Hajjar El Haïti
18 Octobre 2026
À 10:00
Les cheveux qui tombent davantage, la brosse qui se remplit plus vite, une chevelure qui semble perdre de son volume... En automne, ces signes sont souvent associés au changement de saison, au point que la chute capillaire est parfois considérée comme un phénomène presque inévitable. Face à cette perte accrue, certains multiplient les soins antichute, sans toujours en connaître l’origine. Pourtant, avant de chercher à freiner le phénomène, il est essentiel d’en comprendre les mécanismes. «La chute de cheveux saisonnière existe réellement», confirme la Dre Latifa Benkirane, médecin spécialisée en médecine générale, régénérative, anti-âge et esthétique. Pour comprendre ce phénomène, il faut d’abord revenir au cycle de vie du cheveu, un processus naturel qui explique pourquoi nous en perdons quotidiennement sans que cela soit forcément inquiétant.
Un renouvellement naturel à ne pas confondre avec une alopécieChaque cheveu suit un cycle comprenant trois phases. La phase anagène correspond à la croissance du cheveu et dure généralement de trois à sept ans. Vient ensuite la phase catagène, une période de transition au cours de laquelle la croissance s’interrompt progressivement. Enfin, durant la phase télogène, le cheveu arrive au terme de son cycle avant de tomber et de laisser place à un nouveau cheveu. «Quand vous trouvez des cheveux dans votre brosse, cela ne veut pas nécessairement dire qu’il s’agit d’une véritable chute de cheveux. Il peut simplement s’agir de cheveux arrivés au terme de leur cycle et destinés à être éliminés», explique la Dre Latifa Benkirane. En moyenne, la perte d’environ 50 à 100 cheveux par jour est considérée comme normale. Cette quantité peut varier selon les personnes et les caractéristiques de leur chevelure. Il n’est donc pas nécessaire de s’alarmer à chaque cheveu retrouvé sur l’oreiller ou dans la douche. En revanche, lorsque la chute devient nettement plus importante, se prolonge ou s’accompagne d’une diminution visible de la densité capillaire, il convient d’être plus vigilant. L’apparition de zones dégarnies ou d’une raie qui s’élargit doit notamment conduire à consulter. L’objectif est alors de distinguer une chute saisonnière transitoire d’un effluvium télogène ou d’une autre forme d’alopécie qui nécessite une prise en charge spécifique.
L’été, un possible déclencheur de la chute automnalePourquoi cette chute semble-t-elle particulièrement fréquente à l’automne ? Le mécanisme exact de la chute saisonnière reste discuté, mais plusieurs facteurs pourraient intervenir dans les variations du cycle capillaire. «L’été est une période durant laquelle surviennent des variations de la photopériode, de la chaleur, de la mélatonine et de la vitamine D», indique la Dre Latifa Benkirane. L’exposition aux températures élevées et aux rayons ultraviolets, les baignades répétées en mer ou en piscine ainsi que les bains de soleil peuvent également fragiliser les cheveux et altérer leur qualité. Il faut toutefois distinguer la détérioration de la fibre capillaire de la chute du cheveu à la racine. Les agressions estivales peuvent rendre les longueurs plus sèches, ternes et cassantes, sans expliquer à elles seules une perte importante de cheveux. La chute saisonnière relève, elle, du cycle biologique du follicule pileux, dont le fonctionnement peut être influencé par différents facteurs. L’automne peut ainsi correspondre, chez certaines personnes, à une augmentation temporaire de la chute. Mais il serait réducteur d’attribuer systématiquement ce phénomène à la saison. Le stress, une maladie récente, une perte de poids importante, une alimentation déséquilibrée, certaines carences ou encore la prise de médicaments peuvent tout autant perturber le cycle capillaire. La vigilance reste donc de mise lorsque la chute est inhabituelle ou qu’elle dure dans le temps. Plutôt que de multiplier les shampooings et les compléments alimentaires sans savoir si ceux-ci sont nécessaires, mieux vaut rechercher l’origine du problème. Un examen médical permet de déterminer si la chute correspond à un phénomène saisonnier ou si elle nécessite des investigations et un traitement adapté.
Questions à Dre Latifa Benkirane, médecin spécialisée en médecine générale, régénérative, anti-âge et esthétique : «Chaque type de chute de cheveux nécessite une prise en charge adaptée»
Comment distinguer une chute saisonnière normale d’un effluvium télogène ou d’une autre forme d’alopécie qui nécessite une consultation ? Quels signes doivent alerter ?Une chute de cheveux inhabituelle est généralement constatée par la personne concernée, son médecin ou son entourage. Lorsqu’elle devient importante, persiste ou s’accompagne d’une diminution visible de la densité capillaire, il est recommandé de consulter afin d’en déterminer la cause.
Il existe plusieurs formes de chute de cheveux : une chute saisonnière, un effluvium télogène, une pelade, une alopécie androgénétique ou encore des chutes localisées. Chacune présente des caractéristiques particulières et nécessite une prise en charge adaptée. L’apparition de plaques sans cheveux, un dégarnissement progressif ou une chute brutale et importante doivent notamment inciter à consulter.
Le diagnostic médical est essentiel pour identifier l’origine du problème et proposer le traitement approprié. Il ne faut pas traiter toutes les chutes de cheveux de la même manière, car la prise en charge dépend de leur nature et de leur cause.
Chez une personne qui perd beaucoup ses cheveux à la rentrée, quels facteurs faut-il rechercher en priorité : carence en fer, problème thyroïdien, déficit nutritionnel, stress, perte de poids, maladie récente ou prise de médicaments ? Dans quels cas un bilan biologique est-il indiqué ?Un bilan biologique peut être demandé en fonction de la situation du patient et des résultats de l’examen clinique. Il comprend généralement le dosage de la ferritine pour évaluer les réserves en fer, la recherche d’une anémie et, selon les cas, le dosage de la vitamine D. D’autres analyses peuvent être nécessaires, notamment pour explorer la fonction thyroïdienne, la glycémie ou, dans certaines situations, le cortisol.
La chute de cheveux peut avoir plusieurs origines. Elle peut notamment être liée au stress, à une alimentation déséquilibrée, à un régime restrictif, à une perte de poids importante, à la prise de certains médicaments ou à une maladie récente. Il est donc important de rechercher les facteurs susceptibles d’expliquer son apparition, plutôt que de l’attribuer systématiquement au changement de saison.
Le bilan permet ainsi d’orienter la prise en charge et de corriger d’éventuelles carences. Le traitement doit ensuite être adapté à la cause identifiée.
Face à une chute saisonnière, que peut-on réellement faire pour la freiner ? Au-delà des mesures classiques, quelles solutions récentes ou innovantes présentent un intérêt dans la prise en charge de la chute des cheveux ?Le médecin esthétique peut proposer différentes solutions en fonction du type de chute et des besoins du patient. La prise en charge peut notamment commencer par des soins capillaires adaptés et la prescription de shampooings antichute, même si ces derniers ne suffisent pas toujours à traiter une alopécie.
Plusieurs techniques peuvent également être envisagées, notamment les injections de PRP (plasma riche en plaquettes), de PRF (fibrine riche en plaquettes), de polynucléotides, de peptides ou de formulations contenant des vitamines et de l’acide hyaluronique spécifique.
Des produits à base d’ADN de saumon sont également proposés dans certaines pratiques esthétiques. Le microneedling peut aussi être utilisé pour stimuler le cuir chevelu ou accompagner certains traitements. Il est toutefois essentiel de procéder au cas par cas et de choisir le traitement adéquat en fonction du diagnostic.
Dans les formes plus avancées, une greffe capillaire peut être envisagée chez les hommes comme chez les femmes, après évaluation médicale. Enfin, des perfusions intraveineuses de vitamines peuvent être prescrites dans certaines situations particulières, notamment en présence de carences justifiant ce type de prise en charge. Elles ne constituent cependant pas un traitement systématique de la chute des cheveux.