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La mosquée Mohammed VI à N’Djamena matérialise la solidarité africaine (Ministre tchadien)

En exécution des Hautes Instructions de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, Amir Al-Mouminine, la mosquée Mohammed VI a été inaugurée le vendredi 6 mars dernier à N’Djamena. Cet édifice, qui constitue une réalisation majeure pour la capitale tchadienne et ses habitants, est bien plus qu’un lieu de culte pouvant accueillir environ 3.000 fidèles, il s’agit d’un symbole fort des liens spirituels unissant le Maroc et ce pays du Sahel. Ce complexe religieux et culturel qui se veut un espace de formation, de dialogue et de rassemblement est l’incarnation de l’engagement de S.M le Roi pour la coopération Sud-Sud et pour la diffusion des valeurs de paix et de tolérance en Afrique, à travers l’animation de l’action intellectuelle, scientifique et culturelle en rapport avec la religion musulmane, de consolider les relations historiques qui lient le Maroc aux autres États africains et de veiller à leur développement. Fruit de la coopération entre le Royaume du Maroc et la République du Tchad, et supervisé par la Fondation Mohammed VI des oulémas africains, ce projet illustre la volonté de promouvoir les valeurs du juste milieu, de modération et de vivre-ensemble. Dans un entretien accordé au «Matin», le ministre délégué auprès du ministre de l’Administration du territoire, chargé de la Décentralisation, Ahmat Oumar Ahmat, qui a représenté le Président de la République du Tchad lors de la cérémonie inaugurale, revient sur la portée de cette réalisation pour la communauté locale et sur son rôle dans le renforcement des relations entre Rabat et N’Djamena, notamment dans le domaine religieux et en matière de lutte contre l’extrémisme.

Le Matin : L’ouverture de la mosquée Mohammed VI à N’Djamena marque un moment important pour les fidèles et pour la capitale tchadienne. Que représente concrètement cette réalisation pour la communauté locale ?

La mosquée Mohammed VI à N’Djamena matérialise la solidarité africaine (Ministre tchadien)



Ahmat Oumar Ahmat :
L’inauguration de la grande mosquée Mohammed VI à N’Djamena est bien plus qu’une simple ouverture de bâtiment ; c’est un événement multidimensionnel qui résonne profondément au sein de la communauté tchadienne. Pour la communauté locale, la mosquée offre un espace de prière d’une capacité impressionnante, pouvant accueillir plusieurs milliers de fidèles. Au-delà de cette fonction religieuse, elle devient également un repère architectural majeur dans le paysage urbain de N’Djamena, alliant l’esthétique marocaine traditionnelle et la modernité. Cette réalisation est aussi le fruit d’une amitié historique entre le Tchad et le Maroc. Pour les habitants, elle matérialise la solidarité entre pays africains et témoigne de la volonté commune de promouvoir un islam de paix et de tolérance, basé sur le rite malikite que partagent les deux nations. Par ailleurs, cette mosquée n’est pas seulement un lieu de culte ; c’est aussi un complexe qui inclut des espaces d’enseignement et de conférences. Pour la communauté locale, cela signifie un meilleur accès à la formation religieuse, un lieu de rencontre et de dialogue pour les oulémas et un cadre pour la promotion des valeurs de modération et de juste milieu. En résumé, l’ouverture de cette mosquée symbolise la fraternité entre les peuples et offre à la communauté un cadre d’exception pour vivre sa foi tout en consolidant les liens sociaux au cœur de la capitale.



Justement comment une infrastructure religieuse de cette envergure peut-elle jouer un rôle dans la promotion d’un islam de tolérance, de modération et de vivre-ensemble ?
Une infrastructure religieuse d’envergure, qu’il s’agisse d’une grande mosquée, d’un centre culturel ou d’un complexe, dépasse largement sa fonction première de lieu de culte. Elle devient un outil diplomatique, social et éducatif. Ce complexe peut donc constituer un pôle d’excellence académique face à l’obscurantisme, la radicalisation et l’intolérance, qui se nourrissent souvent d’une méconnaissance des textes ou d’interprétations isolées. Dans cette perspective, cette infrastructure permet notamment de former les imams et les guides religieux au sein d’un cadre institutionnel contrôlé. On s’assure ainsi que le discours diffusé prône la paix et le respect des lois civiles. Par ailleurs, ces centres peuvent également devenir des lieux de réflexion théologique où l’on adapte les pratiques religieuses aux réalités du XXIᵉ siècle. De plus, ils offrent un espace de vivre-ensemble à travers le dialogue interreligieux. En effet, en ouvrant leurs portes aux non-musulmans pour des visites, des conférences ou des débats, ces édifices contribuent à désacraliser la peur de l’autre et à favoriser la cohésion sociale. Enfin, ils montrent que l’islam n’est pas seulement un dogme, mais aussi une civilisation riche en arts, en sciences et en architecture, ce qui facilite l’intégration culturelle. En définitive, une infrastructure de ce type agit comme une ancre : elle stabilise la pratique religieuse en lui donnant un cadre prestigieux et structuré, tout en servant de pont entre la tradition spirituelle et les exigences d’une société moderne et pluraliste.


Au-delà de sa dimension religieuse, dans quelle mesure cette initiative peut-elle contribuer à renforcer davantage la coopération et les relations entre le Tchad et le Maroc ?
Cette initiative dépasse effectivement le cadre spirituel pour devenir un véritable levier de soft power et de diplomatie structurante. Le Maroc et le Tchad partagent, en effet, un objectif commun : la lutte contre l’extrémisme. Ainsi, en promouvant un islam du juste milieu, cette coopération religieuse sert de rempart idéologique. Parallèlement, en formant les cadres religieux tchadiens, les deux pays harmonisent leur vision de la paix sociale. Pour le Tchad, pivot sécuritaire au Sahel, le soutien du Maroc renforce sa résilience interne face aux discours radicaux. De surcroît, la confiance bâtie sur le plan religieux facilite également les échanges économiques. Le Maroc est l’un des plus grands investisseurs africains, et le Tchad représente un marché stratégique. Dans ce contexte, les investissements directs et cette proximité favorisent l’implantation d’entreprises marocaines au Tchad dans divers secteurs. Ainsi, cette initiative cimente une convergence de vues sur la scène internationale, notamment au sein de l’Union africaine.


Ce projet a été supervisé par la Fondation Mohammed VI des oulémas africains. Comment percevez-vous la contribution de cette institution au renforcement des liens spirituels et culturels entre les pays africains ?
La contribution de la Fondation Mohammed VI des oulémas africains est largement perçue comme un levier stratégique et spirituel majeur pour l’intégration continentale. Depuis sa création, la Fondation ne se contente pas d’une diplomatie religieuse classique ; elle tisse une véritable toile de fond commune basée sur le partage et la préservation. Le socle de cette institution repose d’ailleurs sur la promotion d’un islam du juste milieu. En partageant les constantes religieuses communes, notamment le rite malikite et la doctrine ach’arite, la Fondation crée un langage spirituel commun. Cela permet de réduire les divergences doctrinales qui peuvent parfois diviser les nations et de renforcer une identité religieuse africaine cohérente face aux courants extrémistes. Mais au-delà de la foi, il y a également la culture puisque la Fondation joue un rôle de conservateur pour l’histoire islamique africaine, à travers par exemple la réhabilitation de manuscrits anciens ou l’organisation de concours de mémorisation du Coran. On peut donc voir la Fondation comme un pont qui utilise le soft power spirituel pour transformer les frontières géographiques en espaces de coopération. Elle redonne à l’Afrique sa place de grand pôle de savoir islamique, tout en consolidant l’influence du Maroc comme point d’ancrage entre le Maghreb et l’Afrique subsaharienne.


Le Maroc s’efforce depuis des années de promouvoir un islam du juste milieu, authentique et modéré en Afrique, un continent qui connaît une montée inquiétante des mouvements extrémistes. Comment les autorités tchadiennes perçoivent-elles cet engagement ?
Le Maroc a effectivement consolidé sa position de leader spirituel et de rempart contre l’extrémisme en Afrique, en s’appuyant sur une diplomatie religieuse multidimensionnelle. Le modèle marocain ne se limite pas au discours ; il s’appuie sur des institutions concrètes pour diffuser un islam du juste milieu, réputé pour sa flexibilité et sa tolérance. L’Institut Mohammed VI de formation des oulémas africains accueille des centaines d’étudiants venus d’Afrique et d’ailleurs. L’objectif est de former des cadres religieux capables de déconstruire les discours radicaux. Par ailleurs, la Fondation constitue une plateforme d’échange qui réunit des savants musulmans afin d’harmoniser les fatwas et de promouvoir la paix. Ainsi, le Maroc a réussi à faire de son identité religieuse un modèle stable, perçu par la communauté internationale comme une contribution majeure à la lutte contre le terrorisme intellectuel.


Comment le Maroc et le Tchad peuvent-ils conforter davantage leur coopération dans le domaine religieux et en matière de lutte contre le radicalisme qui gagne du terrain dans le Sahel ?
La coopération entre le Tchad et le Maroc dans le domaine religieux repose sur un socle historique et doctrinal commun : l’islam du juste milieu, fondé sur le rite malikite et la doctrine ach’arite. Face à la montée de l’extrémisme dans la bande sahélo-saharienne, les deux pays peuvent intensifier leur partenariat stratégique à travers plusieurs leviers opérationnels. Le Maroc dispose d’une expertise reconnue, notamment à travers l’Institut Mohammed VI, dont le Tchad peut bénéficier davantage. Le radicalisme gagne également du terrain via les réseaux sociaux. La coopération doit donc s’étendre au champ digital, notamment par la création de contenus audiovisuels (podcasts, vidéos courtes) mettant en avant des théologiens tchadiens et marocains afin d’occuper l’espace médiatique. Il s’agit également d’échanger des données sur les nouvelles tendances de la radicalisation en ligne afin de mieux anticiper les foyers de tension. Enfin, la lutte contre le radicalisme ne peut être uniquement théologique. Le Maroc et le Tchad peuvent aussi lier leur coopération religieuse à des projets de développement local.
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