Infirmiers et techniciens de santé : 8.500 diplômés pour seulement 5.000 postes attendus
Le décalage entre le nombre de diplômés des Instituts supérieurs des professions infirmières et techniques de santé et les postes ouverts au recrutement inquiète au Parlement. Quelque 8.500 lauréats, dont 1.500 issus des promotions précédentes, seraient actuellement en attente d’un emploi, alors qu’environ 5.000 postes budgétaires sont attendus cette année. Une députée de l’opposition interpelle le ministre de la Santé sur cette situation et réclame notamment un dispositif exceptionnel pour résorber le stock de diplômés sans emploi.
LE MATIN
18 Août 2026
À 23:42
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Alors que la réforme du système de santé marocain repose en grande partie sur le renforcement des ressources humaines, plusieurs milliers de jeunes formés aux métiers infirmiers et aux techniques de santé peinent à trouver leur place dans le secteur. La question arrive désormais au Parlement. Dans une question écrite adressée au ministre de la Santé et de la Protection sociale, la députée Aouicha Zelfa, du Groupe socialiste-Opposition ittihadie à la Chambre des représentants, alerte sur la situation des diplômés des Instituts supérieurs des professions infirmières et techniques de santé (ISPITS).
Selon les chiffres avancés par la parlementaire, près de 7.000 nouveaux lauréats sortiraient des instituts cette année. Ils viendraient s’ajouter à environ 1.500 diplômés des promotions précédentes toujours sans emploi, portant à quelque 8.500 le nombre de candidats potentiellement en attente d’une insertion professionnelle.
En face, le nombre de postes budgétaires attendus pour les infirmiers et techniciens de santé se situerait autour de 5.000. Si ces chiffres se confirment, l’écart dépasserait donc 3.000 personnes, sans compter les éventuels diplômés qui pourraient rejoindre d’autres débouchés.
Pour la députée, cette situation pose surtout la question de l’articulation entre la politique de formation et la planification des besoins en ressources humaines du système de santé. L’enjeu ne se limite d’ailleurs pas au nombre global de postes disponibles. Certaines spécialités créées par le ministère depuis 2022 seraient particulièrement concernées par les difficultés d’insertion. La parlementaire cite notamment les formations en soins infirmiers au bloc opératoire, en néphrologie et dialyse ou encore en gériatrie.
Des cursus spécialisés ont ainsi été ouverts pour répondre, en principe, à des besoins précis du système de santé, alors que les postes proposés à leurs diplômés resteraient limités au regard des effectifs formés. Une situation qui, selon Aouicha Zelfa, interroge la pertinence de former des jeunes dans de nouvelles spécialités sans leur offrir des perspectives professionnelles suffisamment lisibles.
La parlementaire y voit également un risque de gaspillage des ressources mobilisées par l’État pour former ces compétences, au moment même où le secteur de la santé cherche à renforcer ses effectifs pour accompagner les réformes engagées.
Face à cette situation, Aouicha Zelfa demande au ministre de la Santé de dévoiler le plan prospectif retenu pour faire correspondre les effectifs admis en formation aux besoins réels de recrutement. Elle réclame également des données détaillées sur le nombre de postes budgétaires réservés cette année aux infirmiers et techniciens de santé, avec leur ventilation par spécialité et par organisme. La question porte notamment sur les postes destinés aux groupements sanitaires territoriaux, à l’Agence marocaine du sang et de ses dérivés, à l’Agence marocaine des médicaments et des produits de santé, ainsi qu’aux autres établissements publics relevant du secteur.
Au-delà des nouvelles promotions, se pose surtout le problème des diplômés dont l’attente se prolonge d’une année à l’autre. La députée demande ainsi au ministère s’il envisage des mesures exceptionnelles pour résorber progressivement ce stock.
Parmi les pistes avancées figure l’organisation d’un concours national exceptionnel ou la mise en place d’un mécanisme spécifique permettant d’intégrer les diplômés des promotions antérieures.
Le privé ne peut pas tout absorber
Le recours au secteur privé est également posé dans le débat, mais la parlementaire estime qu’il ne peut constituer à lui seul une réponse suffisante. Elle pointe la capacité d’absorption limitée du privé, mais aussi les niveaux de rémunération et les conditions de travail constatés dans une partie des établissements. Elle appelle donc à mettre en place de nouveaux mécanismes de coopération permettant au secteur privé de participer davantage à l’insertion des infirmiers et techniciens de santé, tout en garantissant leurs droits professionnels.
Derrière la question immédiate des recrutements se dessine ainsi un enjeu plus structurel : mieux calibrer les capacités de formation sur les besoins réels du système de santé. Car l’augmentation du nombre de diplômés ne peut, à elle seule, résoudre le déficit en ressources humaines si elle n’est pas accompagnée d’une programmation cohérente des postes et de leur répartition entre spécialités et territoires. La réponse du ministère est désormais attendue, aussi bien sur les chiffres des recrutements prévus cette année que sur les mesures envisagées pour les milliers de diplômés qui restent aux portes du marché du travail.