Hicham Oukerzaz
17 Janvier 2024
À 18:47
La situation critique en matière de
ressources en eau, provoquée par une succession d’années de sécheresse, a dominé la rencontre organisée par la
Fondation Lafquih Titouani entre les représentants de la majorité et de l’opposition. Comme lors des joutes qui ont lieu sous la coupole du Parlement à chaque fois que cette question est soulevée, les deux parties se sont une fois de plus renvoyé la balle à l’occasion de cette rencontre.
Au regard de la situation actuelle de stress hydrique, les priorités doivent changer. Il est évident que le plus urgent est d’approvisionner les citoyens en eau potable, ensuite vient l’irrigation des terres agricoles. Au Maroc, la part en eau du secteur agricole est en chute libre depuis 2021. Face à cette situation, un alignement de la politique agricole sur la politique alimentaire devient une obligation, selon Mohamed Sadiki, ministre de l’Agriculture, de la pêche maritime, du développement rural et des eaux et forêts. Il estime ainsi qu’il faut sauver l’arboriculture et prioriser la production des légumes les plus consommés au Maroc, comme la pomme de terre, l’oignon ou encore la tomate.
Mohamed Ghayate : la réalisation de nombreux projets structurels a pris du retard à cause du PJD
Pour Mohmaed Ghayate du
Rassemblement national des indépendants (RNI), il est difficile aujourd’hui de parler du stress hydrique sans remonter au passé. En 2009, rappelle-t-il, la
Stratégie nationale de l’eau, qui a été présentée devant
Sa Majesté le Roi, prévoyait de construire 57 grands barrages, mais seuls 9 ont finalement été réalisés. «Aujourd’hui, le problème qui nous occupe d’abord est de retenir chaque goutte de pluie qui tombe et d’éviter qu’elle ne se déverse en mer.
Ensuite, nous répondons à nos besoins par le dessalement. Mais là encore, toutes les stations de dessalement n’ont pas été érigées, hormis celle d’Agadir, qui a pu voir le jour par le ministère de l’Agriculture, suite à un arbitrage Royal», souligne M. Ghayate, ajoutant que «sans cette station, les habitants d’Agadir n’auraient pas trouvé d’eau potable, et même les tomates, qui suscitent aujourd’hui la polémique, ne se trouveraient pas sur les marchés». Et il en va de même pour les autoroutes de l’eau, pour lesquelles M.
Aziz Akhannouch plaidait inlassablement lorsqu’il était ministre de l’
Agriculture, puisque près de 500 millions de mètres cubes d’eau se perdaient chaque année dans la mer, mais qui n’ont pas été réalisées à temps, déplore le RNIste. «C’est pourquoi la première action du gouvernement a été d’interconnecter les bassins du Sebou et du Bouregreg, sans quoi l’approvisionnement en eau des habitants de Rabat et du nord de Casablanca aurait été interrompu», affirme-t-il.
Mustapha El Ibrahimi : des choix faits dans le cadre du Plan Maroc Vert ont concouru au stress hydrique
Mustapha El Ibrahimi du
Parti de la justice et du développement a réagi aux propos de M. Ghayat en soutenant que le nombre de grands barrages construits sous les mandats des deux gouvernements dirigés par son parti équivalait au nombre de barrages construits depuis l’indépendance, et qu’il ne fallait pas oublier le contexte de la crise de la Covid, qui a donné un coup d’arrêt à tous les programmes. Il a également pointé du doigt une augmentation de la pression sur les ressources en eau en raison de certains choix opérés dans le cadre du Plan Maroc Vert, ayant entraîné une multiplication des superficies irriguées détenues par les grands agriculteurs et dont les récoltes sont destinées à l’exportation.
M. El Ibrahimi s’est également demandé pourquoi la sécurité alimentaire n’était pas assurée dans un certain nombre de filières, telles que celles des céréales, des oléagineux, du sucre et des viandes rouges, imputant cette responsabilité à M. Akhannouch, qui a dirigé le ministère de l’Agriculture pendant 17 ans avec son secrétaire général et actuel ministre de l’Agriculture, Mohamed Sadiki.
Lahcen Haddad : il faut reconnaître les réalisations accomplies dans le cadre du PMV et prendre en compte les défis actuels
De son côté, Lahcen Haddad, du
Parti de l’Istiqlal, appelé à la considération des réalisations accomplies dans le cadre du PMV qui a permis de générer plus de 70 milliards de dirhams d’exportations et à la prise en compte des défis actuels, notamment la sécheresse sans précédent qui sévit depuis cinq ans. «Le PMV ne peut être évalué en fonction de ce qui s’est passé avec la crise Covid, pas plus qu’il ne peut être évalué en fonction de la sécheresse qui pèse sur notre pays depuis 5 ans maintenant», a-t-il dit. Et M. Haddad d’ajouter qu’il faut bien reconnaître que le plan a porté ses fruits dans certains filières, et qu’il y a eu des perturbations dans d’autres, comme la filière des viandes rouges, bien que ces dysfonctionnements ne soient pas imputables au PMV, mais plutôt à la succession d’années de sécheresse, qui ont contraint les petits éleveurs à vendre leur cheptel.
Pour sa part, Abdelhamid Jmahri, de l’
Union socialiste des forces populaires, a appelé quant à lui à mener une réflexion pour savoir si nous ne sommes pas en train de céder d’une main aux investisseurs privés ce que nous avons obtenu de l’autre au fil des ans, en référence aux efforts consentis depuis l’indépendance dans le domaine de l’eau, notamment la construction de barrages.