Yousra Amrani
13 Janvier 2026
À 12:22
Le
Maroc a choisi «de ne pas subir la révolution de
l’intelligence artificielle», mais d’en assumer «la pleine maîtrise». C’est l’annonce forte faite par la ministre de la Transition numérique et de la réforme de l’administration,
Amal Seghrouchni à l’ouverture de la journée
«AI Made in Morocco», lundi à Rabat, et qui a été consacrée au rôle de l’IA dans la transformation numérique et les services publics. Selon la ministre, ce positionnement s’inscrit dans une stratégie nationale qui fait de l’IA un outil de souveraineté, d’équité territoriale et de développement inclusif. Une vision qui s’appuie sur les orientations de
Sa Majesté le Roi Mohammed VI et prolonge les
Assises nationales de l’IA tenues en 2025.
Présentées en amont de la séquence nationale du 12 janvier, dédiée au lancement de «Maroc IA 2030» et à l’officialisation du réseau des Jazari Institutes, les orientations exposées samedi dernier à Rabat par la ministre déléguée auprès du Chef du gouvernement chargée de la Transition numérique et de la réforme de l’administration, Amal El Fallah Seghrouchni, jettent les bases de la vision de l’intelligence artificielle marocaine à l’horizon 2030. À cet égard, les Jazari Institutes s’affirment comme les piliers de ce chantier majeur. Ces structures au nom évocateur auront vocation à devenir des lieux de formation, de recherche appliquée, d’expérimentation et d’incubation, fédérant universités, chercheurs, startups et porteurs de projets dans une même dynamique d’innovation structurée. Ils seront à la base d’une architecture stratégique où s’articulent repositionnement géopolitique, recomposition des cadres de gouvernance, territorialisation des compétences, consolidation des infrastructures critiques et refondation des dispositifs de formation, dans la perspective d’une autonomie technologique durable du Royaume.
Un marché mondial colossal, mais concentré
Il faut dire que les enjeux sont de taille. Selon la CNUCED, le marché de l’IA pourrait atteindre 4.800 milliards de dollars d’ici 2033. Cette expansion rapide s’accompagne toutefois, souligne la ministre, d’une concentration des données, des infrastructures et des chaînes de valeur entre les mains d’un nombre réduit de puissances technologiques. Dans cette configuration, la dépendance technologique devient «une vulnérabilité stratégique». D’où le choix marocain de défendre un principe de non-alignement technologique : coopérer sans déléguer sa capacité de décision, de régulation et d’innovation.
Des progrès mesurables, mais un impératif d’accélération
Et «les premiers résultats sont déjà visibles» se félicite la ministre : le
Maroc a gagné 14 places dans l’index Government AI Readiness 2025. Une progression significative qui traduit l’amélioration de la gouvernance publique et des capacités institutionnelles en matière d’IA. Mais le Maroc estime devoir accélérer «la consolidation des fondements» de sa stratégie. En effet, il ne faut pas omettre la nature même de l’IA qui, loin d’être neutre, tend à reproduire ou amplifier les inégalités existantes si elle n’est pas encadrée. D’où la nécessité d’une action publique volontariste. La stratégie marocaine de l’IA repose donc sur cinq piliers, à savoir la souveraineté technologique, la confiance des citoyens, la montée en compétences massive, l’innovation endogène et enfin l’équité territoriale. Autant d’axes conçus pour replacer le citoyen et l’État au centre du processus technologique.
Les «Jazari Institutes», pierre angulaire de Maroc Digital 2030
Le lancement du réseau national des
centres d’excellence en IA, les
Jazari Institutes, constitue le chantier le plus structurant de cette stratégie. Connectés aux universités, aux startups, aux PME et aux administrations, ces instituts doivent permettre la formation, la recherche appliquée et l’innovation territoriale. Le premier centre, «Jazari Root», inauguré lors de cette rencontre, marque dans ce sens une étape décisive pour bâtir une capacité nationale pérenne en IA, au service de l’État et du citoyen.
Une diplomatie technologique tournée vers le Sud
Au-delà du territoire national, le Maroc ambitionne de faire de l’IA un instrument de
coopération Sud–Sud. Dans un contexte où les technologies d’IA sont majoritairement conçues au Nord, le Maroc défend un modèle alternatif basé sur la co-construction de solutions contextualisées, orientées vers le développement et le transfert de compétences. C’est dans ce sens que les huit conventions qui ont été signées lors de «AI Made in Morocco» donnent une traduction opérationnelle à cette ambition : construction d’une IA souveraine, inclusive, maîtrisée et territorialisée.