Nation

Le Maroc signe une convention avec la HAC malienne et s'engage dans l'Appel de Bamako

La cérémonie de clôture du premier Forum panafricain des médias, tenue le 6 juin 2026 à Bamako, a consacré le rôle central joué par le Maroc tout au long de l'événement. Dans son allocution prononcée au nom du Royaume, l'ambassadeur Driss Isbayene a annoncé la signature d'une convention entre la chaîne publique marocaine MEDI1 TV et la Haute Autorité de la communication du Mali, autorisant la diffusion des programmes de la chaîne sur le territoire malien. Le ministre malien de la Communication, Alhamdou Ag Ilyene, a pour sa part adressé au Maroc une profonde gratitude pour sa participation remarquée et la qualité de sa contribution aux travaux. La séance s'est conclue par l'adoption de l'Appel de Bamako, texte fondateur pour les médias africains.

08 Juin 2026 À 17:00

À Bamako, le Maroc n'est pas venu les mains vides. Invité d'honneur de la première édition du Forum panafricain des médias, le Royaume avait promis, en ouverture, de joindre l'acte à la parole dans le cadre de la promotion d'une information souveraine et ouverte sur les réalités africaines. La clôture du 6 juin a tenu cette promesse. C'est l'ambassadeur du Maroc au Mali, Driss Isbayene, qui en a fait l'annonce depuis la tribune de la Salle des Banquets du Centre international de conférences de Bamako : la chaîne publique marocaine MEDI1 TV a signé une convention avec la Haute Autorité de la communication du Mali, autorisant l'établissement, l'exploitation et la diffusion de ses programmes sur le territoire malien.

MEDI1 TV désormais autorisée à diffuser au Mali

Cette signature n'est pas isolée dans l'histoire de la présence médiatique marocaine au Mali. L'ambassadeur Isbayene a rappelé que Radio Méditerranée Internationale, MEDI1, était déjà diffusée depuis plusieurs années en modulation de fréquence à Bamako. La convention signée en marge du forum constitue donc une étape supplémentaire dans un partenariat médiatique qui s'est construit dans la durée. Reprenant le communiqué de presse de la HAC publié à l'issue de la signature, il a dit : «MEDI1 poursuit son engagement en faveur d'un partenariat médiatique durable au service du rapprochement des peuples, de la circulation des savoirs et du dialogue entre les cultures africaines».

L'ambassadeur a également rappelé que le Maroc accueille, année après année, de nombreux étudiants et professionnels africains au sein de ses instituts de formation aux métiers du journalisme et de la communication. Il a souligné que plusieurs organes de presse panafricains d'envergure avaient choisi le Royaume pour s'installer, y investir et y développer leurs activités, contribuant ainsi à faire rayonner la voix de l'Afrique depuis le Maroc. Une solidarité à double sens, a-t-il précisé, le Maroc étant à la fois un lieu de formation et une terre d'accueil pour les médias du continent.

L'Afrique doit faire confiance à l'Afrique

Sur le fond des débats, Driss Isbayene a réaffirmé la conviction marocaine que l'émergence d'une Afrique forte passe par la consolidation des liens au sein de l'espace médiatique continental. Face aux transformations technologiques, à la désinformation et aux mutations géopolitiques, a-t-il dit, il faut bâtir un écosystème informationnel africain solidaire, résilient et à même de relever les défis du siècle. Il a plaidé pour une modernisation des structures des médias africains, appelant à une vision stratégique, à des cadres réglementaires adaptés et à une transformation digitale accélérée, seules conditions pour construire un champ médiatique compétitif et souverain. Pour appuyer son propos, il a cité Sa Majesté le Roi Mohammed VI : «L'Afrique doit faire confiance à l'Afrique».

Le ministre malien de la Communication, Alhamdou Ag Ilyene, a répondu à ces mots par un hommage appuyé. Dans son discours de clôture, il a exprimé la profonde gratitude du Mali au Royaume du Maroc pour sa participation remarquée, la qualité de sa délégation et sa contribution aux réflexions qui ont nourri les travaux. Il a adressé des remerciements sincères aux autorités marocaines ainsi qu'à l'ensemble des représentants des médias marocains qui ont honoré le forum de leur présence, soulignant que leur expérience, leur expertise et leur vision ont enrichi les échanges et renforcé les liens de fraternité entre les deux peuples.

L'Appel de Bamako, déclaration de foi dans l'avenir des médias africains

La séance de clôture a été marquée par l'adoption de l'Appel de Bamako, texte solennel adopté collectivement par les journalistes, directeurs de médias, éditeurs, universitaires et experts réunis durant quatre jours. Ce document, structuré en huit chapitres et dix-neuf engagements, couvre l'ensemble des enjeux débattus au cours du forum : souveraineté narrative, souveraineté numérique, formation, économie des médias, intelligence artificielle et rôle des médias dans la lutte contre l'extrémisme. Le ministre Ag Ilyene l'a qualifié de bien plus qu'un document final, le décrivant comme une déclaration de foi dans l'avenir des médias africains et un engagement collectif en faveur d'une information libre, professionnelle, responsable et respectueuse des intérêts des peuples.

Sur le fond, l'Appel de Bamako pose plusieurs exigences concrètes. Il appelle les États africains à investir dans des infrastructures numériques souveraines, centres de données, plateformes de diffusion et réseaux de distribution africains. Il soutient la création de banques africaines d'images, de vidéos et de données documentaires pour réduire la dépendance informationnelle envers les plateformes et agences étrangères. Il plaide pour le développement de modèles d'intelligence artificielle conçus à partir de données africaines et adaptés aux réalités culturelles et linguistiques du continent. Il appelle enfin à l'amélioration des conditions de travail, de sécurité et de protection sociale des journalistes sur l'ensemble du continent, rejoignant en cela les conclusions de la Table ronde sur le dialogue social dans les médias.

Le Réseau panafricain des radios de proximité, second acquis historique

Outre l'Appel de Bamako, le ministre Ag Ilyene a salué avec une émotion particulière un second résultat qu'il a qualifié d'historique : la création du Réseau panafricain des radios de proximité. Partout en Afrique, les radios de proximité demeurent les médias les plus proches des populations, a-t-il rappelé. Elles parlent les langues des peuples, portent les préoccupations des communautés, accompagnent les efforts de développement, participent à la prévention des conflits et constituent le premier rempart contre les rumeurs et la désinformation. À travers ce réseau, a-t-il conclu, des milliers de voix africaines pourront désormais échanger des contenus, partager leurs expériences et porter ensemble les réalités du continent.

En quittant Bamako, la délégation marocaine laisse derrière elle plus qu'un souvenir protocolaire. Elle laisse une convention signée, une chaîne qui diffusera un texte fondateur auquel le Royaume a contribué et la formule de l'ambassadeur Isbayene qui résume peut-être mieux que tout l'esprit du forum : «Ce geste témoigne des liens indéfectibles, séculaires et multidimensionnels qui unissent nos deux nations. C'est l'expression d'une fraternité réelle séculaire qui se conjugue désormais au présent et au futur».
Copyright Groupe le Matin © 2026