LE MATIN
31 Juillet 2026
À 16:25
Les superficies brûlées à cause des feux de forêt ont régressé de près de 31% par rapport à la moyenne annuelle d'environ 3.130 hectares, a indiqué, mercredi à Rabat, le directeur général de l'Agence nationale des eaux et forêts (ANEF), Abderrahim Houmy. Dans une déclaration à la presse, M. Houmy a précisé que le Maroc avait enregistré, depuis le début de l'année 2026, 340 incendies ayant ravagé environ 2.150 hectares. L'efficience du dispositif national de prévention et de lutte contre les feux de forêts ne se mesure pas au nombre d'incendies enregistrés, mais plutôt à la capacité de les maîtriser et d'en limiter la propagation dans des délais très brefs, a-t-il affirmé, faisant savoir que la rapidité d'intervention et la coordination entre les différents acteurs avaient permis de réduire significativement les superficies touchées.
Avec 310 incendies de forêt recensés entre le 1er janvier et le 20 juillet 2026, soit 32% de plus que la moyenne de la dernière décennie, le Maroc connaît une multiplication des départs de feu. Parallèlement, les superficies parcourues par les flammes ont reculé de près de 30%, à 1.850 hectares, reflet d’une capacité de détection et d’intervention renforcée. Cette amélioration ne suffit toutefois pas à dissiper une menace que la chaleur, la sécheresse et le dessèchement de la végétation rendent plus fréquente et plus difficile à maîtriser. Quelles sont donc les transformations qui redessinent la géographie du risque incendie au Maroc ? Dans une interview accordée au journal «Le Matin», Dalila Loudyi, professeur à l’Université Hassan II Casablanca et spécialiste du changement climatique et de la gestion des catastrophes naturelles, apporte un éclairage édifiant sur ce phénomène, son évolution inexorable, le degré d’exposition du Maroc et les leviers à actionner pour limiter les dégâts.
La protection des forêts constitue une responsabilité nationale partagée, mobilisant les différentes institutions dans le cadre d'une approche nationale sous la conduite éclairée de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, et en parfaite coordination entre l'ensemble des intervenants, a souligné M. Houmy. Et d’ajouter que près de 55% des superficies touchées concernent des herbes et de la végétation secondaire, contre seulement 45% environ de forêts arborées, estimant que cela s'explique par les précipitations importantes qu'a connues le Royaume durant la saison hivernale, qui ont favorisé une forte pousse du couvert d'herbes avant son dessèchement sous l'effet des vagues de chaleur, augmentant ainsi sa combustibilité.
Ces résultats reflètent l'efficacité de l'approche nationale adoptée dans la gestion des feux de forêt, basée sur l'anticipation, la prévention ainsi que l'intervention rapide et coordonnée, a-t-il fait observer. Dans ce sens, M. Houmy a précisé que l'ANEF procédait quotidiennement à l'analyse des données liées aux conditions météorologiques, aux températures, à l'humidité, à la vitesse du vent et à l'état du couvert végétal, en s'appuyant sur des images satellites et des modèles scientifiques avancés, avant d'émettre des bulletins d'alerte identifiant les zones les plus exposées au risque d'incendies, permettant ainsi de rehausser le niveau de vigilance et de prendre les mesures préventives avant le déclenchement des feux.
Au niveau des moyens d'intervention, le responsable a mis en avant la mobilisation par le Royaume de moyens humains et techniques importants, comprenant plus de 2.800 guetteurs et gardes forestiers répartis sur les différentes régions du Royaume, chargés des missions de surveillance et d'alerte précoce. Ce dispositif est appuyé par une flotte aérienne composée d'avions de type «Canadair», dédiés à l'extinction des incendies et à la limitation de leur propagation, dont chacun peut transporter six tonnes d'eau, en plus d'hélicoptères d'une capacité de deux tonnes et d'avions de type «Turbo Trush» d'une capacité allant d'une tonne et demi à trois tonnes, a-t-il poursuivi.
Le DG de l’ANEF a également indiqué que le dispositif d'intervention terrestre comprenait un nombre important de véhicules de première intervention relevant de l'Agence, aux côtés des camions et équipements de la Protection civile, des unités spécialisées des Forces Armées Royales (FAR), la Gendarmerie Royale, les Forces auxiliaires et les autorités locales, opérant tous dans le cadre d'un commandement unifié et d'une coordination continue. L'efficacité de ce dispositif repose non seulement sur l'importance des moyens mobilisés, mais aussi sur la coordination immédiate entre les différents intervenants, garantissant l'orientation des moyens aériens et terrestres selon l'évolution de chaque incendie, le facteur temps demeurant décisif pour limiter la propagation des feux, a-t-il relevé.
Le Maroc figure parmi les pays enregistrant les taux les plus bas de superficies brûlées en comparaison avec plusieurs pays du bassin méditerranéen, malgré les défis communs liés à la hausse des températures et à des vagues de chaleur et de sécheresse successives, a affirmé M. Houmy. Saisissant cette occasion pour appeler les citoyens à faire preuve de responsabilité, le DG de l’ANEF a souligné que plus de 90% des feux de forêt sont dus à des comportements humains résultant de la négligence ou de l'inattention. Il a, en outre, exhorté les citoyens à éviter toute pratique susceptible de provoquer des incendies et à signaler immédiatement toute fumée ou tout départ de feu, afin de préserver le patrimoine forestier national.