Hiba Chaker
09 Septembre 2026
À 17:55
Le
virus détecté chez des sardines mortes en Afrique du Sud peut-il menacer les bancs qui longent les côtes marocaines ? Après les inquiétudes suscitées par les récents épisodes de mortalité observés en Afrique australe, le secrétariat d’État chargé de la Pêche maritime et l’Institut national de recherche halieutique apportent une réponse rassurante : aucun élément scientifique disponible ne permet, à ce stade, d’établir un risque pour la sardine pêchée au Maroc, ni pour le consommateur.
Premier élément mis en avant : les poissons concernés ne sont pas de la même espèce. Les mortalités rapportées en Afrique du Sud concernent
Sardinops sagax, le pilchard sud-africain, qui évolue notamment dans le système du Benguela. La
sardine exploitée au Maroc est
Sardina pilchardus, ou sardine européenne, présente dans l’écosystème du courant des Canaries et en Méditerranée. «Sur le plan taxonomique et écologique, la présence d’un virus chez l’espèce sud-africaine ne permet pas de conclure à sa présence chez la sardine européenne», soulignent les deux institutions. Elles précisent surtout qu’«à ce jour, le
PHV n’a jamais été détecté chez Sardina pilchardus».
Cette réponse intervient après un premier article du journal «Le Matin» consacré aux mortalités signalées en Afrique du Sud. Nous y avions relayé les interrogations suscitées par la détection de matériel génétique du
Pilchard herpesvirus chez
Sardinops sagax, ainsi que les appels à la vigilance formulés au Maroc, tout en relevant qu’aucun cas n’avait alors été signalé dans les eaux nationales.
Aucun risque pour la santé humaine
Sur le plan sanitaire, les
autorités marocaines se veulent également formelles. Le
PHV est présenté comme «un virus strictement spécifique aux poissons». Il ne s’agit pas d’un agent zoonotique et, «en l’état actuel des connaissances scientifiques, ce virus ne présente aucun danger pour la santé humaine ni pour la consommation des produits de la mer».
Le secrétariat d’État et l’INRH insistent par ailleurs sur un autre point : la seule présence du virus ne suffit pas nécessairement à expliquer une
mortalité massive. L’expression clinique de la maladie dépendrait de plusieurs facteurs de stress environnementaux, parmi lesquels des variations brusques de température,
l’hypoxie côtière, une forte densité des bancs de poissons, une dégradation du milieu ou encore certaines
efflorescences algales. Autrement dit, la
détection de matériel viral ne constitue, à elle seule, ni la preuve d’une maladie clinique ni la démonstration automatique d’un lien de causalité avec une mortalité.
Une surveillance maintenue sur le littoral marocain
Même en l’absence de signal d’alerte au Maroc, les autorités affirment maintenir un
dispositif permanent de surveillance et de biosécurité. Celui-ci repose notamment sur la veille scientifique internationale, l’échange d’informations avec les partenaires étrangers et l’évaluation des risques avant toute introduction ou tout transfert d’animaux aquatiques. La surveillance zoosanitaire est également conduite, selon le secrétariat d’État et l’INRH, conformément aux standards de l’Organisation mondiale de la santé animale. Le
Pilchard herpesvirus ne figure toutefois pas parmi les agents soumis à déclaration obligatoire auprès de
l’OMSA. Sur le terrain, tout épisode inhabituel de mortalité, toute lésion ou anomalie comportementale peut déclencher une investigation comprenant des prélèvements et des analyses ciblées. À ce stade, l’épisode sud-africain n’est donc pas considéré comme une menace sanitaire pour la filière marocaine. Mais les autorités maintiennent leur vigilance face aux agents pathogènes émergents et aux changements environnementaux susceptibles de fragiliser les
écosystèmes marins.