Brahim Mokhliss
06 Octobre 2026
À 18:29
Treize jours après le scrutin législatif du mercredi 23 septembre, la formation du nouvel Exécutif entre dans sa phase décisive.
Fatima Ezzahra El Mansouri, coordinatrice nationale de la direction collégiale du PAM, nommée par S.M. le Roi conformément à la Constitution après l'arrivée en tête de son parti, a bouclé mardi à Rabat son deuxième tour de consultations en recevant Abdessamad Archane, secrétaire général du
Mouvement démocratique et social, et Mohamed Joudar, secrétaire général de
l'Union constitutionnelle. Elle s'attelle désormais aux contours définitifs de l'alliance et aux grandes lignes du programme commun.
Le même jour, au siège du
PPS,
Mohamed Nabil Benabdallah présentait le rapport politique devant le comité central, «parlement du parti et instance décisionnelle suprême entre deux congrès». Diffusée en direct, cette session ordinaire convoquée à titre exceptionnel coïncidait avec la session d'octobre des conseils élus, ce qui a conduit plusieurs membres à transmettre des contributions écrites. Une interrogation l'a dominée, formulée par le secrétaire général lui-même : «Que faire ? avec qui ? sur quelle base ?»
Sept partis candidats pour 198 sièges
Le deuxième tour a vu défiler les chefs de sept formations, toutes disposées à négocier leur participation. Outre MM. Archane (MDS) et Joudar (UC), il s'agit de Mohamed Chouki, président du Rassemblement national des indépendants (RNI), Nizar Baraka, secrétaire général du Parti de l'Istiqlal, Mohamed Nabil Benabdallah, Driss Lachgar, premier secrétaire de l'Union socialiste des forces populaires (USFP), et Mohamed Ouzzine, secrétaire général du Mouvement populaire (MP). Seuls le Parti de la justice et du développement et les partis de l'alliance de la gauche se tiennent à l'écart.
La Cheffe du gouvernement désignée et les dirigeants du PAM qui l'accompagnaient ont donc vraisemblablement une idée claire des signataires de la future charte de la majorité, préalable à l'architecture du programme gouvernemental et à la répartition des portefeuilles. L'équation obéit à une règle arithmétique fixée par la Constitution. La Chambre des représentants compte 395 sièges et la majorité absolue, requise pour obtenir la confiance du Parlement et faciliter les initiatives législatives, s'établit à 198 voix. Le PAM en détient 97, devant le RNI (66), l'Istiqlal (65), le MP (29), l'USFP (24) et le PPS (19).
Trois combinaisons se dégagent. La reconduction du trio PAM, RNI et Istiqlal réunit 228 sièges, soit 30 de plus que le seuil exigé, gage de stabilité et de cohésion politique. L'adjonction du MP porterait ce bloc à 257 députés et élargirait la marge pour l'adoption des lois organiques et des lois de Finances. La troisième voie associerait le PAM et l'Istiqlal à l'USFP et au PPS. Ses 205 sièges, sept au-dessus de la barre, offriraient une alternative équilibrant les dimensions sociale et politique de l'équipe, que le renfort du MP porterait à une majorité confortable de 234 élus. Seule la formule à quatre rend les 19 députés du Livre indispensables au décompte.
Une convergence profonde revendiquée par Benabdallah
Devant ses camarades, le secrétaire général a détaillé ce que le parti a défendu lors de la première rencontre avec Mme El Mansouri, puis lors d'autres contacts «à différents niveaux». Au registre politique figurent le renforcement de la démocratie, des libertés et des droits, une détente incluant la recherche, «par le moyen approprié», de la libération des jeunes du mouvement «GenZ» et de tout autre mouvement pacifique, l'activation des institutions prévues par la Constitution, l'adoption du nouveau Code de la famille, la moralisation de la vie publique et la lutte contre la corruption, la rente et les conflits d'intérêts. Le volet économique et social est aussi fourni. Il couvre la souveraineté économique et l'industrialisation, les failles de la politique agricole, l'emploi, la formation et l'éducation des jeunes, l'inflation et la cherté de la vie, la généralisation effective de la protection sociale, la hausse des revenus, les retraites, les dysfonctionnements de l'aide sociale directe et la mise à niveau de l'hôpital, de l'école et de l'université publics.
«Nous avons enregistré, en toute objectivité, une réceptivité et une interaction positive avec l'ensemble de ces questions», a affirmé M. Benabdallah. D'autres points de rencontre programmatiques sont apparus, au premier rang desquels la centralité de la question sociale face à la dégradation du pouvoir d'achat. Elle appelle, selon lui, des mesures urgentes à effet direct sur le quotidien, dans les campagnes comme dans les villes, et des réformes plaçant l'humain au cœur des politiques publiques afin de réduire la pauvreté, la précarité et les disparités sociales et territoriales. Il a décrit un climat de confiance, la volonté de bâtir «une orientation réformatrice nouvelle et commune» et la promesse de mesures concrètes dès les premiers jours de l'expérience à venir. Le chef du PPS a également salué la portée symbolique de la nomination, pour la première fois, d'une femme à la tête du gouvernement. Il y voit le couronnement d'un parcours partisan et électoral de terrain, «ce qui diffère totalement de ce que nous avons vécu avec le gouvernement sortant».
Un bureau politique divisé puis rapproché
Le secrétaire général n'a pas masqué les tiraillements internes. Le bureau politique, qui avait dressé un premier bilan dès le 24 septembre, a tenu cinq réunions en une semaine. Ces séances «marathoniennes» ont d'abord révélé «des divergences importantes», avant que les points de vue ne se rapprochent, «sans atteindre la concordance». Il attribue cette évolution aux «réponses rassurantes» reçues progressivement des interlocuteurs du parti. Deux options ont été soumises au comité central. L'opposition, d'abord, «un choix discutable, qui peut avoir des justifications». La participation ensuite, «un choix difficile» qui interroge le parti sur le rôle qu'il pourrait tenir, sur l'ampleur des défis et des attentes, sur les partenaires et sur le programme. «L'essentiel tient d'abord au contenu de ce qui pourra être fait demain», a insisté M. Benabdallah. «Si ces conditions sont réunies, nous pouvons ouvrir les portes. Si elles ne le sont pas, le parti devra en tirer les conclusions».
L'exercice, a-t-il rappelé, n'est pas inédit pour une formation qui revendique 83 ans d'existence. Elle l'a pratiqué il y a 27 ans, lors de l'alternance, puis en 2011, sans qu'aucune de ses décisions puisse être qualifiée d'«erreur historique». D'où la demande adressée au comité central de déléguer au bureau politique, après débat, «la gestion de la prochaine étape», avec pour engagement l'intérêt de la patrie et du peuple et la préservation de l'unité du parti. Le motif invoqué tient au calendrier, puisque des développements «proches» et «accélérés» sont attendus sur les orientations programmatiques du futur gouvernement, sur les partis qui le composeront et sur sa force réformatrice. Selon la synthèse des travaux, cette délégation a été accordée.
Un scrutin jugé sévèrement malgré la neutralité de l'administration
Cette disponibilité cohabite avec une lecture sévère du scrutin. Le PPS avait couvert les 92 circonscriptions locales et les 12 circonscriptions régionales féminines, avec des listes renouvelées à plus de 80%, 72% de diplômés du supérieur et sept femmes têtes de liste locales. Son programme, présenté le 2 septembre, n'a guère pesé, les programmes n'ayant «pas joué de rôle essentiel» dans le débat public, regrette le secrétaire général. Il qualifie les résultats du parti de «résistance réelle», en deçà toutefois des ambitions des militants.
Les griefs sont précis. M. Benabdallah relève une préparation politique «ordinaire», sans mesure de détente, la radiation d'environ deux millions d'électeurs des listes sans préavis, plus de 11 millions de Marocains non inscrits et près de 62% des inscrits, soit une dizaine de millions de personnes, restés à l'écart des urnes. Il dénonce des moyens financiers «énormes» engagés par certains candidats bien au-delà du plafond légal, Tanger étant cité en exemple, ainsi que l'annonce tardive des résultats et la remise des procès-verbaux retardée jusqu'au petit matin dans plusieurs circonscriptions, en violation de la loi. Il reconnaît en revanche à l'autorité une non-intervention qui constitue «un grand progrès» par rapport aux scrutins précédents.
Le débat s'est ouvert dans la foulée, en présence de la presse. «La transparence ne pose aucun problème», a tranché la présidence de séance. Reste la réponse au «avec qui ?» de M. Benabdallah, qui dépend du choix de Mme El Mansouri entre la reconduction à 228 sièges et l'ouverture à gauche à 205.