Yousra Amrani
12 Août 2026
À 18:21
Le symbole est fort. Il y a quatre ans, le gouvernement de Gustavo Petro avait fait le choix inverse en rétablissant les relations avec la pseudo «rasd». Bogota revient aujourd’hui sur cette décision et ouvre une nouvelle page avec Rabat. Le rapprochement ne devrait d’ailleurs pas rester cantonné au dossier du Sahara. La Colombie affiche sa volonté de construire un partenariat stratégique avec le Royaume, avec des perspectives de coopération dans le commerce et l’investissement. Le vice-président colombien a même présenté le Maroc comme le «premier allié de la Colombie en Afrique». Mais au-delà du rapprochement entre Rabat et Bogota, la décision colombienne prend tout son relief lorsqu’elle est replacée dans la carte mondiale des positions sur le Sahara.
La pseudo «rasd» sous la barre des 30 soutiens En effet, avec cette reconnaissance colombienne de la souveraineté du Maroc sur son Sahara, le nombre d’États reconnaissant encore la pseudo «rasd» passe, pour la première fois depuis septembre 1979, sous la barre des trente, selon Sahara Policy Index. Ils ne sont plus que 29. Le contraste avec la situation des premières décennies du conflit est saisissant. Depuis 1976, 84 États ont reconnu la «rasd» à un moment ou à un autre. Plus de la moitié d’entre eux ont donc depuis retiré, suspendu ou abandonné cette reconnaissance.
La tendance s’est même accélérée récemment. Sur les 22 derniers mois, Sahara Policy Index recense sept pays ayant quitté le groupe des États reconnaissant la «rasd» : l’Équateur, le Panama, le Ghana, la Bolivie, le Mali, le Honduras et désormais la Colombie. Sept changements en moins de deux ans qui viennent traduire, dans les faits, les résultats du travail diplomatique mené par le Royaume. Cette évolution est d’autant plus significative que, dans le sens inverse, le groupe des soutiens à la «rasd» ne parvient plus à attirer de nouveaux États. Selon le décompte de Sahara Policy Index, aucun des pays figurant actuellement parmi les 29 ne l’a rejointe au cours des vingt dernières années. Le rapport de forces a donc profondément changé.
58 pays reconnaissent la marocanité, 57 soutiennent l’autonomie
La photographie dressée par Sahara Policy Index est, à cet égard, particulièrement parlante : 58 pays reconnaissent aujourd’hui la marocanité du Sahara, 57 soutiennent le plan marocain d’autonomie, 51 sont classés neutres et 29 seulement reconnaissent encore la «rasd». Reconnaître la souveraineté marocaine et soutenir le plan d’autonomie ne sont certes pas deux positions diplomatiques strictement identiques. Mais elles témoignent toutes deux d’une progression de la position défendue par le Maroc. Et, surtout, le poids des pays concernés donne à cette évolution une portée particulière.
Rappelons, à cet égard, que le tournant majeur est intervenu en décembre 2020 avec la reconnaissance par les États-Unis de la souveraineté du Maroc sur le Sahara. La France figure également aujourd’hui, dans le référentiel de Sahara Policy Index, parmi les pays reconnaissant la marocanité. À ce premier cercle s’ajoute celui, de plus en plus large, des États soutenant l’initiative marocaine d’autonomie. Il comprend notamment l’Espagne, l’Allemagne, le Royaume-Uni, la Belgique, le Portugal, les Pays-Bas, la Suisse, la Pologne et la Suède. La dynamique s’est encore élargie en 2026. Le Canada et le Japon figurent désormais, eux aussi, parmi les soutiens au plan d’autonomie. Ce sont autant d’avancées qui montrent que la diplomatie marocaine ne s’est pas contentée de faire reculer les reconnaissances de la «rasd». Elle a parallèlement réussi à élargir le cercle des pays qui adhèrent à la solution proposée par le Royaume.
En Afrique, les lignes ont également bougé Mais il faut dire que c’est sur le continent africain que ce travail diplomatique apparaît avec le plus de netteté. Le retour du Maroc au sein de l’Union africaine en 2017 a ouvert une nouvelle séquence. Depuis, Rabat a renforcé ses partenariats politiques et économiques avec de nombreux pays du continent tout en poursuivant son action diplomatique autour du Sahara. Aujourd’hui, le Sénégal, la Côte d’Ivoire, le Gabon, le Togo, la Gambie, la Guinée, le Burkina Faso, le Malawi ou encore la République démocratique du Congo figurent parmi les pays classés par Sahara Policy Index comme reconnaissant la marocanité du Sahara. D’autres ont choisi de soutenir le plan d’autonomie. C’est notamment le cas du Ghana, du Kenya et du Mali.
Ces évolutions prennent une importance particulière sur un continent où la «rasd» avait historiquement bénéficié de nombreux soutiens. Elle conserve certes un noyau de pays qui continuent de la reconnaître, notamment l’Afrique du Sud, la Namibie, l’Angola, le Mozambique, le Zimbabwe, la Tanzanie, le Botswana et le Lesotho, auxquels s’ajoutent notamment le Nigeria, l’Éthiopie, l’Ouganda et le Rwanda. Mais là encore, le mouvement observé ces dernières années joue en faveur du Maroc : plusieurs pays autrefois comptabilisés parmi les soutiens de la «rasd» ont depuis revu leur position.
L’Amérique latine, autre terrain de progression
Aujourd’hui, le basculement colombien montre que cette évolution ne se limite plus à l’Afrique. L’Amérique latine, où le polisario avait historiquement trouvé plusieurs soutiens, connaît elle aussi des changements importants. Le Paraguay figure parmi les pays reconnaissant la marocanité du Sahara, tandis que le Chili, la Bolivie, l’Équateur, le Costa Rica et le Panama sont classés parmi les soutiens au plan d’autonomie.
La Colombie vient désormais renforcer cette présence marocaine dans la région. Certains pays latino-américains continuent toutefois de reconnaître la «rasd», notamment le Mexique, le Venezuela, le Nicaragua, Cuba et l’Uruguay. Mais leur nombre s’est progressivement réduit à mesure que Rabat a renforcé son action diplomatique dans la région. La décision de Bogota constitue à ce titre une prise importante pour le Royaume : elle intervient dans un pays qui avait encore fait, en 2022, le choix de renouer avec la «rasd». Quatre ans auront, en effet, suffi pour inverser cette décision.
Une stratégie diplomatique qui porte ses fruits
Au fil des années, la diplomatie marocaine a ainsi réussi à agir sur plusieurs fronts à la fois. D’un côté, elle a réduit le nombre de pays reconnaissant la «rasd». De l’autre, elle a élargi le cercle des États reconnaissant la marocanité du Sahara et installé progressivement le plan d’autonomie comme une solution soutenue par un nombre croissant de partenaires. Par ailleurs, la multiplication des consulats étrangers à Laâyoune et Dakhla est venue donner une traduction concrète à cette évolution. Plusieurs pays africains, arabes et caribéens ont choisi d’y établir des représentations consulaires, renforçant encore la dynamique autour de la position marocaine.
Le dossier colombien en apporte une nouvelle illustration. Le gouvernement de Bogota ne s’est pas contenté de geler ses relations avec la «rasd» : il a choisi de reconnaître la souveraineté du Maroc sur son Sahara et affiche désormais sa volonté de faire du Royaume un partenaire stratégique en Afrique. Avec ce nouveau basculement, le cercle des reconnaissances de la «rasd» se réduit encore, tandis que celui des soutiens à la position marocaine continue de s’élargir.
Sous la barre symbolique des trente reconnaissances pour la première fois depuis septembre 1979, le polisario voit ainsi se réduire un peu plus son espace diplomatique. Pour Rabat, en revanche, la séquence colombienne confirme une tendance désormais bien installée : la stratégie diplomatique patiemment construite autour du Sahara marocain porte ses fruits, et la dynamique internationale continue de pencher en faveur du Royaume.