les moyens nécessaires. Le choix s'est porté sur l'importation d'une partie du cheptel, orientation quasiment sans précédent à cette échelle dans l'histoire du Royaume, où l'importation d'ovins ne relevait pas des pratiques établies.

La réalité climatique ne laissait guère d'alternative. La reproduction naturelle du cheptel reculait, les bêtes ne trouvaient pas de quoi se nourrir, les agriculteurs peinaient et l'abattage se poursuivait, accentuant la pression sur les effectifs. Pour encourager les importateurs à approvisionner le marché, faire baisser les prix et rapprocher l'offre de la demande, l'Exécutif a instauré une aide de 500 dirhams par tête importée. La procédure passait par les services douaniers. Les ovins introduits étaient enregistrés et l'importateur obtenait les documents attestant leur nombre, seuls ces justificatifs ouvrant droit au versement du soutien. Ce mécanisme a permis l'importation de quelque 800.000 têtes et le déroulement de l'Aïd dans des conditions acceptables, avant que d'autres mesures ne soient prises pour réorganiser et requalifier le cheptel national.

Le risque majeur restait ailleurs. Une chute du capital animal national, socle de la reproduction, ne se rattrape pas rapidement, a averti Aziz Akhannouch, puisque revenir à 25 ou 26 millions de têtes exige du temps, une bonne campagne agricole, des précipitations suffisantes et un ensemble d'autres conditions. C'est dans ce contexte qu'est intervenue la décision de Sa Majesté le Roi de ne pas accomplir le rite du sacrifice, qualifiée de décision importante et judicieuse, qui a permis au cheptel de retrouver une partie de sa capacité de renouvellement.

L'année suivante, avec le retour de pluies tardives, le rite a de nouveau été accompli et un large programme de soutien a été lancé au profit de 1,2 million d'éleveurs, après une campagne de contrôle et de recensement destinée à établir le nombre réel de têtes détenues par chacun. Trois départements ont supervisé l'opération, l'Intérieur, l'Agriculture et l'Économie et les finances, chargés successivement de l'enregistrement des éleveurs et du marquage du cheptel, puis de la détermination des bénéficiaires et de la mobilisation des crédits nécessaires au versement des aides.

Sur la polémique entourant l'identité des importateurs, le Chef du gouvernement a écarté le procès. Chacun veut aujourd'hui endosser le costume du héros, a-t-il ironisé, alors que 800.000 têtes sont bel et bien entrées et que ces opérateurs, qui n'exerçaient pas cette activité à une telle échelle, ont contribué à approvisionner le marché national. Des irrégularités ont pu se produire ici ou là, a-t-il admis, mais le pays a globalement préservé son cheptel. «Ce qui nous importe, c'est que le soutien soit allé au citoyen et à l'éleveur. Le cheptel est désormais engagé dans un processus de reconstitution qui devrait se poursuivre au cours des prochaines années», a-t-il déclaré.

Commission d'enquête
Restait le volet strictement politique. Face aux appels à la constitution d'une commission d'enquête parlementaire sur l'importation des ovins, la position du parti a été arrêtée d'emblée. «Nous sommes au gouvernement, nous sommes responsables et nous ne fuyons pas nos responsabilités... Si l'opposition souhaite mettre en place une commission d'enquête, elle est libre de le faire», a affirmé Aziz Akhannouch, précisant que les départements concernés, l'Agriculture, les Finances et l'Intérieur, se tenaient prêts à répondre et à produire les données requises.

Sa critique a visé la gestion du dossier au sein de la majorité. Une première discussion interne avait conclu qu'il n'était pas nécessaire d'emprunter cette voie. Puis l'un des présidents de groupe s'est tourné vers l'opposition pour lui proposer de déposer la demande, promettant que la majorité la signerait avec elle. «Où est la loyauté ?» s'est interrogé le Chef du gouvernement, estimant que la divergence des positions pose moins problème que l'absence de clarté et l'expression tardive des choix au sein de la coalition. Le gouvernement est resté dans l'attente d'une procédure qui n'est jamais venue. La commission n'a pas vu le jour, a constaté le Chef de l'Exécutif, qui y a vu une séquence de politique politicienne et a jugé de son devoir d'exposer ces circonstances. S'il a choisi de le faire depuis Aïn Jawhara, c'est en raison de la nature de la zone et du lien d'une partie de ses habitants avec l'élevage.
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