Le Matin : Dans votre livre, vous évoquez ce «vide» qui peut s’installer lorsque l’on reste prisonnier, notamment de ses habitudes, de ses peurs ou du regard des autres. Comment trouver le courage de rompre avec ce qui nous rassure, mais ne nous permet plus d’avancer ?
Hind Zemmama : Nous finissons souvent par confondre sécurité et épanouissement. Les habitudes nous rassurent parce qu’elles nous offrent des repères, mais elles peuvent, par la même occasion, finir par nous enfermer dans une vie qui ne correspond plus à nos aspirations profondes. Il arrive que nous poursuivions un chemin simplement parce qu’il est connu, parce qu’il répond aux attentes de notre entourage ou parce que nous redoutons de décevoir. La peur de l’échec, du jugement ou même du changement peut alors prendre le dessus sur nos envies. J’ai compris, au fil de mon parcours, qu’il était essentiel de prendre le temps de s’écouter, de reconnaître ce qui nous anime réellement et de ne pas laisser le regard des autres dicter nos choix. Cela demande du courage, car changer de direction suppose parfois de remettre en question des certitudes et d’accepter une part d’inconnu. Mais il ne faut pas attendre que toutes les conditions soient réunies pour oser. Se donner le droit d’explorer d’autres possibilités, de sortir de ses habitudes et de faire des choix qui nous ressemblent est déjà une première forme de liberté.
Justement, on parle beaucoup de sortir de sa zone de confort, mais beaucoup moins de ce que cela implique réellement : remettre en question ses certitudes, accepter de ne pas tout maîtriser et parfois repartir de zéro. Comment avez-vous appris à dépasser vos appréhensions et à avancer malgré l’incertitude ?
Je pense qu’il faut commencer par accepter que l’on ne peut pas tout contrôler. Nous avons souvent tendance à vouloir anticiper chaque difficulté, à attendre d’être parfaitement prêts ou à chercher toutes les garanties avant de nous lancer. Or le changement comporte toujours une part d’incertitude. La montagne m’a appris qu’il fallait avancer avec humilité, se préparer sérieusement, mais aussi accepter que les choses ne se déroulent pas toujours comme prévu. Il est important de ne pas considérer chaque obstacle comme un échec, mais comme une occasion d’apprendre et de revoir sa manière d’avancer. Parfois, il faut savoir ralentir, changer de stratégie ou même repartir de zéro. Cela ne diminue en rien le chemin parcouru. Au contraire, cela nous permet de mieux nous connaître et de découvrir des ressources insoupçonnées. Le courage, ce n’est pas de ne jamais avoir peur, c’est de ne pas laisser la peur nous empêcher d’avancer.
Vous êtes à la fois entrepreneure, mère, grand-mère et alpiniste. Comment avez-vous réussi à faire coexister ces différentes aspirations et à préserver cette liberté de poursuivre vos propres ambitions, sans vous laisser définir par un seul rôle ?
Je pense que chacun, femme ou homme, doit pouvoir construire son parcours sans être enfermé dans une seule dimension de son identité. Nous sommes faits de plusieurs aspirations, de passions, de responsabilités et d’expériences qui évoluent au fil du temps. Être entrepreneure, mère, grand-mère ou alpiniste représente différentes facettes de ma vie, mais aucune ne résume à elle seule la personne que je suis. Il ne s’agit pas de choisir entre ses responsabilités et ses rêves, mais de trouver la manière de donner une place à ce qui nous anime profondément. Cela suppose de faire des choix, de revoir parfois ses priorités et de savoir s’entourer. Je crois surtout qu’il faut se libérer des représentations qui nous assignent à une place prédéfinie. Les aspirations personnelles ne sont ni un luxe ni une parenthèse que l’on s’accorde lorsque toutes les autres obligations sont remplies. Elles font partie de notre construction et de notre épanouissement. Chacun doit pouvoir évoluer, entreprendre, apprendre et se lancer de nouveaux défis, quel que soit son âge ou son parcours.
À force de poursuivre un objectif ambitieux, ne risque-t-on pas de faire de la réussite une nouvelle forme de pression ? Comment continuer à avancer sans devenir prisonnière de ses propres ambitions ?
C’est une question importante, car nous vivons dans une société où la réussite est souvent associée à la performance, aux résultats et à la reconnaissance extérieure. Or, à force de vouloir atteindre toujours de nouveaux objectifs, on peut finir par oublier pourquoi on s’est lancé au départ. Pour moi, l’ambition doit rester une source d’élan, de plaisir et d’accomplissement, et non devenir une pression permanente. Il faut apprendre à apprécier le chemin autant que la destination, reconnaître ses avancées et accepter que tout ne se réalise pas nécessairement au moment où on l’avait imaginé. La réussite ne se mesure pas uniquement à un sommet atteint, à un projet concrétisé ou à une distinction reçue. Elle se trouve également dans les expériences vécues, les rencontres, les apprentissages et la personne que l’on devient au fil du parcours. Savoir ralentir, revoir ses priorités ou prendre du recul n’est pas renoncer à ses ambitions. C’est aussi une manière de rester fidèle à soi-même et de continuer à avancer avec du sens.
Votre parcours, tel que vous le racontez dans «Entre la vie et le vide», témoigne tout autant de l’importance de trouver un équilibre entre les défis que l’on se fixe et les autres dimensions de son existence. Qu’est-ce qui vous aide à préserver cet équilibre et à rester en accord avec vous-même ?J’ai appris que l’équilibre est essentiel, mais qu’il ne signifie pas que toutes les dimensions de notre vie doivent être parfaitement harmonieuses à chaque instant. Il y a des périodes où le travail, la famille ou un projet personnel prennent davantage de place. L’essentiel est de ne pas perdre de vue ce qui nous nourrit et nous permet de nous sentir bien. Dans mon livre, je partage justement cette conviction : avancer, se dépasser et poursuivre ses rêves ne doivent pas nous faire oublier l’essentiel. La montagne m’a appris à écouter mon corps, à reconnaître mes limites et à comprendre que savoir s’arrêter est parfois aussi important que continuer. Cet équilibre se construit au quotidien, à travers nos choix, nos priorités et notre capacité à prendre du recul. Il ne s’agit pas de tout réussir, mais de donner du sens à ce que l’on entreprend et de ne pas se perdre en chemin.
Vous avez choisi de raconter votre parcours dans un livre. Au-delà de votre propre histoire, quel déclic aimeriez-vous provoquer chez les femmes qui vous liront, notamment celles qui pensent qu’il est trop tard pour changer de voie, entreprendre ou donner une nouvelle direction à leur vie ?
J’aimerais qu’elles comprennent qu’il n’existe pas d’âge idéal pour commencer, ni de parcours unique pour s’accomplir. Chacune avance à son rythme, avec son histoire, ses contraintes et ses aspirations. Il ne s’agit pas de reproduire mon parcours, encore moins de gravir les mêmes montagnes, mais de trouver ce qui donne du sens à sa propre vie. Si mon livre peut aider une femme à reconsidérer un rêve qu’elle avait mis de côté, à oser une décision ou simplement à croire davantage en ses possibilités, alors j’aurai réussi à transmettre quelque chose d’essentiel. nUn premier exemplaire remis à Mohammed Haitami, PDG du Groupe «Le Matin»
Avant la présentation officielle de «Entre la vie et le vide» à la Bibliothèque universitaire Mohammed Sekkat, Hind Zemmama a tenu à en remettre le tout premier exemplaire à Mohammed Haitami, président-directeur général du Groupe «Le Matin». Cette remise a eu lieu lors de la conférence «Cancer du sein : mieux prévenir, mieux guérir, mieux vivre», organisée par le Groupe le 20 octobre dernier à Casablanca, dans le cadre d’Octobre Rose. Une attention particulière de l’alpiniste à l’égard du Groupe, qu’elle a également souhaité prolonger par un moment d’échange avec ses collaborateurs. À cette occasion, elle a partagé son expérience, évoquant son parcours, les défis rencontrés au fil de ses ascensions, le dépassement de soi et les enseignements tirés de ses aventures en montagne. Un témoignage inspirant, nourri par une expérience singulière, qui a permis aux participants de découvrir une autre facette de son parcours, au-delà de l’exploit sportif.
Hind Zemmama : Nous finissons souvent par confondre sécurité et épanouissement. Les habitudes nous rassurent parce qu’elles nous offrent des repères, mais elles peuvent, par la même occasion, finir par nous enfermer dans une vie qui ne correspond plus à nos aspirations profondes. Il arrive que nous poursuivions un chemin simplement parce qu’il est connu, parce qu’il répond aux attentes de notre entourage ou parce que nous redoutons de décevoir. La peur de l’échec, du jugement ou même du changement peut alors prendre le dessus sur nos envies. J’ai compris, au fil de mon parcours, qu’il était essentiel de prendre le temps de s’écouter, de reconnaître ce qui nous anime réellement et de ne pas laisser le regard des autres dicter nos choix. Cela demande du courage, car changer de direction suppose parfois de remettre en question des certitudes et d’accepter une part d’inconnu. Mais il ne faut pas attendre que toutes les conditions soient réunies pour oser. Se donner le droit d’explorer d’autres possibilités, de sortir de ses habitudes et de faire des choix qui nous ressemblent est déjà une première forme de liberté.
Justement, on parle beaucoup de sortir de sa zone de confort, mais beaucoup moins de ce que cela implique réellement : remettre en question ses certitudes, accepter de ne pas tout maîtriser et parfois repartir de zéro. Comment avez-vous appris à dépasser vos appréhensions et à avancer malgré l’incertitude ?
Je pense qu’il faut commencer par accepter que l’on ne peut pas tout contrôler. Nous avons souvent tendance à vouloir anticiper chaque difficulté, à attendre d’être parfaitement prêts ou à chercher toutes les garanties avant de nous lancer. Or le changement comporte toujours une part d’incertitude. La montagne m’a appris qu’il fallait avancer avec humilité, se préparer sérieusement, mais aussi accepter que les choses ne se déroulent pas toujours comme prévu. Il est important de ne pas considérer chaque obstacle comme un échec, mais comme une occasion d’apprendre et de revoir sa manière d’avancer. Parfois, il faut savoir ralentir, changer de stratégie ou même repartir de zéro. Cela ne diminue en rien le chemin parcouru. Au contraire, cela nous permet de mieux nous connaître et de découvrir des ressources insoupçonnées. Le courage, ce n’est pas de ne jamais avoir peur, c’est de ne pas laisser la peur nous empêcher d’avancer.
Vous êtes à la fois entrepreneure, mère, grand-mère et alpiniste. Comment avez-vous réussi à faire coexister ces différentes aspirations et à préserver cette liberté de poursuivre vos propres ambitions, sans vous laisser définir par un seul rôle ?
Je pense que chacun, femme ou homme, doit pouvoir construire son parcours sans être enfermé dans une seule dimension de son identité. Nous sommes faits de plusieurs aspirations, de passions, de responsabilités et d’expériences qui évoluent au fil du temps. Être entrepreneure, mère, grand-mère ou alpiniste représente différentes facettes de ma vie, mais aucune ne résume à elle seule la personne que je suis. Il ne s’agit pas de choisir entre ses responsabilités et ses rêves, mais de trouver la manière de donner une place à ce qui nous anime profondément. Cela suppose de faire des choix, de revoir parfois ses priorités et de savoir s’entourer. Je crois surtout qu’il faut se libérer des représentations qui nous assignent à une place prédéfinie. Les aspirations personnelles ne sont ni un luxe ni une parenthèse que l’on s’accorde lorsque toutes les autres obligations sont remplies. Elles font partie de notre construction et de notre épanouissement. Chacun doit pouvoir évoluer, entreprendre, apprendre et se lancer de nouveaux défis, quel que soit son âge ou son parcours.
À force de poursuivre un objectif ambitieux, ne risque-t-on pas de faire de la réussite une nouvelle forme de pression ? Comment continuer à avancer sans devenir prisonnière de ses propres ambitions ?
C’est une question importante, car nous vivons dans une société où la réussite est souvent associée à la performance, aux résultats et à la reconnaissance extérieure. Or, à force de vouloir atteindre toujours de nouveaux objectifs, on peut finir par oublier pourquoi on s’est lancé au départ. Pour moi, l’ambition doit rester une source d’élan, de plaisir et d’accomplissement, et non devenir une pression permanente. Il faut apprendre à apprécier le chemin autant que la destination, reconnaître ses avancées et accepter que tout ne se réalise pas nécessairement au moment où on l’avait imaginé. La réussite ne se mesure pas uniquement à un sommet atteint, à un projet concrétisé ou à une distinction reçue. Elle se trouve également dans les expériences vécues, les rencontres, les apprentissages et la personne que l’on devient au fil du parcours. Savoir ralentir, revoir ses priorités ou prendre du recul n’est pas renoncer à ses ambitions. C’est aussi une manière de rester fidèle à soi-même et de continuer à avancer avec du sens.
Votre parcours, tel que vous le racontez dans «Entre la vie et le vide», témoigne tout autant de l’importance de trouver un équilibre entre les défis que l’on se fixe et les autres dimensions de son existence. Qu’est-ce qui vous aide à préserver cet équilibre et à rester en accord avec vous-même ?J’ai appris que l’équilibre est essentiel, mais qu’il ne signifie pas que toutes les dimensions de notre vie doivent être parfaitement harmonieuses à chaque instant. Il y a des périodes où le travail, la famille ou un projet personnel prennent davantage de place. L’essentiel est de ne pas perdre de vue ce qui nous nourrit et nous permet de nous sentir bien. Dans mon livre, je partage justement cette conviction : avancer, se dépasser et poursuivre ses rêves ne doivent pas nous faire oublier l’essentiel. La montagne m’a appris à écouter mon corps, à reconnaître mes limites et à comprendre que savoir s’arrêter est parfois aussi important que continuer. Cet équilibre se construit au quotidien, à travers nos choix, nos priorités et notre capacité à prendre du recul. Il ne s’agit pas de tout réussir, mais de donner du sens à ce que l’on entreprend et de ne pas se perdre en chemin.
Vous avez choisi de raconter votre parcours dans un livre. Au-delà de votre propre histoire, quel déclic aimeriez-vous provoquer chez les femmes qui vous liront, notamment celles qui pensent qu’il est trop tard pour changer de voie, entreprendre ou donner une nouvelle direction à leur vie ?
J’aimerais qu’elles comprennent qu’il n’existe pas d’âge idéal pour commencer, ni de parcours unique pour s’accomplir. Chacune avance à son rythme, avec son histoire, ses contraintes et ses aspirations. Il ne s’agit pas de reproduire mon parcours, encore moins de gravir les mêmes montagnes, mais de trouver ce qui donne du sens à sa propre vie. Si mon livre peut aider une femme à reconsidérer un rêve qu’elle avait mis de côté, à oser une décision ou simplement à croire davantage en ses possibilités, alors j’aurai réussi à transmettre quelque chose d’essentiel. nUn premier exemplaire remis à Mohammed Haitami, PDG du Groupe «Le Matin»
Avant la présentation officielle de «Entre la vie et le vide» à la Bibliothèque universitaire Mohammed Sekkat, Hind Zemmama a tenu à en remettre le tout premier exemplaire à Mohammed Haitami, président-directeur général du Groupe «Le Matin». Cette remise a eu lieu lors de la conférence «Cancer du sein : mieux prévenir, mieux guérir, mieux vivre», organisée par le Groupe le 20 octobre dernier à Casablanca, dans le cadre d’Octobre Rose. Une attention particulière de l’alpiniste à l’égard du Groupe, qu’elle a également souhaité prolonger par un moment d’échange avec ses collaborateurs. À cette occasion, elle a partagé son expérience, évoquant son parcours, les défis rencontrés au fil de ses ascensions, le dépassement de soi et les enseignements tirés de ses aventures en montagne. Un témoignage inspirant, nourri par une expérience singulière, qui a permis aux participants de découvrir une autre facette de son parcours, au-delà de l’exploit sportif.
