LE MATIN
02 Août 2026
À 12:03
Un
incendie de grande ampleur a ravagé, mercredi soir, une partie de l'
oasis du Drâa, dans la commune d'Agdz, relevant de la province de Zagora. Le feu, qui s'est propagé au niveau des
douars Tarmasat et Aslim, a causé d'importants dégâts environnementaux et matériels, détruisant plus de 1.500 palmiers répartis sur une superficie d'environ huit hectares. Les flammes se sont également approchées des habitations, provoquant un mouvement de panique parmi les riverains.
Avec 310 incendies de forêt recensés entre le 1er janvier et le 20 juillet 2026, soit 32% de plus que la moyenne de la dernière décennie, le Maroc connaît une multiplication des départs de feu. Parallèlement, les superficies parcourues par les flammes ont reculé de près de 30%, à 1.850 hectares, reflet d’une capacité de détection et d’intervention renforcée. Cette amélioration ne suffit toutefois pas à dissiper une menace que la chaleur, la sécheresse et le dessèchement de la végétation rendent plus fréquente et plus difficile à maîtriser. Quelles sont donc les transformations qui redessinent la géographie du risque incendie au Maroc ? Dans une interview accordée au journal «Le Matin», Dalila Loudyi, professeur à l’Université Hassan II Casablanca et spécialiste du changement climatique et de la gestion des catastrophes naturelles, apporte un éclairage édifiant sur ce phénomène, son évolution inexorable, le degré d’exposition du Maroc et les leviers à actionner pour limiter les dégâts.
Les opérations d'extinction ont mobilisé les éléments de la
Protection civile, les
autorités locales, les
Forces auxiliaires, la
Gendarmerie royale ainsi que des dizaines de bénévoles de la région. Après plusieurs heures d'intervention, les équipes ont réussi à maîtriser l'incendie et à empêcher sa propagation. Les sapeurs-pompiers sont toutefois restés mobilisés sur place durant trois jours afin de prévenir toute reprise des flammes sous l'effet des vents violents.
Selon des sources locales, l'accès difficile aux parcelles sinistrées, en raison de l'absence de pistes praticables, a fortement compliqué l'intervention des camions et des moyens de lutte contre le feu. Les opérations d'extinction ont duré plus de sept heures, les équipes passant toute la nuit à combattre les flammes.
L'incendie a atteint les abords des habitations du douar Tarmasat, suscitant une vive inquiétude, notamment parmi les femmes et les enfants. Une maison a été endommagée et plusieurs têtes de bétail ont péri. Par mesure de précaution, certaines familles ont été évacuées, tandis que les autorités ont procédé à une coupure de l'alimentation électrique afin de limiter les risques et d'éviter toute perte humaine.
Pour Jamal Aqchbab, président de l'Association des Amis de l'Environnement de Zagora, interrogé par Assahra Al Maghribia, la multiplication de ces incendies traduit la fragilité croissante de l'oasis du Drâa. Il attribue cette situation à plusieurs facteurs, notamment les années successives de sécheresse, l'accumulation des déchets végétaux issus des palmiers desséchés et l'absence d'opérations régulières de nettoyage, autant d'éléments qui favorisent la propagation des flammes.
L'acteur associatif plaide pour la mise en œuvre des recommandations de la commission provinciale de lutte contre les incendies. Celles-ci portent notamment sur l'ouverture de pistes à l'intérieur des oasis pour faciliter l'accès des secours, la création de points d'eau dédiés à la lutte contre les incendies, la mise en place d'un système de surveillance et d'alerte précoce, ainsi que la valorisation des déchets végétaux afin d'éviter qu'ils ne deviennent un combustible.
Jamal Aqchbab dresse également un constat préoccupant sur l'état des oasis du Drâa. Selon lui, leur patrimoine phoenicicole est passé d'environ cinq millions de palmiers dans les années 1930 à moins d'un million aujourd'hui, un recul qui témoigne de la dégradation continue de cet écosystème.
De son côté, Youssef Afaddas, président de la section provinciale de l'Organisation démocratique des petits agriculteurs à Zagora, appelle à renforcer la gouvernance des programmes de nettoyage des oasis. Il préconise également l'aménagement de pistes d'accès pour les véhicules de la Protection civile, la création de réserves d'eau stratégiques destinées à l'extinction des incendies et l'adoption d'une approche préventive pour préserver les oasis du Drâa, qu'il considère comme un patrimoine environnemental, économique et culturel national de plus en plus exposé aux effets du changement climatique et à la recrudescence des incendies.