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Le PJD s’oppose à la dissolution de l’Agence des plantes médicinales et aromatiques

La dissolution annoncée de l’Agence nationale des plantes médicinales et aromatiques inquiète le Parti de la justice et du développement (PJD). Dans un communiqué, la formation politique critique une décision qui, selon elle, affaiblirait la recherche scientifique et pénaliserait la province de Taounate.

10 Mars 2026 À 16:32

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La perspective de la dissolution de l’Agence nationale des plantes médicinales et aromatiques (ANPMA) suscite une réaction politique. Dans un communiqué publié à l’issue de la réunion ordinaire de son secrétariat général du 7 mars 2026, le Parti de la justice et du développement (PJD) a exprimé son opposition au projet de loi n°25.038, estimant que cette décision fragiliserait une filière agricole et industrielle considérée comme stratégique pour l’économie marocaine. Dans ce communiqué, le parti islamiste affirme «son rejet catégorique de la dissolution de cette Agence» et appelle plutôt à «la doter des moyens matériels et académiques nécessaires pour lui permettre d’accomplir ses missions».



Créée par la loi en 2015 pour remplacer l’Institut national des plantes médicinales et aromatiques, l’ANPMA a pour vocation de structurer la filière des plantes médicinales et aromatiques (PMA), de soutenir la recherche scientifique et de valoriser les ressources naturelles du pays. Le Maroc dispose en effet d’une biodiversité particulièrement riche dans ce domaine : plus de 4.200 espèces de plantes aromatiques et médicinales ont été identifiées sur le territoire, dont près de 800 endémiques et environ 400 utilisées pour leurs propriétés médicinales ou aromatiques.

Les inquiétudes du PJD pour la province de Taounate

Dans ce contexte, le PJD estime que la dissolution de l’Agence pourrait avoir des conséquences territoriales importantes, notamment pour la province de Taounate où elle est implantée. Selon le communiqué, cette décision «conduira à priver la province rurale et enclavée de Taounate d’un établissement universitaire créé par loi en 2015».

Le PJD critique également les dispositions du projet de loi prévoyant le transfert des biens mobiliers et immobiliers de l’agence à l’Université Sidi Mohammed Ben Abdellah de Fès ainsi que le redéploiement de ses fonctionnaires et employés vers l’Agence nationale d'évaluation et d'assurance qualité de l'enseignement supérieur et de la recherche scientifique. Selon le communiqué, ces mesures «reviennent à fermer cette institution et à mettre fin à ses missions». Une décision jugée d’autant plus regrettable qu’elle intervient au moment où la population de la région attend, depuis plusieurs années, la mise en place d’un noyau universitaire censé rapprocher l’enseignement supérieur des jeunes de la province.

Une décision jugée contraire aux orientations de développement territorial

Au-delà de l’avenir de l’Agence elle-même, la formation politique estime que cette orientation contredit les politiques publiques visant à réduire les disparités territoriales. Le secrétariat général du parti considère ainsi que la dissolution de l’ANPMA «va à l’encontre des orientations officielles visant à réaliser la justice territoriale et à lever la marginalisation dont souffrent certaines régions du Maroc profond».

Le communiqué évoque également une contradiction avec les orientations stratégiques relatives au nouveau modèle de développement territorial, qui visent à valoriser les ressources locales et à réduire les écarts sociaux et régionaux. Dans cette optique, le PJD appelle à renforcer l’agence plutôt qu’à la dissoudre, estimant qu’elle constitue un outil institutionnel important pour structurer une filière agricole et industrielle à fort potentiel et pour soutenir le développement économique des territoires ruraux.

Une filière agricole et industrielle importante

Au-delà de l’enjeu scientifique, la filière des plantes médicinales et aromatiques constitue un secteur économique non négligeable. La production nationale est estimée à environ 140.000 tonnes par an, même si elle peut fluctuer selon les conditions climatiques. Cette production provient très majoritairement de la cueillette de plantes spontanées, qui représente près de 98% du volume total, tandis que la part des plantes cultivées reste encore limitée.

Le Maroc figure également parmi les exportateurs mondiaux de ces produits. Selon les données du secteur, le pays se classe autour de la 12ᵉ place mondiale avec environ 52.000 tonnes de plantes exportées et près de 5.000 tonnes d’huiles essentielles destinées aux marchés internationaux. Les principales destinations sont les marchés européens, mais les exportations se diversifient également vers le Japon, le Canada ou encore la Suisse. Les plantes marocaines trouvent des débouchés dans plusieurs secteurs : plus de la moitié sont utilisées dans l’alimentation, notamment comme épices ou arômes, tandis qu’une part importante est destinée au cosmétique, à la parfumerie ou à l’aromathérapie, et une autre au secteur pharmaceutique.
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