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Futur gouvernement : les partis politiques rebattent les cartes, les positionnements restent mouvants

Les conseils nationaux réunis le week-end dernier devaient baliser le terrain avant l’entrée des tractations pour la formation de la coalition gouvernementale dans leur phase décisive. Ils ont finalement davantage brouillé les cartes qu’ils ne les ont clarifiées. Le RNI a officiellement exprimé sa volonté de participer au prochain Exécutif, mais des voix au sein du PAM plaident pour l’en écarter. Le Mouvement populaire garde toutes ses options ouvertes, tandis que l’USFP et le PPS n’ont pas encore définitivement choisi leur camp. Une seule partie de l’équation est désormais acquise : le PJD et l’Alliance de la gauche siégeront dans l’opposition. Pour le reste, une question demeure : qui les rejoindra sur les bancs de l’opposition ?

04 Octobre 2026 À 17:20

Les «parlements» des principaux partis ont parlé, mais le brouillard ne s’est pas encore dissipé. Réunis samedi 3 octobre, les conseils nationaux du PAM, du RNI, de l’Istiqlal et du Mouvement populaire étaient attendus comme une étape susceptible de clarifier les contours de la prochaine majorité. Ils ont surtout donné à leurs dirigeants les mandats nécessaires pour poursuivre les négociations, sans faire émerger le schéma préliminaire d’une coalition définitive.

La séquence a même produit un paradoxe : alors que le RNI vient de déclarer officiellement sa disponibilité à participer au prochain gouvernement, son avenir au sein de la majorité semble désormais dépendre moins de sa propre volonté que des choix qui seront opérés par le PAM et sa Cheffe du gouvernement, Fatima Ezzahra El Mansouri. Derrière les tractations autour de la majorité se dessine ainsi une autre bataille, moins visible, mais tout aussi importante pour la prochaine législature : celle de la composition de l’opposition.

Le RNI veut rester au gouvernement, mais son avenir lui échappe

Sur sa propre position, le RNI a levé toute ambiguïté. Réuni samedi 3 octobre en session extraordinaire à Rabat, son Conseil national s’est officiellement déclaré disposé à participer au prochain gouvernement et a confié à son président, Mohamed Chaouki, la gestion de cette participation selon ce que requiert «l’intérêt national». Cette décision prolonge la position déjà exprimée quelques jours auparavant par le bureau politique du parti. Réuni le 30 septembre, celui-ci avait défendu le principe d’une participation au prochain Exécutif afin, selon sa propre argumentation, de continuer à contribuer à l’achèvement des réformes et des grands chantiers engagés durant la précédente législature.

Le message est donc clair : malgré son recul électoral, le RNI ne souhaite pas faire le choix de l’opposition. Passé de 102 députés en 2021 à 66 aujourd’hui, le parti estime conserver un poids politique et parlementaire suffisant pour participer à la prochaine expérience gouvernementale. Mais vouloir gouverner ne signifie pas nécessairement être retenu dans la coalition. Et c’est précisément là que l’incertitude s’est installée.

Quand Nizar Baraka annonce la sortie du RNI... avant de se rétracter

L’épisode le plus révélateur de la tension et de la fébrilité ayant marqué cette journée est venu, étonnamment, non pas du PAM ou du RNI, mais de l’Istiqlal. Devant le conseil national de son parti réuni samedi 3 octobre, Nizar Baraka a annoncé «avoir reçu à l’instant l’information selon laquelle le conseil national du PAM a décidé de refuser la participation du RNI au prochain gouvernement». L’annonce a été accueillie par des ovations et applaudissements enthousiastes dans la salle. Quelques instants plus tard, le secrétaire général de l’Istiqlal est revenu sur ses propos. L’information qui lui avait été transmise n’était pas exacte dans sa formulation : le conseil national du PAM n’avait adopté aucune décision officielle excluant le RNI.

Le communiqué sanctionnant la réunion du «parlement» du PAM le confirme. Aucune formation n’y est formellement écartée. Le conseil national a donné mandat à Fatima Ezzahra El Mansouri pour poursuivre les négociations, assistée d’une commission restreinte composée de Abdellatif Ouahbi, Fouzi Lekjaâ et Ahmed Akhchichine. L’annonce prématurée de Nizar Baraka n’est pourtant pas née de rien. Lors des débats internes au PAM, plusieurs voix se sont effectivement prononcées contre une participation du RNI au prochain gouvernement. Elles n’ont simplement pas été transformées en décision officielle du conseil national.

L'incident est politiquement révélateur. Qu’un secrétaire général appelé lui-même à négocier la participation de son parti annonce publiquement le sort d’un autre partenaire potentiel, avant même qu’une décision officielle du PAM ne soit prise, montre à quel point les négociations sont traversées par des informations, des signaux et des rapports de force qui dépassent les seuls communiqués officiels. À ce stade, une chose doit donc être retenue : le PAM n’a pas officiellement exclu le RNI, mais l’hypothèse d’une majorité construite sans lui est désormais clairement installée dans le débat.

Le RNI dans l’opposition : un scénario qui changerait la donne

Le RNI pourrait ainsi se retrouver dans l’opposition non par choix, mais par défaut de coalition. Une hypothèse qui modifierait profondément la physionomie du camp opposé au prochain gouvernement. Pour l’instant, deux forces ont clairement choisi ce camp. Réuni le 26 septembre en session extraordinaire à Bouznika, le conseil national du PJD a approuvé à l’unanimité son passage dans l’opposition. Avec 54 députés, contre 13 en 2021, le parti de Abdelilah Benkirane y revient considérablement renforcé. L’Alliance de la gauche, qui rassemble la Fédération de la gauche démocratique et le Parti socialiste unifié, a également annoncé son choix de l’opposition. Avec ses huit députés, elle porte à 62 élus le premier noyau clairement constitué de l’opposition.

L’arrivée éventuelle du RNI en changerait immédiatement l’échelle. Ses 66 députés porteraient ce bloc à 128 élus. Surtout, le RNI deviendrait numériquement plus important que le PJD au sein de l’opposition. Mais davantage de députés ne signifierait pas nécessairement une opposition plus homogène. Le RNI pourrait au contraire modifier les rapports de force au sein de ce camp et réduire la capacité du PJD et de l’Alliance de la gauche à en fixer seuls les priorités parlementaires. Car plusieurs instruments de contrôle du gouvernement nécessitent de franchir des seuils constitutionnels que le PJD et l’Alliance de la gauche ne peuvent atteindre à eux seuls.

C’est notamment le cas de la motion de censure. L’article 105 de la Constitution exige qu’elle soit signée par au moins un cinquième des membres de la Chambre des représentants. Dans une Chambre de 395 députés, il faut donc réunir 79 signatures pour qu’elle soit recevable. Le PJD et l’Alliance de la gauche, avec leurs 62 élus, n’atteignent pas ce seuil. Avec ses 66 députés, le RNI ne pourrait pas davantage déposer seul une motion de censure. Mais son éventuelle présence dans l’opposition changerait complètement l’équation : son soutien permettrait aisément de franchir le seuil nécessaire au dépôt. À l’inverse, son refus obligerait les autres composantes de l’opposition à rechercher des soutiens ailleurs. Et même déposée, une motion de censure ne pourrait faire tomber le gouvernement qu’en recueillant ensuite la majorité absolue des membres de la Chambre, soit 198 voix. La même logique vaut, à un niveau différent, pour les commissions parlementaires d’enquête. L’article 67 de la Constitution permet leur création à la demande du tiers des membres de la Chambre, soit 132 députés. Même une opposition réunissant PJD, Alliance de la gauche et RNI totaliserait 128 élus : il lui manquerait encore quatre signatures.

Ces chiffres donnent une autre dimension au positionnement futur du RNI. Dans l’opposition, le parti pourrait devenir indispensable à certaines initiatives sans être obligé, politiquement, de s’aligner systématiquement sur le PJD ou la gauche. D’autant qu’une présence dans l’opposition ne l’empêcherait nullement de soutenir ponctuellement le gouvernement. Le RNI pourrait voter certains textes ou accompagner certaines réformes, notamment lorsqu’elles prolongeraient des chantiers auxquels ses ministres ont participé pendant la précédente législature. L’opposition pourrait ainsi gagner considérablement en poids numérique tout en devenant plus hétérogène politiquement. Et c’est peut-être là l’un des principaux enjeux de cette nouvelle configuration : qui pèsera sur la ligne de l’opposition si le principal parti qui la rejoint n’a jamais souhaité s’y retrouver ?

Mouvement populaire : Ouzzine mandaté, mais «pas d’offre sur la table»

Le Mouvement populaire constitue une autre pièce importante de cette équation. Mais contrairement au RNI, le parti ne s’est encore prononcé ni pour le gouvernement ni pour l’opposition. Réuni samedi 3 octobre en conseil national, le MP a voté à l’unanimité un mandat à son secrétaire général, Mohamed Ouzzine, pour poursuivre les négociations avec Fatima Ezzahra El Mansouri sur une éventuelle participation à la prochaine majorité.

C’est précisément devant cette instance que Mohamed Ouzzine a tenu à préciser l’état réel des discussions. Selon lui, la première rencontre organisée le 30 septembre avec la Cheffe du gouvernement avait davantage constitué une prise de contact qu’une véritable négociation sur la composition de l’Exécutif. «Il n’y a pas d’offre sur la table», a-t-il déclaré devant les membres du conseil national, soulignant que son parti ne pouvait répondre à une proposition qui ne lui avait pas encore été faite. Le MP pose néanmoins déjà ses conditions. Mohamed Ouzzine évoque d’abord la nécessité d’un minimum de compatibilité entre le programme de son parti et celui de la future majorité. Il demande également que la place du Mouvement populaire ne soit pas appréciée au seul regard de ses 29 sièges, mais qu’elle tienne compte de son histoire, de son implantation et de son poids politique.
La situation du MP est donc sensiblement différente de celle du RNI. Le premier demande explicitement à participer au gouvernement, le second attend encore de connaître la proposition qui pourrait lui être faite. Avec ses 29 députés, le Mouvement populaire conserve néanmoins un poids important dans la construction de la majorité, comme dans celle de l’opposition. Son choix final modifiera nécessairement l’équilibre de l’un des deux camps.

USFP : ni gouvernement à tout prix, ni opposition par principe

L’USFP entretient lui aussi cette zone d’incertitude. La position actuelle du parti a été arrêtée non par son conseil national, mais par son bureau politique, réuni le 30 septembre à Rabat sous la présidence de son premier secrétaire, Driss Lachgar. Cette instance a mandaté ce dernier et le président du conseil national du parti, Mustapha Ajjab, pour poursuivre les discussions avec Fatima Ezzahra El Mansouri. Elle a surtout maintenu sa réunion ouverte afin de pouvoir prendre une décision définitive lorsque les négociations auront suffisamment avancé.
La ligne avancée par le parti est claire sur un point : une participation au gouvernement ne saurait être une fin en soi, pas davantage que le choix de l’opposition. L’USFP conditionne ainsi une éventuelle participation à l’existence d’un socle programmatique cohérent et de convergences politiques suffisantes entre les formations appelées à gouverner ensemble. Avec ses élus à la Chambre, le Parti socialiste représente lui aussi une pièce importante dans les différentes configurations envisagées autour du PAM. Mais tant que les négociations n’auront pas produit une offre politique suffisamment précise, son positionnement définitif restera suspendu.

PPS : les convergences ne valent pas encore participation

Le PPS demeure, lui aussi, dans l’expectative. Lors de sa rencontre du 30 septembre avec Fatima Ezzahra El Mansouri, organisée dans le cadre du premier tour des consultations gouvernementales, son secrétaire général Nabil Benabdallah avait fait état de plusieurs convergences entre son parti et le PAM, notamment sur les questions sociales, la place de l'humain dans le développement, les libertés, la moralisation de la vie publique et la restauration de la confiance dans l'action politique.

Mais il avait immédiatement précisé que ces convergences ne préjugeaient pas d’une participation au gouvernement. Contrairement au RNI et au Mouvement populaire, aucune décision nouvelle d’un conseil national réuni ce week-end n’est venue, à ce stade, fixer définitivement la ligne du PPS. Nabil Benabdallah avait indiqué que plusieurs sensibilités continuaient de s’exprimer au sein de son parti et que la décision devait mûrir à la lumière de la configuration globale de la future majorité.

Le positionnement du PPS est d’autant plus intéressant qu’avant même les consultations gouvernementales, son secrétaire général avait évoqué l’idée d’un rapprochement parlementaire avec l’Alliance de la gauche afin de constituer un front de gauche à la Chambre. Avec 19 députés, le PPS reste donc à la croisée des chemins : partenaire potentiel d’une coalition gouvernementale ou composante supplémentaire d’une opposition qui pourrait alors prendre une tout autre dimension.

Une opposition puissante en nombre, mais jusqu’où cohérente ?

C’est finalement le paradoxe qui ressort de cet épisode. Les partis qui ont clairement choisi l’opposition sont aujourd’hui les plus faciles à identifier : le PJD et l’Alliance de la gauche, soit 62 députés. Pour les autres, l’appartenance au futur camp de l’opposition dépendra autant de leurs propres choix que de l’architecture retenue pour la majorité.

Le cas du RNI en constitue l’illustration la plus spectaculaire. Son conseil national vient de voter en faveur d’une participation au gouvernement. Pourtant, si le PAM décidait finalement de bâtir sa majorité avec d’autres partenaires, les 66 députés du parti de la colombe pourraient, à leur corps défendant, se retrouver sur les bancs de l’opposition. Le Mouvement populaire attend, lui, qu’une véritable proposition soit mise sur la table. L’USFP demande à connaître la cohérence politique et programmatique de la future coalition avant de trancher. Quant au PPS, il continue de faire mûrir sa position. Cette incertitude ne porte donc plus seulement sur le nombre de partis qui composeront l’opposition. Elle concerne également sa nature politique.

Une opposition réunissant le PJD, la gauche et le RNI disposerait d’un poids parlementaire considérable, mais rassemblerait des formations dont les trajectoires, les programmes et les rapports à la précédente expérience gouvernementale sont profondément différents. Son efficacité ne dépendrait alors pas seulement du nombre de sièges qu’elle occuperait, mais de sa capacité à construire des positions communes sur les textes, le contrôle du gouvernement et l’utilisation des instruments parlementaires.

Les conseils nationaux du week-end auront donc clarifié les mandats de négociation sans lever le suspense sur la composition des deux camps. La majorité reste à construire et, par ricochet, l’opposition également. Au lendemain de ces réunions, le casting de l’opposition reste ainsi paradoxalement suspendu à celui de la majorité : on sait désormais qui a choisi d'y siéger, mais pas encore qui pourrait être contraint de l'y rejoindre.
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