07 Septembre 2026 À 17:46
Ce que Mohamed Ouzzine entend mettre sur la table n’est pas seulement une série de propositions sectorielles, mais une manière de définir ce que devrait engager une parole politique devant les électeurs. Le 5 septembre à Salé, le secrétaire général du Mouvement populaire a présenté l’offre de son parti en donnant une place particulière à cette idée d’engagement: les propositions avancées, dont plusieurs ont déjà été défendues au Parlement, doivent pouvoir être confrontées à leur mise en œuvre et, au-delà, aux résultats obtenus. En présentant le «contrat haraki», M. Ouzzine a également accompagné cet exercice d’une lecture critique du bilan gouvernemental. Pouvoir d’achat, agriculture, emploi, formation, santé, ruralité ou encore réforme de l’action publique: autant de dossiers qui composent une offre politique dont le parti entend faire juger la portée à l’épreuve de l’action.
Le pouvoir d’achat est le premier sujet auquel M. Ouzzine s’attaque, parce qu’il est aussi celui qui se ressent le plus immédiatement dans la vie des ménages. Les prix, les revenus, les dépenses contraintes: derrière ces notions économiques, c’est le quotidien des familles qui est en jeu. Le secrétaire général du Mouvement populaire en fait donc une priorité, avec l’ambition affichée de protéger le revenu des ménages tout en rééquilibrant le fonctionnement du marché.
Parmi les propositions avancées figure un «compte fiscal social», auquel serait associé un soutien de 500 dirhams pour certaines familles qui acquittent l’impôt et dont les enfants sont scolarisés dans le public. Le dispositif répondrait à deux préoccupations: alléger la pression qui pèse sur le budget des ménages concernés et, dans le même temps, favoriser le recours à l’école publique. Mais pour M. Ouzzine, la question du pouvoir d’achat ne se joue pas uniquement du côté des revenus. Elle se joue aussi dans les marchés, là où les familles constatent directement la hausse des prix. Dans son intervention, il revient ainsi sur l’inflation à travers des exemples tirés des produits alimentaires, dont les variations donnent une traduction très concrète à la question des prix. Lorsque le marché connaît des tensions, il défend une intervention publique plus affirmée, avec des mécanismes permettant d’agir au-delà du simple jeu de l’offre et de la demande.
Cette attention portée au quotidien rejoint une autre dimension de son propos: celle du ciblage social. M. Ouzzine estime que les chiffres de revenus, pris isolément, ne disent pas toujours la réalité des situations. Une femme divorcée, une personne en situation de handicap ou une personne âgée sans revenu peuvent ainsi connaître des difficultés qui échappent aux seules statistiques générales. Le secrétaire général du Mouvement populaire évoque également les retraités, dont il souhaite que la situation soit davantage prise en considération lorsque les revenus connaîtront une amélioration.
La question du pouvoir d’achat ramène aussi à celle de ce qui se retrouve dans les assiettes. L’agriculture est, elle aussi, appelée à revoir ses équilibres face à la raréfaction de l’eau. M. Ouzzine propose de réexaminer les orientations suivies à travers les programmes Maroc Vert et Génération Green, en évaluant leur coût financier, mais aussi la pression qu’elles exercent sur une ressource désormais sous forte contrainte. Cette réflexion part d’une réalité que le monde agricole ne peut plus contourner: la raréfaction de la ressource. Pour le secrétaire général du Mouvement populaire, il devient difficile de poursuivre le même modèle agricole avec les mêmes instruments et la même vision, alors que la disponibilité de l’eau s’est profondément dégradée. La question est donc aussi celle des choix à opérer entre les cultures destinées à l’exportation et celles qui répondent aux besoins alimentaires du pays.
M. Ouzzine souhaite, dans le même esprit, rouvrir le dossier de la pêche maritime et appelle à une réflexion nationale sur ses orientations. Il s’agit, là encore, de chercher un équilibre entre la création de valeur, l’approvisionnement du marché intérieur et la préservation des ressources. À côté de cette réflexion de fond, le Mouvement populaire avance une mesure destinée aux agriculteurs les plus éprouvés par les années de sécheresse. S’il dirige le prochain gouvernement, le parti affirme vouloir annuler les dettes des petits agriculteurs et des éleveurs. Une promesse qui vise directement ceux dont les capacités financières ont été fragilisées par plusieurs années de difficultés climatiques.
4,33 millions de jeunes hors de l’emploi, de l’éducation ou de la formation: c’est sur cette réalité que le Mouvement populaire entend construire une partie de sa réponse en matière de jeunesse. Dans son intervention, M. Ouzzine décrit cette situation comme une «bombe à retardement» et défend une action qui ne se limite pas à l’accès immédiat à un emploi. Soutien aux diplômés sans travail, refonte de la formation professionnelle, financement de l’entrepreneuriat et nouveaux outils de mise en relation avec les entreprises composent les différents volets de cette réponse.
La première mesure relève de l’urgence: le parti propose d’accorder 1.000 dirhams pendant un an aux diplômés de l’enseignement supérieur sans emploi à la recherche d’un travail. Mais derrière ce soutien ponctuel se pose une question plus profonde, celle des conditions mêmes de l’insertion professionnelle. La formation professionnelle constitue, dans cette réflexion, bien davantage qu’un simple instrument d’insertion. «C’est un capital national», souligne Mohamed Ouzzine, qui appelle à en revoir en profondeur les orientations afin de mieux les ajuster aux besoins réels de l’économie et aux compétences recherchées sur le marché du travail. La question est alors moins celle du nombre de formations que de leur capacité à répondre aux besoins réels du pays. La formation ne peut, dans cette optique, rester à distance du monde économique. Le parti entend donc associer davantage les opérateurs privés à cet effort, notamment lorsque certaines compétences recherchées par les entreprises font défaut.
Cette démarche ne s’arrête pas à l’accès à l’emploi salarié. Elle concerne aussi les jeunes qui souhaitent créer leur propre activité. Le parti entend ainsi revoir les modalités de financement de l’initiative privée. Pour les startups et les petites entreprises, M. Ouzzine défend un recours accru aux fonds d’investissement et au capital-risque, plutôt qu’un financement reposant principalement sur le crédit bancaire. L’enjeu est de mieux prendre en compte le risque inhérent à la création d’entreprise et d’offrir aux jeunes structures un accompagnement qui puisse s’inscrire dans la durée.
Une autre difficulté tient à la rencontre entre les compétences disponibles et les emplois qui leur correspondent. Le Mouvement populaire propose, à cette fin, une plateforme nationale de l’emploi intégrant l’intelligence artificielle. Celle-ci aurait vocation à réunir les offres disponibles, les métiers, les compétences et les informations utiles aux demandeurs d’emploi, afin de faciliter la rencontre entre les profils disponibles et les entreprises à la recherche de compétences.
Dans le domaine de la santé, M. Ouzzine défend une approche qui cherche à rapprocher les droits de la réalité vécue par les patients. Il propose ainsi une identité sanitaire numérique associée à un dossier médical électronique, afin de permettre un meilleur suivi du parcours de soins. Le parti envisage également une ouverture du champ de l’assurance maladie aux opérateurs privés, dans le cadre d’une concurrence qu’il souhaite encadrée.
Une autre proposition concerne directement le moment où le patient doit payer ses soins. Le Mouvement populaire souhaite limiter, dans certaines situations, l’avance des frais médicaux grâce à une prise en charge directe. Derrière cette mesure se trouve une préoccupation très concrète: faire en sorte que le bénéfice d’une couverture médicale ne soit pas compromis par l’incapacité d’un assuré à avancer les dépenses nécessaires à sa prise en charge.
Le handicap trouve également sa place dans cette approche. M. Ouzzine propose une carte destinée aux personnes en situation de handicap, avec un accès facilité à plusieurs services, notamment l’éducation, la santé, la réadaptation, la protection sociale et le transport. Il défend parallèlement la création d’un registre national permettant de mieux identifier les personnes concernées et leurs besoins. Cette politique devrait, selon lui, commencer plus tôt, avec un dépistage précoce permettant notamment de mieux prendre en charge les troubles liés à l’autisme. L’enjeu est ainsi de mieux identifier les situations individuelles et de faire correspondre les dispositifs sociaux aux besoins réels des personnes concernées.
La ruralité constitue un autre volet important du programme. M. Ouzzine estime notamment que les politiques de logement doivent mieux tenir compte des réalités propres au monde rural. Une famille vivant dans un village, en montagne ou dans une zone éloignée n’a pas les mêmes besoins qu’un ménage urbain ; les dispositifs publics doivent, selon lui, intégrer davantage ces différences de situation. Pour répondre à cette question de proximité, le Mouvement populaire propose la création de pôles ruraux réunissant plusieurs services essentiels. École, centre de santé, administration et équipements de proximité pourraient ainsi être regroupés en un même lieu, afin de réduire les distances que les habitants doivent parcourir pour accéder aux services publics. L’idée est de faire en sorte que l’éloignement géographique ne se traduise pas par un éloignement des droits et des services. À cette question de l’accès s’ajoute celle de la mobilité. M. Ouzzine défend le recours au transport mixte dans les zones rurales et souhaite son encadrement pour répondre aux besoins des populations qui restent éloignées des grands réseaux de transport. Au-delà des services et des déplacements, la ruralité pose aussi la question de l’organisation même de l’action publique. Le Mouvement populaire propose, à ce titre, de revoir l’architecture gouvernementale autour du développement territorial intégré, avec notamment des dispositifs législatifs spécifiques pour les zones de montagne et les oasis. Le parti entend ainsi mieux prendre en compte les contraintes propres à ces territoires dans la conception des politiques publiques, plutôt que de leur appliquer indistinctement des réponses pensées à l’échelle nationale.
Derrière les propositions sectorielles apparaît une autre question, plus directement liée à l’exercice du pouvoir : celle de l’usage des moyens publics et de la responsabilité de ceux qui les mettent en œuvre. Pour M. Ouzzine, l’argent public doit être rattaché à des objectifs précis et mesurables. Les ressources engagées devraient ainsi pouvoir être mises en regard des résultats obtenus, avec, pour les responsables concernés, une obligation de rendre compte de leur utilisation et de l’efficacité de l’action menée.
La question des nominations relève du même souci de responsabilité. Le secrétaire général du Mouvement populaire critique les logiques partisanes susceptibles, selon lui, d’intervenir dans le choix de certains responsables appelés à occuper des postes supérieurs. Il défend, à l’inverse, une plus grande place accordée à la compétence dans la conduite des politiques publiques.
Cette attention portée aux compétences dépasse les frontières nationales. M. Ouzzine souhaite davantage mobiliser les savoir-faire des Marocains du monde, sans réduire leur relation avec le pays à leurs seules contributions financières. Il évoque leurs transferts vers le Maroc, tout en insistant sur une autre dimension de cette relation: la qualité de l’accueil administratif et le sentiment de considération qui doit accompagner leur lien avec le pays. Parmi les propositions avancées figure la création d’une «Maison du migrant», ainsi qu’une amélioration de leurs démarches administratives. À travers ces différents volets, le programme présenté à Salé dessine finalement une certaine conception de l’action publique. Les mesures consacrées au pouvoir d’achat, à l’agriculture, à l’emploi, à la santé ou à la ruralité répondent à des préoccupations distinctes ; elles se rejoignent cependant sur une même question, celle de la capacité de l’État à transformer les moyens engagés en résultats concrets pour les citoyens. C’est précisément sur ce point que le Mouvement populaire entend porter son engagement. Au-delà des propositions elles-mêmes, M. Ouzzine défend une action publique fondée sur des objectifs clairement définis, des résultats susceptibles d’être mesurés et une responsabilité qui ne s’arrête pas à l’annonce d’une politique. L’électeur, dans cette conception, ne serait donc pas seulement appelé à se prononcer sur des promesses, mais à pouvoir, demain, juger ce qui en aura été fait.