Ayda Benyahia
26 Juin 2026
À 16:20
L’enjeu n’est plus seulement de mesurer ce que l’
intelligence artificielle peut apporter aux services, à l’
administration, à l’
éducation ou à l’
information. Il est désormais de savoir dans quelles conditions ces usages seront organisés, selon quelles garanties, avec quels mécanismes de responsabilité et quelle place sera accordée aux citoyens dans la définition des règles. À mesure que les outils se diffusent, la question de leur encadrement quitte le seul champ technique pour rejoindre celui des politiques publiques.
Elle prédit, elle automatise, elle impressionne… et elle peut, si on n'y prend garde, rendre ses utilisateurs moins compétents qu'avant. Imad Hajjaji, responsable de programmes au Policy Center for the New South, ne mâche pas ses mots : l'intelligence artificielle n'est ni le sauveur qu'on célèbre ni le monstre qu'on redoute. C'est un miroir. Elle amplifie la rigueur des uns, révèle la paresse des autres et pose à chaque entreprise, chaque État, une question qui n'a rien de technique : que faites-vous de votre intelligence humaine ? À l'heure où le Maroc engage sa souveraineté numérique sur l'horizon 2030, la question est d’une pertinence indéniable.
Cette évolution fait de l’
IA un sujet de gouvernance démocratique. Elle interroge la manière dont les règles seront définies, les acteurs qui y seront associés et les garde-fous à mettre en place. C’est sur ce terrain que
SimSim-Participation citoyenne inscrit son plaidoyer. Dans un document fondé sur une enquête nationale auprès d’acteurs civils issus de différentes régions du Royaume, l’association appelle à une gouvernance responsable de l’intelligence artificielle au
Maroc et à une meilleure implication de la
société civile dans l’élaboration des politiques publiques liées au numérique.
Un cadre à construire pour des usages déjà installés
Intitulée «Intelligence artificielle et société civile au Maroc : vers une gouvernance responsable et un cadre réglementaire tenant compte des besoins des acteurs civils», la note met en avant une double exigence. D’un côté, l’IA ouvre des perspectives importantes pour l’innovation, la productivité et l’amélioration des services. De l’autre, elle soulève des défis juridiques et éthiques qui appellent une réponse publique structurée.
Pour l’association, l’enjeu est d’adopter un cadre juridique et institutionnel intégré, capable d’accompagner le développement de cette technologie tout en garantissant un usage sûr, responsable et conforme aux droits fondamentaux. La régulation n’est pas présentée comme un frein à l’innovation, mais comme une condition de confiance. Elle doit permettre d’organiser les usages, de clarifier les responsabilités et de prévenir les effets indésirables liés à une adoption rapide et peu encadrée.
Les domaines concernés sont nombreux. Dans l’enseignement, l’IA modifie les modes d’apprentissage, d’évaluation et d’accès au savoir. Dans l’administration, elle peut contribuer à améliorer les services et à accélérer certains traitements. Dans les médias, elle intervient déjà dans la production, la diffusion et la hiérarchisation de l’information. Ces évolutions donnent à la question de la gouvernance une portée plus large que la seule performance technique.
Associer la société civile à la définition des politiques numériques
La démarche portée par SimSim-Participation citoyenne insiste sur un point central : la société civile ne doit pas être seulement destinataire des politiques numériques. Elle doit être associée à leur élaboration, en particulier lorsque ces politiques touchent aux droits, à l’accès à l’information, à la participation citoyenne et à la confiance dans les institutions. L’association plaide ainsi pour une approche participative dans la préparation des politiques publiques liées à l’intelligence artificielle et, plus largement, aux questions numériques.
Cette participation doit permettre aux acteurs civils de faire remonter leurs besoins, leurs inquiétudes et leurs usages, mais aussi de contribuer à la définition des priorités et des garde-fous. Cette orientation rejoint la mission revendiquée par l’association : renforcer la participation citoyenne et les capacités des acteurs civils. À travers cette contribution, SimSim entend nourrir le dialogue autour de la gouvernance de l’IA, avec l’objectif de mettre cette technologie au service du développement, de la démocratie et des droits humains.
Une enquête nationale pour documenter les attentes des acteurs civils
Le plaidoyer s’appuie sur les résultats d’une enquête nationale menée auprès d’organisations et d’acteurs de la société civile issus de différentes régions du Royaume. Cette consultation a permis d’identifier les perceptions des associations sur les usages de l’intelligence artificielle, les opportunités qu’elles y voient, mais aussi les défis juridiques, éthiques et organisationnels qu’elles estiment devoir être anticipés.
L’enquête fait également ressortir des besoins en matière de formation, de gouvernance et d’encadrement institutionnel. Pour les acteurs civils, l’appropriation de l’IA suppose d’abord une montée en compétence. Comprendre les outils, leurs usages, leurs limites et leurs risques devient une condition pour participer utilement au débat public et aux processus de décision. La formation devient alors l’un des axes essentiels de la démarche. Elle doit permettre aux associations de ne pas rester à distance d’une transformation qui touche déjà leurs champs d’intervention : information, plaidoyer, participation citoyenne, suivi des politiques publiques, accès aux droits et accompagnement des citoyens.
Formation, recherche et innovation comme priorités
Au-delà de l’encadrement juridique, la note appelle à investir dans la formation, la recherche scientifique et l’innovation. L’objectif est de permettre une appropriation plus large de l’intelligence artificielle, sans réserver ses usages aux seuls acteurs disposant déjà de compétences techniques ou de moyens importants. Cette orientation traduit une préoccupation plus large : éviter que l’IA ne creuse de nouvelles inégalités entre les institutions, les entreprises, les chercheurs, les associations et les citoyens. Pour SimSim-Participation citoyenne, l’intégration de cette technologie doit s’accompagner d’un effort d’explication, d’accès aux compétences et de clarification des règles.
Le document entend ainsi contribuer au débat public et institutionnel sur l’intelligence artificielle au Maroc. Il appelle à donner une place effective aux acteurs civils dans le processus d’élaboration des politiques et des législations liées à cette technologie. À mesure que les usages de l’IA se développent, la question n’est plus seulement de savoir ce que cette technologie permet, mais selon quelles règles elle sera déployée, avec quels contrôles et avec quelle participation des acteurs civils.