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Secteur agricole : le dialogue social entre dans l'ère institutionnelle

Un mois. C'est le délai qui a suffi pour que l'appel des syndicats du secteur agricole à la reprise du dialogue sectoriel trouve une réponse concrète. Le 17 février 2026, Ahmed El Bouari, ministre de l'Agriculture, de la pêche maritime, du développement rural et des eaux et forêts, recevait à Rabat les représentants de deux centrales syndicales : la Fédération marocaine d'agriculture (FMA), affiliée à l'UNTM, et la Fédération nationale du secteur agricole (FNSA), affiliée à l'UMT. Au-delà des acquis engrangés lors de cette réunion, c'est la nature même du dialogue qui bascule : il devient institutionnel, régulier et bientôt encadré par une charte sociale.

20 Février 2026 À 16:09

Il y a un mois exactement, les syndicats du secteur agricole interpellaient le département de tutelle. Dans un appel public, ils réclamaient la reprise d'un dialogue sectoriel à l'arrêt, rappelant que la dernière rencontre avec le ministre remontait à près d'un an. L'appel n'est pas resté sans suite. Le mardi 17 février 2026, Ahmed El Bouari ouvrait les portes de son ministère à Rabat pour une session de dialogue social sectoriel qui marque, à plus d'un titre, un tournant dans les relations entre l'administration agricole et ses partenaires sociaux. Le ministre était entouré de plusieurs directeurs centraux et directeurs généraux des établissements publics relevant du ministère.

Un agenda fixe, une charte en gestation

C'est sans doute l'annonce la plus structurante de cette journée : le ministre s'est engagé à inscrire le dialogue social dans un calendrier fixe, avec deux sessions annuelles garanties. Une rupture nette avec la pratique passée, où les réunions intervenaient au gré des tensions et des pressions syndicales. La Fédération marocaine d'agriculture s'en félicite dans son communiqué daté du 19 février : elle avait expressément réclamé «un programme temporel stable et régulier pour les sessions de dialogue sectoriel, sur la base de la tenue d'au moins deux rencontres par an, afin de garantir la continuité de la concertation et le suivi institutionnel et organisé des résultats». Demande entendue.

Mais l'engagement ne s'arrête pas là. Les deux parties ont ouvert le chantier d'une charte sociale inédite, destinée à encadrer les relations entre l'administration et les partenaires syndicaux, à définir les principes et les règles de référence qui organisent la concertation et la négociation. «La proposition a reçu un accueil favorable», précise le communiqué de la FMA, indiquant qu'un projet préliminaire préparé par l'administration «sera soumis aux syndicats pour étude et avis, en vue de son adoption sous une forme consensuelle». Une formule qui dit beaucoup sur la méthode choisie : concertation d'abord, signature ensuite.

Des acquis concrets pour des milliers d'agents

Au-delà de la mécanique institutionnelle, cette session a produit des engagements tangibles, touchant directement le quotidien de milliers de fonctionnaires et agents du secteur. Premier acquis, et non des moindres : la satisfaction de la demande relative à la cérémonie de départ en retraite. «La demande de rendre hommage aux agents partant à la retraite a été satisfaite», note le communiqué de la FMA, «en reconnaissance de leur dévouement et de leurs services précieux au secteur». Mesure symbolique, certes, mais qui témoigne d'un changement de regard sur le capital humain du ministère.

Plus concrets encore sont les acquis obtenus pour les agents des laboratoires de l'EACCE, l'Établissement autonome de contrôle et de coordination des exportations. Le ministère a répondu favorablement à la demande d'octroyer des indemnités forfaitaires de déplacement et une prime de risque à ces personnels. De même, la possibilité de compenser les années d'emploi en tant que vacataires par l'achat de points CIMR a été mise sur la table pour examen – une revendication ancienne pour des centaines d'agents. Dans un registre similaire, le ministère a approuvé l'attribution d'un terrain adjacent au siège de l'EACCE pour la création d'un club social au profit du personnel.

Le sort des chauffeurs chargés d'accompagner les responsables lors des déplacements officiels hors de leur ville d'affectation a également été réglé sans délai : M. El Bouari a donné des instructions expresses pour qu'ils bénéficient des prestations d'hébergement et de restauration dans les mêmes conditions que leurs collègues cadres. «Le ministre a donné ses instructions pour répondre à cette demande», confirme la FMA dans son communiqué.

Les ORMVA, l'ONSSA et les instituts au cœur des négociations

Le dialogue du 17 février a également permis de mettre en lumière les dossiers qui concentrent les attentes les plus vives du personnel. Les Offices régionaux de mise en valeur agricole (ORMVA) figuraient en bonne place dans les revendications des deux centrales. La Fédération marocaine d'agriculture a notamment réclamé la révision des critères de notation pour la prime annuelle, avec l'adoption d'applications numériques permettant aux agents de consulter leurs notes et leurs dossiers administratifs. Une demande dans l'air du temps, qui traduit l'aspiration des personnels à davantage de transparence dans les procédures d'évaluation. Le syndicat a également plaidé pour l'unification des indemnités de déplacement entre les différents offices régionaux, pointant implicitement une disparité de traitement que le cloisonnement institutionnel des ORMVA a historiquement entretenue. Il a par ailleurs demandé que les examens professionnels et les promotions soient confiés à des commissions neutres, et que les années d'expérience deviennent un critère central dans les décisions de carrière.

Côté FNSA, affiliée à l'UMT, les revendications portaient en priorité sur les statuts du personnel de plusieurs établissements publics relevant du ministère : l'Office national de sécurité sanitaire des produits alimentaires (ONSSA), l'Agence de développement agricole, l'Institut Hassan II d'agronomie et de vétérinaire, l'École nationale d'agriculture, l'Office national du conseil agricole (ONCA) et l'Institut national de la recherche agronomique (INRA). Ces textes, dont les contenus avaient déjà été négociés et validés avec la centrale syndicale, attendent toujours leur finalisation. Le ministre a renouvelé son engagement à intervenir auprès du ministre délégué chargé du Budget pour «accélérer leur mise en œuvre avec les contenus convenus avec la Fédération nationale du secteur agricole». Il a par ailleurs confirmé son intervention pour débloquer les accords à effet financier au bénéfice des agents de l'Agence nationale des eaux et forêts, et pour convoquer dans les meilleurs délais le conseil d'administration de l'Agence en vue d'entériner les amendements négociés de son statut du personnel.

Les instituts et écoles de formation agricole ont également occupé une place importante dans les échanges. Les deux centrales ont appelé à créer de nouvelles spécialisations répondant aux évolutions du secteur, notamment dans les domaines des énergies renouvelables et de l'agriculture biologique, à former les nouveaux formateurs avant leur prise de fonction et à leur accorder des indemnités de déplacement lors de l'encadrement des étudiants. La demande d'instaurer des indemnités de responsabilité pour les directeurs des études et les surveillants généraux a également été déposée sur la table, et le ministre a indiqué qu'elle serait examinée.

La parole est donnée, le compte à rebours commence

Les deux syndicats, dans leurs communiqués respectifs, ont tenu à rappeler que la valeur d'une réunion se mesure à ses suites. La Fédération marocaine d'agriculture est explicite à ce sujet : «Le dialogue social n'est pas une étape conjoncturelle, mais un processus institutionnel permanent qui exige le suivi, l'évaluation et la mise en œuvre effective de ce qui a été convenu. Les acquis réels ne se mesurent pas uniquement aux bonnes intentions, mais à leur traduction en décisions et mesures concrètes qui se répercutent positivement sur les conditions professionnelles et sociales des agents du secteur.» La FNSA, pour sa part, soumet les résultats de cette session à son bureau fédéral pour «évaluation et prise de position finale». Une procédure qui dit clairement que la mobilisation syndicale reste en veille et que le bilan définitif se fera sur pièces.
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