Dans un paysage préélectoral où la transhumance politique bat son plein et où les négociations d'investitures - tazkiyates - se règlent souvent dans l'ombre des appareils, le PJD fait un choix inverse : tout mettre sur la table, et rendre la procédure elle-même aussi lisible que possible. Le 15 février dernier, le Conseil national du parti a validé, lors de sa session ordinaire, une procédure formelle de sélection des candidates et candidats aux législatives de 2026. Ce texte constitue désormais la colonne vertébrale de toute la préparation électorale du parti. La note d'application de ladite procédure, qui en précise le calendrier et les modalités opérationnelles, a depuis été finalisée et approuvée par le Secrétariat général du parti le 21 février et transmise depuis aux responsables régionaux et provinciaux du parti.
Un dispositif institutionnel en deux temps
Avant même d'entrer dans le détail des investitures, la direction du PJD a pris soin de distinguer deux chantiers distincts, confiés à deux instances séparées. La première, la Commission centrale des élections, a la charge de l'ensemble des aspects procéduraux, organisationnels et juridiques du processus électoral. La seconde, la Commission d'élaboration du programme électoral, travaille en parallèle sur le projet politique que le parti soumettra aux électeurs.
C'est dans ce cadre général que s'inscrit la procédure des tazkiyat, les investitures officielles dont le traitement constitue, à ce stade, le chantier le plus avancé. « Nous n'avons pas encore entamé concrètement la phase des candidatures, mais la préparation électorale, au sens large, est déjà bien engagée », précise Driss El Azami El Idrissi. Une nuance importante : si le démarrage opérationnel est prévu entre fin mars et mai, le cadre juridique et méthodologique est, lui, entièrement arrêté.
Qui propose, qui valide : une architecture à deux étages
Le cœur du dispositif repose sur une distinction que le parti assume pleinement et présente comme une garantie démocratique : la séparation stricte entre les instances de proposition et l'instance de validation. « Nous distinguons clairement entre les instances de candidature et l'instance de validation », insiste El Azami El Idrissi.
Pour les 92 circonscriptions électorales locales, l'instance de candidature est l'assemblée générale provinciale, qui regroupe l'ensemble des membres du parti au niveau de la préfecture ou de la province. Pour les 12 circonscriptions régionales réservées aux femmes, cette mission est confiée à une commission régionale de candidature spécifique. Dans les deux cas, les étapes du processus sont identiques : proposition, délibération, vote secret.
Dans les deux cas également, les résultats remontent au secrétariat général, qui constitue l'unique instance de validation finale. C'est lui qui délibère à son tour, et vote à bulletin secret, avant de rendre les investitures définitives.
Cette architecture à deux étages n'est pas anodine. Elle signifie concrètement que le secrétariat général investi sur la base des propositions qui remontent des instances de candidature — mais qu'il conserve un droit de regard décisif sur les résultats remontés du terrain.
La règle d'or : nul ne se porte candidat de lui-même
C'est sans doute le trait le plus distinctif du modèle PJD, et celui que Driss El Azami El Idrissi met en avant avec le plus de conviction : dans ce parti, personne ne sollicite une investiture. « Une particularité du PJD est que nul ne se porte candidat de sa propre initiative. La phase de proposition est exclusivement du ressort de l'assemblée générale dans le cas des 92 circonscriptions électorales locales et de la Commission régionale de candidature spécifique dans le cas des 12 circonscriptions régionales réservées aux femmes ».
Concrètement, dans une circonscription disposant de deux sièges, chaque membre de l'assemblée propose deux noms, de manière secrète. Les propositions sont compilées, affichées, puis soumises à la délibération des membres de l’Assemblée. C'est seulement après cette phase de délibération qu'un vote permet de départager les profils proposés. Les résultats sont transmis au secrétariat général, qui applique à son tour un processus similaire, conformément aux statuts du parti, lequel impose le vote secret pour toute décision concernant les personnes.
Cette règle, qui peut sembler formelle, a une signification qui tire son fondement du référentiel et des statuts du Parti qui font que l’on doit être choisi par ses compères comme candidat et non pas se présenter soi-même. Elle place théoriquement chaque membre potentiellement candidat dans une posture d'attente, et non de conquête.
Des critères écrits et un rappel oral : la double garantie
La procédure ne se contente pas de définir qui décide et comment. Elle précise aussi selon quels critères les profils doivent être évalués. Sur ce point, le dispositif distingue deux niveaux d'exigences.
Le premier niveau est légal et impératif : la représentation des jeunes, des femmes et des Marocaines résidant à l'étranger, conformément à la législation électorale en vigueur. Le second niveau est interne au parti : compétence, engagement militant, probité, transparence et rectitude. Ces critères ne figurent pas seulement dans les documents écrits mais ils font l'objet d'un rappel oral au moment de l'ouverture de chaque assemblée et de la Commission régionale de candidature. La réunion débute par la récitation du Coran, suivie d'une allocution d'orientation du secrétaire général mettant l'accent sur la transparence et le choix des profils les plus qualifiés et du devoir de mobilisation des militantes et militants. Le président de l'instance de candidature présente ensuite, devant l'assemblée réunie, les qualités qui doivent être prises en compte lors du choix des candidats.
Mieux encore, la procédure prévoit explicitement que dans la phase de délibérations les débats doivent « éviter toute considération personnelle et se concentrer exclusivement sur les qualités objectives des candidates et candidats ». Une disposition qui, sur le papier, tente de neutraliser les logiques de clan ou de proximité personnelle qui parasitent souvent les désignations partisanes.
Entre mars et mai : la logistique d'un chantier national
Le calendrier est serré. L'ensemble des réunions pour les 92 circonscriptions locales et les 12 circonscriptions régionales, soit 104 assemblées ou commissions à tenir sur l'ensemble du territoire, est programmé entre la fin du mois de mars et les mois d'avril et mai. « Actuellement, le cadre juridique et méthodologique est prêt. Les procédures sont arrêtées. Nous sommes désormais dans la phase logistique : préparation des convocations, organisation des réunions et mise en œuvre territoriale », détaille El Azami El Idrissi.
C'est dire l'ampleur du défi opérationnel. En l'espace de quelques semaines, le parti devra organiser des dizaines d'assemblées générales provinciales, et des commissions régionales, mobiliser ses militants dans chaque préfecture et province, et acheminer les résultats vers le secrétariat général dans des délais compatibles avec le calendrier électoral national.
L'ambition affichée est d'ailleurs sans ambiguïté : sauf cas de force majeure, le PJD entend présenter des candidates et candidats dans la totalité des 92 circonscriptions locales et des 12 circonscriptions régionales. Pas de circonscriptions abandonnées, pas de blanc dans le maillage national.
Décentralisation encadrée : le secrétaire général au cœur du réacteur
La décentralisation affichée ne signifie pas que la direction nationale lâche les rênes. L'organisation des assemblées générales provinciales et des commissions régionales de candidature le montre clairement : leur présidence est assurée par le secrétaire général du parti ou par une personne qu'il mandate expressément. Compte tenu de l'impossibilité matérielle d'être présent dans les 92 circonscriptions locales et les 12 circonscriptions régionales, cette mission est le plus souvent confiée aux secrétaires régionaux ou à leurs délégués, mais ils agissent, dans tous les cas, « au nom du secrétaire général ».
La composition de ces instances de candidature prévoit également un premier vice-président, généralement le secrétaire régional ou son représentant, et un second vice-président issu du bureau régional. La même logique s'applique aux commissions régionales de candidature pour les listes féminines.
Il existe donc, comme le résume El Azami El Idrissi, « une décentralisation encadrée, avec une capacité d'adaptation lorsque certaines circonscriptions présentent des spécificités nécessitant une présence directe du secrétaire général ou d'un membre du secrétariat général ».
Face à la transhumance, une posture de rupture assumée
Dans le contexte politique actuel, où des élus et cadres de divers partis multiplient les passages d'une formation à l'autre à l'approche du scrutin, la question de savoir si le PJD pouvait être concerné par des adhésions s'imposait d'elle-même. La réponse de Driss El Azami El Idrissi est catégorique : « Non, nous ne nous sentons pas concernés par la transhumance», Par ailleurs, nous explique-t-il, cette rigueur procédurale n'exclut pas une certaine ouverture : « le PJD se réserve la possibilité d'accueillir, de manière sélective et dosée, des compétences en provenance de la société civile ».
La transhumance politique est, selon lui, une pratique qui « crée de la confusion et de l'instabilité ». Cette prise de position n'est pas accessoire : elle donne au dispositif procédural qui prône une dimension de différenciation. En construisant un processus de désignation aussi formalisé, aussi ancré dans la durée militante, le PJD envoie un message clair à ses propres rangs comme à l'opinion publique.
La procédure comme manifeste
Reste à savoir si la mécanique tiendra ses promesses au contact du terrain, là où les dynamiques locales, les notabilités provinciales et les intérêts de factions viennent inévitablement frotter contre les textes les mieux rédigés. Le PJD a connu, comme tous les partis, ses tensions internes au moment des investitures. Face à cette situation, le PJD se dote d'une procédure formellement adoptée par son Conseil national et donc opposable à tous ses membres.
En faisant de la transparence procédurale le centre de gravité de sa préparation électorale, le parti ne joue pas seulement sur son image, il tente de reconstruire, une légitimité interne que les dernières élections de septembre 2021 ont profondément éprouvée. La procédure, en ce sens, n'est pas qu'un outil de gestion des candidatures. Elle est un manifeste politique.
