Société

Espagne : les hommes marocains dominent les mariages mixtes avec 61 % des unions

À contre-courant de la tendance dominante des mariages mixtes en Espagne, ce sont les hommes marocains qui s’imposent dans les unions maroco-espagnoles. Entre 2010 et 2024, ils ont représenté 61 % des mariages conclus avec des Espagnoles, contre 39 % seulement pour les Marocaines mariées à des Espagnols, selon les chiffres de l’INE. Un basculement révélateur des profondes mutations sociales et migratoires entre les deux rives de la Méditerranée.

Photo générée par l'IA

19 Mai 2026 À 14:45

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Selon une analyse réalisée à partir des statistiques officielles de l’Institut national de la statistique espagnol (INE) couvrant la période 2010-2024, les hommes marocains représentent 61 % des mariages mixtes maroco-espagnols, contre 39 % pour les femmes marocaines mariées à des Espagnols.

Derrière ces chiffres, plusieurs chercheurs mettent en avant des logiques démographiques, sociales et migratoires qui dépassent largement le simple cadre des relations sentimentales. L’étude, publiée par le média espagnol El Debate, montre d’abord que les mariages mixtes en Espagne restent globalement dominés par les unions entre hommes espagnols et femmes étrangères. Dans l’ensemble des mariages mixtes recensés dans le pays, cette configuration représente 64 % des unions, contre 36 % pour les Espagnoles mariées à des étrangers.

Mais le cas marocain présente une réalité inverse. Parmi les unions entre Espagnols et Marocains, ce sont les femmes espagnoles qui épousent majoritairement des hommes marocains. Selon Albert Esteve, directeur du Centre d’études démographiques de l’Université autonome de Barcelone, cette situation peut notamment s’expliquer par l’existence de couples formés avec des femmes nées en Espagne mais issues de familles d’origine marocaine ou africaine.

Les spécialistes évoquent également des facteurs liés aux profils socio-économiques des célibataires espagnols et immigrés. L’étude souligne que les hommes espagnols rencontrant le plus de difficultés à se mettre en couple appartiennent souvent aux catégories sociales les plus modestes, alors que le célibat féminin se concentre davantage dans les classes les plus diplômées et favorisées. Dans ce contexte, certaines unions mixtes se construisent autour de formes de « complémentarité sociale » entre populations locales et immigrées.

Les chercheurs parlent aussi d’un phénomène d’« échange de statut », un concept fréquemment utilisé en sociologie des migrations. Clara Cortina, démographe et professeure à l’Université Pompeu Fabra, explique qu’un conjoint étranger peut compenser une position sociale plus fragile liée à son statut migratoire par d’autres critères valorisés dans le couple, qu’ils soient culturels, économiques ou liés aux attentes familiales.

L’analyse révèle enfin que le Maroc figure parmi les nationalités enregistrant le plus grand nombre de mariages mixtes avec des Espagnols sur la période 2010-2024, aux côtés notamment de la Colombie, de l’Argentine, de la Roumanie, du Venezuela ou encore du Brésil.
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