Société

Ce que dit la photo d’Ismaël Saïbari du lien entre le Marocain et sa mère

La photo a fait le tour des réseaux la semaine dernière, tellement elle était touchante et chargée de symboles. Elle montrait Ismaël Saïbari célébrant la victoire des Lions de l’Atlas contre les Pays-Bas dans les bras de sa mère, celle-ci en larmes et visiblement inquiète en raison de sa blessure à l’arcade sourcilière, lui faisait une accolade affectueuse et pleine d’amour. Au-delà de l’émotion qu’elle suscite, cette image constitue assurément l’une des illustrations les plus éloquentes de la culture marocaine.

06 Juillet 2026 À 12:12

La semaine dernière, en pleine Coupe du monde de la FIFA 2026, à l’issue de la rencontre opposant le Maroc aux Pays-Bas, une image n’est pas passée inaperçue. Largement relayée sur les réseaux sociaux, elle montre le Lion de l’Atlas Ismaël Saïbari célébrant la victoire dans les bras de sa mère, en larmes et manifestement bouleversée par la blessure qu’il venait de subir à l’arcade sourcilière. D’une rare intensité émotionnelle, cette scène est rapidement devenue virale, tant elle concentrait une forte charge symbolique et traduisait la relation singulière qui unit le Marocain à sa mère.



Cette séquence n’était pas sans rappeler les images qui avaient marqué la Coupe du monde 2022 au Qatar, lorsque plusieurs Lions de l’Atlas avaient célébré leurs exploits en partageant des instants de joie et de complicité avec leur mère. Des scènes qui, déjà, avaient profondément ému bien au-delà des frontières du Royaume. Beaucoup y ont vu une expression tendre et sublime de la reconnaissance envers celle qui a bercé, élevé, accompagné et souvent tout sacrifié pour offrir à son enfant les meilleures chances de réussir. Au-delà des commentaires et de l’admiration qu’elle a suscitée, cette image constitue surtout l’illustration de l’une des dimensions les plus emblématiques de la culture marocaine : une culture qui voue à la mère une profonde vénération, nourrie de respect, d’amour, de gratitude et de fidélité.

«Au Maroc, cette image résonne particulièrement, car elle fait écho à une réalité profondément ancrée dans notre culture : derrière la réussite d’un enfant, il y a souvent une mère qui a soutenu, encouragé, attendu, prié et parfois souffert en silence. Ce geste n’est pas seulement un élan d’affection ; il est aussi une marque de reconnaissance envers celle qui a contribué à construire la personne avant le champion», explique Mohammed Houbib, psychologue social. Car, ajoute cet expert, «un parent ne prépare pas seulement son enfant à réussir un examen, une compétition ou une carrière. Il le prépare à devenir un adulte capable de croire en lui, de respecter les autres et de traverser les épreuves avec équilibre. C’est probablement la plus belle des réussites».

Ce cliché en dit long sur l’attachement indéfectible que les Marocains portent à leur mère, indépendamment de leur lieu de naissance ou du contexte culturel dans lequel ils ont grandi. L’image d’Ismaël Saïbari dépasse ainsi la seule célébration d’un exploit sportif. Elle incarne un hommage sincère rendu à celle à qui l’on doit tant, rappelant que, derrière chaque réussite, se cache souvent le dévouement silencieux d’une mère. C’est sans doute cette portée universelle, mêlée à une sensibilité profondément marocaine, qui explique le puissant élan d’émotion et les nombreuses réactions élogieuses suscitées par cette scène.

Pour jeter plus de lumière sur cette séquence et décrypter ses messages sous-jacents, le journal «Le Matin» s’est entretenu avec Mohammed Houbib, psychologue social, qui revient sur les fondements de ce lien essentiel, les défis auxquels il est aujourd’hui confronté et les clés pour préserver un dialogue de qualité entre parents et enfants.

Entretien avec Mohammed Houbib, psychologue social : «Derrière la réussite d’un enfant, il y a souvent une mère qui a soutenu, encouragé, attendu, prié et parfois souffert en silence»

Le Matin : Pourquoi cette image d’un joueur célébrant sa victoire dans les bras de sa mère touche-t-elle autant le public, bien au-delà du monde du football ?



Mohammed Houbib :
Cette image touche parce qu’elle dépasse largement le cadre du sport. Le public ne voit pas seulement un champion célébrer une victoire, mais un fils qui revient spontanément vers celle qui l’a accompagné tout au long de son parcours. Elle rappelle que derrière chaque réussite se cachent souvent des années de sacrifices, d’encouragements et de soutien discret. Cette scène réveille également quelque chose d’universel : le besoin d’attachement, de reconnaissance et de gratitude envers les parents. Dans une époque où la réussite est souvent présentée comme un accomplissement individuel, cette photo rappelle qu’elle est aussi le fruit d’une histoire familiale. Au Maroc, cette image résonne particulièrement, car elle fait écho à une réalité profondément ancrée dans notre culture : derrière la réussite d’un enfant, il y a souvent une mère qui a soutenu, encouragé, attendu, prié et parfois souffert en silence. Ce geste n’est pas seulement un élan d’affection ; il est aussi une marque de reconnaissance envers celle qui a contribué à construire la personne avant le champion.

Justement, que révèle cette photo sur le rôle que joue la mère dans la construction de la personnalité, de la confiance en soi et de l’équilibre émotionnel de son enfant, notamment chez les sportifs de haut niveau ?

La mère joue souvent un rôle essentiel dans la construction de la sécurité affective de l’enfant. Cette sécurité constitue un véritable socle psychologique : elle lui permet de développer la confiance en lui, d’oser prendre des initiatives et de croire en ses capacités. Chez les sportifs, cet équilibre est particulièrement précieux. Le sport de haut niveau expose très tôt à la compétition, aux critiques, aux blessures et parfois à des échecs médiatisés. Lorsqu’un enfant grandit dans un environnement où il se sent aimé indépendamment de ses performances, il apprend que sa valeur ne dépend pas uniquement de ses résultats. D’ailleurs, l’un des plus beaux messages qu’un parent puisse transmettre est celui-ci : «Tu peux perdre un match, mais tu ne perdras jamais ta valeur en tant que personne». Cette distinction aide le jeune sportif à développer une confiance plus solide et plus durable.

Cette image renvoie donc à une relation mère-enfant très forte. Ce lien est-il toujours aussi solide aujourd’hui ?

Le lien mère-enfant demeure fondamental, mais il s’exprime aujourd’hui dans un contexte très différent. Les mères jonglent souvent entre leur vie professionnelle, leurs responsabilités familiales et un rythme quotidien de plus en plus soutenu. À cela s’ajoute la place grandissante du numérique dans la vie familiale. L’attachement n’a pas disparu, mais il est parfois mis à l’épreuve par le manque de temps, la fatigue ou les sollicitations permanentes. Autrefois, la relation se construisait naturellement autour des repas, des moments partagés ou des discussions du quotidien. Aujourd’hui, elle nécessite davantage d’intention : prendre le temps d’écouter, d’échanger et d’être pleinement disponible émotionnellement. Ce n’est donc pas la qualité du lien qui a diminué, mais les conditions dans lesquelles il se construit qui ont profondément changé.

Dans de nombreuses familles, les parents disent avoir du mal à communiquer avec leurs enfants, notamment à l’adolescence. Comment instaurer un dialogue plus ouvert et plus serein ?

On observe effectivement, dans de nombreuses familles, une diminution des échanges profonds. Il ne s’agit pas d’un manque d’amour, mais souvent d’un manque de disponibilité. Les journées sont plus chargées, les écrans occupent une place importante et chacun évolue parfois dans son propre univers. Aujourd’hui, on communique beaucoup, mais on s’écoute parfois moins. Lorsque le dialogue devient superficiel, l’enfant ou l’adolescent peut chercher ailleurs des réponses à ses questionnements, notamment sur les réseaux sociaux ou auprès de ses pairs, qui ne constituent pas toujours des repères fiables. Sur le plan psychologique, cette situation peut favoriser le sentiment de solitude, fragiliser l’estime de soi et rendre plus difficile l’expression des émotions. Personnellement, je pense que le dialogue ne se décrète pas ; il se construit dans le quotidien. Les adolescents parlent davantage lorsqu’ils sentent qu’ils seront écoutés sans être immédiatement jugés ou interrompus. De ce fait, les parents peuvent favoriser ces échanges en créant des moments simples, sans téléphone ni distraction, où chacun peut s’exprimer librement. Il est de même important de s’intéresser sincèrement à leur univers, à leurs émotions et à leurs préoccupations, plutôt que de limiter les conversations aux résultats scolaires ou aux règles de la maison. La qualité de la relation dépend moins de la quantité de temps passé ensemble que de la qualité de la présence. Quelques minutes d’écoute authentique valent parfois beaucoup plus qu’une longue soirée passée chacun devant un écran.

Comment encourager un enfant à donner le meilleur de lui-même sans lui imposer une pression excessive ni faire peser sur lui les attentes de ses parents ?

Tout l’enjeu est de distinguer l’encouragement de l’exigence excessive. Encourager, c’est reconnaître les efforts, la discipline, la progression et l’engagement, sans réduire l’enfant à ses résultats. Les parents ont naturellement un rôle éducatif : transmettre le sens du travail, du respect et de la persévérance. En revanche, ils doivent veiller à ne pas projeter sur leur enfant leurs propres rêves ou leurs frustrations. Après une compétition par exemple, la première question ne devrait pas être «As-tu gagné ?», mais plutôt «Comment t’es-tu senti ? Qu’as-tu appris de cette expérience ?» Ce changement de regard permet à l’enfant de comprendre que sa valeur ne dépend pas uniquement de ses performances. Sincèrement, et après plusieurs années d’expérience, je suis convaincu que le plus beau cadeau qu’un parent puisse offrir à son enfant est sans doute un sentiment de sécurité intérieure. Il s’agit là de permettre à son enfant de grandir en sachant qu’il est aimé, respecté et accepté même dans l’échec. Cela constitue une force qui va l’accompagner durant toute sa vie. C’est aussi une sécurité affective qui va lui permettre de développer les Soft Skills comme la confiance en soi, l’autonomie et la capacité à créer des relations saines et à faire face aux difficultés sans s’effondrer. Au fond, un parent ne prépare pas seulement son enfant à réussir un examen, une compétition ou une carrière. Il le prépare à devenir un adulte capable de croire en lui, de respecter les autres et de traverser les épreuves avec équilibre. C’est probablement la plus belle des réussites.
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