Nezha Maachi
26 Juillet 2026
À 17:22
Le Maroc des territoires ne pourra relever les défis de demain qu’en changeant de méthode. C’est le fil conducteur qui a traversé les trois panels de la 9e édition du Morocco Today Forum (MTF), organisé cette année à Errachidia sous le thème : «Le Maroc des territoires : pour une émergence intégrée et inclusive». Un choix qui s’inscrit directement dans les Hautes Orientations Royales, notamment le Discours du Trône du 30 juillet 2025, dans lequel Sa Majesté le Roi Mohammed VI a réaffirmé qu’«il n’y a de place, ni aujourd’hui, ni demain pour un Maroc avançant à deux vitesses». Cette vision a trouvé une traduction concrète lors du Conseil des ministres présidé par Sa Majesté le Roi Mohammed VI en avril 2026, au cours duquel ont été présentées les grandes lignes de la gouvernance de la nouvelle génération des Programmes de développement territorial intégré (PDTI). Dotée d’une enveloppe globale de près de 210 milliards de dirhams sur huit ans, cette réforme structurante ambitionne de refonder les modalités de conception, de mise en œuvre et d’évaluation des politiques publiques territoriales afin de mieux les ancrer dans les réalités locales, tout en renforçant leur pilotage à l’échelle nationale.
Le choix d’Errachidia pour la tenue de cet événement organisé, sous le Haut Patronage de S.M. le Roi Mohammed VI, par Groupe Le Matin en partenariat avec le Conseil de la région de Draâ-Tafilalet n’est donc pas anodin. Comme l’a rappelé Mohammed Haitami, président-directeur général du Groupe Le Matin, lors de la séance inaugurale de cette rencontre, cette région illustre à la fois les immenses potentialités des territoires marocains et les disparités qui subsistent encore entre les régions. Les données récentes du Haut-Commissariat au Plan montrent d’ailleurs que Draâ-Tafilalet ne représente que 3% du PIB national, contre 32,3% pour Casablanca-Settat, tandis que près des deux tiers des investissements publics demeurent concentrés dans seulement trois régions. Autant d’indicateurs qui soulignent l’urgence d’une territorialisation plus équilibrée du développement.
Responsables publics, élus, représentants du secteur privé, experts et opérateurs économiques ont ainsi convergé vers une même conviction : la réussite de la régionalisation avancée passe désormais par une meilleure articulation entre les politiques publiques, une gouvernance plus efficace, des territoires davantage responsabilisés et une transformation numérique mise au service du citoyen.
«Nous sommes aujourd’hui à un moment décisif pour la régionalisation avancée. Les progrès réalisés par le Maroc sont indéniables, mais ils doivent être ressentis par tous les citoyens, où qu’ils vivent. Notre objectif est d’éviter un Maroc à deux vitesses en garantissant partout un accès équitable à l’éducation, à la santé, aux transports, à l’eau, à l’électricité et à Internet, devenu un service essentiel. Il faut également rapprocher les opportunités économiques des territoires en développant des zones d’activités créatrices d’emplois et en tirant parti du numérique et de l’intelligence artificielle pour ouvrir de nouvelles perspectives, notamment grâce au télétravail et à la digitalisation. Les moyens sont là, avec des investissements importants en faveur des régions. Il nous appartient désormais de transformer cette ambition en résultats concrets afin d’améliorer durablement la qualité de vie des citoyens et de réduire les disparités territoriales.»
Les premières recommandations pour bâtir le Maroc des territoires
Réunis à Errachidia lors de la 9e édition du Morocco Today Forum, responsables publics, élus, experts et acteurs économiques ont dessiné une feuille de route pour accélérer le développement territorial. Gouvernance, attractivité, numérique, innovation et capital humain figurent parmi les grandes priorités, accompagnées de leviers d’action concrets pour transformer les ambitions en résultats.
MTF 2026
Les échanges du Morocco Today Forum 2026 ont convergé vers une conviction commune : la réussite du développement territorial passe par une nouvelle génération de politiques publiques, davantage ancrées dans les réalités locales et orientées vers des résultats concrets pour les citoyens.
Cinq recommandations pour accélérer le développement des territoires Les intervenants ont d’abord appelé à territorialiser davantage les politiques publiques, en construisant les projets à partir des besoins spécifiques de chaque région et en associant les citoyens, les élus et les acteurs économiques à toutes les étapes de leur conception et de leur mise en œuvre. Ils recommandent également de faire des régions de véritables moteurs de développement, capables de valoriser leurs atouts, de définir leur vocation économique et de développer des écosystèmes adaptés à leurs spécificités.
Autre priorité : accélérer la transformation digitale et le déploiement de l’intelligence artificielle dans l’ensemble des secteurs afin d’améliorer les services publics, de renforcer la compétitivité des territoires et de simplifier les démarches des citoyens et des entreprises. Les participants plaident aussi pour une gouvernance territoriale plus intégrée, fondée sur une meilleure coordination entre l’État, les régions, les collectivités territoriales, le secteur privé, les universités et la société civile. Enfin, ils estiment indispensable d’investir davantage dans le capital humain et l’innovation, en faisant de la formation, de la recherche, de l’entrepreneuriat et des talents les principaux moteurs d’un développement territorial durable, inclusif et créateur de
valeur.
Des leviers d’action identifiés Au-delà de ces orientations stratégiques, les débats ont permis d’identifier plusieurs leviers opérationnels. Les keynotes ont insisté sur la nécessité de développer une gouvernance fondée sur les données et l’évaluation, de diversifier les sources de financement des projets territoriaux grâce à des partenariats public-privé et à la finance à impact, tout en faisant de la gestion durable de l’eau, de l’adaptation climatique et de la préservation des ressources naturelles des priorités de l’aménagement territorial.
• Le premier panel, consacré à la régionalisation avancée, a mis l’accent sur trois leviers: clarifier les responsabilités entre l’État, les régions et les collectivités, exploiter davantage la donnée territoriale pour orienter les décisions et renforcer les capacités d’exécution grâce à des financements adaptés, à la déconcentration et à des structures opérationnelles performantes.
• Le deuxième panel, dédié à l’attractivité des territoires, recommande de moderniser l’administration territoriale, d’adopter une approche intégrée articulant infrastructures, services publics, formation et développement économique, et de construire des écosystèmes fondés sur les vocations propres à chaque région.
• Le troisième panel, consacré au digital et à l’intelligence artificielle, préconise la création d’écosystèmes régionaux d’innovation réunissant startups, Technoparks, universités, centres de recherche et collectivités, le renforcement de la gouvernance numérique des territoires ainsi que le développement de solutions d’IA conçues à partir des besoins spécifiques des régions.
Au-delà des questions de gouvernance et d’investissement, les échanges ont également rappelé que la culture constituait un levier essentiel de développement territorial, en contribuant à renforcer l’identité des régions, leur attractivité et leur rayonnement économique. Les intervenants ont enfin souligné le rôle déterminant des femmes dans la réussite des politiques territoriales, appelant à une participation accrue des femmes dans la gouvernance locale, l’entrepreneuriat, l’innovation et le développement des territoires.