La Fédération de l’enseignement réclame un «nouveau contrat» pour sauver l’école publique
À quelques semaines de la rentrée scolaire, la Fédération nationale de l’enseignement (FNE-orientation démocratique) durcit le ton. Dans un communiqué adopté à l’issue de la réunion de son bureau national tenue récemment, le syndicat dresse un constat particulièrement sévère de la situation économique, sociale et éducative du pays.
Yousra Amrani
22 Juillet 2026
À 17:03
Au-delà des revendications salariales, la FNE dénonce l’essoufflement des réformes, l’accumulation des dossiers en suspens et ce qu’elle considère comme une remise en cause progressive des fondements de l’école publique, appelant le gouvernement à honorer l’ensemble de ses engagements et à renouer avec un véritable dialogue social.
La rentrée scolaire s’annonce déjà sous haute tension. En réunissant son bureau national samedi dernier à Rabat, la Fédération nationale de l’enseignement (FNE) ne s’est pas contentée d’énumérer un catalogue de revendications professionnelles. Son communiqué, particulièrement dense, se veut avant tout un réquisitoire contre les choix publics en matière d’éducation, mais aussi contre la gestion des politiques sociales et économiques du pays. Le syndicat estime que la crise que traverse aujourd’hui l’enseignement public ne relève plus de difficultés conjoncturelles. Elle serait devenue, selon lui, le symptôme d’un modèle de gouvernance qui peine à répondre aux attentes des enseignants comme à celles des familles marocaines.
Des revendications salariales qui dépassent la seule question du pouvoir d’achat
Au cœur du communiqué figure une exigence claire : une augmentation générale des salaires et des pensions, assortie d’un mécanisme automatique d’indexation sur l’inflation et l’évolution des prix. Pour la FNE, la dégradation continue du pouvoir d’achat ne peut plus être traitée par des mesures ponctuelles. Le syndicat plaide pour une réponse structurelle garantissant une revalorisation durable des revenus, tout en appelant le gouvernement à appliquer intégralement les accords conclus avec les partenaires sociaux, notamment ceux du 10 et du 26 décembre 2023 ainsi que l’accord du 26 avril 2024. Mais derrière cette revendication salariale se dessine une critique plus profonde : celle d’un dialogue social que le syndicat juge marqué par les retards d’exécution et l’accumulation des engagements non honorés.
L’école publique au cœur des inquiétudes Notons que la FNE consacre une large partie de son communiqué à la situation de l’enseignement public, qu’elle considère comme l’une des principales victimes des politiques actuelles. Le syndicat dénonce dans ce sens la poursuite d’une logique de marchandisation de l’éducation, la montée des inégalités territoriales, le recours croissant à la sous-traitance dans plusieurs services scolaires et les difficultés persistantes liées au manque de ressources humaines.
À ses yeux, les réformes engagées ces dernières années n’ont pas permis d’enrayer la dégradation des conditions d’enseignement. Elles auraient même contribué à alourdir les charges administratives des enseignants au détriment de leur mission pédagogique. La FNE appelle ainsi à une refonte globale des programmes, à la réhabilitation du rôle de l’enseignant et à une politique éducative recentrée sur la qualité des apprentissages plutôt que sur les indicateurs de performance.
Une longue liste de dossiers en attente Le communiqué aborde par ailleurs l’ampleur des attentes des personnels de l’Éducation nationale. La FNE réclame dans ce sens le règlement rapide de nombreux dossiers administratifs et statutaires : versement des indemnités complémentaires, régularisation des promotions, reconnaissance des diplômes universitaires, amélioration des conditions de travail dans les zones difficiles, remboursement des retenues sur salaire, traitement des dossiers des enseignants victimes des différents mouvements de protestation, ou encore régularisation de plusieurs catégories de personnels administratifs et pédagogiques. Cette accumulation de revendications traduit, selon le syndicat, le retard pris dans la mise en œuvre des engagements gouvernementaux et nourrit un climat de frustration grandissant au sein de la
profession.
Une critique globale des politiques publiques Le document dépasse ainsi largement le seul cadre de l’école. La FNE inscrit la crise éducative dans un contexte économique et social plus large, marqué, selon elle, par la hausse du coût de la vie, les effets des politiques de libéralisation et l’affaiblissement des services publics. À travers ce communiqué, la FNE envoie ainsi un signal politique autant que syndical. Le message est clair : sans avancées concrètes sur les engagements déjà signés et sans réponses aux multiples dossiers toujours en suspens, le climat social au sein du secteur de l’éducation risque de se dégrader davantage.
À l’approche de la rentrée, le gouvernement se retrouve ainsi confronté à un double défi : restaurer la confiance avec les partenaires sociaux et convaincre que les réformes engagées peuvent encore répondre aux attentes des enseignants. Car derrière les revendications corporatistes se joue une question plus large, celle de la capacité de l’école publique à retrouver sa place comme principal moteur de l’égalité des chances et du développement du pays.