En 2024,
12,4% des femmes étaient encore célibataires à
l’âge de 50 ans, contre 9,7% des hommes, selon l’édition 2026 du rapport Les Indicateurs sociaux du Maroc, publiée fin juillet par
le Haut-Commissariat au Plan (HCP). Si le phénomène progresse chez les deux sexes, son accélération chez les femmes, particulièrement en milieu rural, reflète une évolution des trajectoires matrimoniales au Maroc.
L’évolution observée sur les trois dernières décennies montre un renversement progressif de la situation entre les femmes et les hommes. En 1994, le célibat à 50 ans concernait seulement
0,8% des Marocaines, contre 2,9% des Marocains, avant que les deux proportions ne se rapprochent en 2004, atteignant respectivement 4,5% et 4,9%. La tendance s’est ensuite inversée en 2014, lorsque
le taux féminin s’est élevé à 8,3%, dépassant pour la première fois celui des hommes, établi à 7,3%.
Dix ans plus tard, l’écart s’est davantage creusé, puisque la proportion de femmes arrivées à 50 ans sans s’être jamais mariées a atteint 12,4%, contre 9,7% chez les hommes. En l’espace de trente ans, le célibat féminin à cet âge est ainsi passé d’une situation marginale à une réalité concernant près d
’une Marocaine sur huit, tandis que sa progression chez les hommes, bien que continue, est demeurée moins rapide.
Une progression particulièrement rapide dans les campagnes
En 2024, le célibat à 50 ans reste plus fréquent
en ville qu’à la campagne, puisqu’il concerne 13,1% des femmes vivant en milieu urbain, contre 11,1% de celles résidant en milieu rural. La même différence apparaît chez les hommes, avec un taux de 10,8% dans les villes et de 7,7% dans les campagnes, ce qui confirme que le phénomène demeure globalement plus répandu dans les espaces urbains.
La comparaison avec les résultats de 2014 révèle néanmoins une progression beaucoup plus rapide parmi les femmes rurales, dont le taux de célibat à 50 ans est passé de 5,9% à 11,1% en dix ans. Chez les femmes vivant en ville, il a augmenté de
9,7% à 13,1% sur la même période, de sorte que l’écart entre les deux milieux, qui atteignait près de quatre points en 2014, a été ramené à deux points en 2024.
Le célibat féminin à 50 ans reste donc légèrement plus fréquent
en milieu urbain, mais son accélération dans les campagnes montre que cette évolution ne se limite plus aux grandes villes. Le rattrapage observé dans le monde rural constitue d’ailleurs
l’un des résultats les plus marquants relevés par le HCP, qui souligne que la hausse est particulièrement prononcée chez les femmes rurales.
Les hommes se marient plus tard, tandis que l’âge recule chez les femmes
L’âge moyen au premier mariage s’établit à 28,5 ans au Maroc en 2024, avec des écarts importants selon le sexe et le milieu de résidence. Les hommes se marient en moyenne à 32,4 ans, contre 24,6 ans pour les femmes, soit une différence de 7,8 années, tandis que le premier mariage intervient à 29 ans dans les villes et à 27,5 ans dans les campagnes.
Entre 2014 et 2024, l’évolution a suivi des directions opposées selon le sexe. L’âge moyen au premier mariage des hommes est passé de 31,3 à 32,4 ans, alors que celui des femmes a reculé de 25,7 à 24,6 ans. Les écarts territoriaux demeurent également marqués, puisque les femmes se marient en moyenne à 25,4 ans en milieu urbain et à 23 ans dans le monde rural, contre respectivement 32,8 ans et 31,8 ans pour les hommes.
La proportion de célibataires recule dans l’ensemble de la population adulte
Alors que le célibat à 50 ans progresse, la proportion de célibataires parmi l’ensemble des personnes âgées de
15 ans et plus a légèrement diminué entre 2014 et 2024, passant de 34,8% à 33,2% au niveau national. Le recul est observé chez les deux sexes, puisque le taux est passé de 40,9% à 39,3% chez les hommes et de 28,9% à 27,3% chez les femmes.
Cette évolution ne contredit pas la hausse enregistrée à 50 ans, car la proportion calculée parmi les 15 ans et plus englobe des générations très différentes, notamment des jeunes qui pourront se marier ultérieurement. Le taux de célibat à 50 ans isole, pour sa part, les personnes arrivées à cet âge sans avoir jamais contracté de mariage, ce qui permet de mesurer une forme plus durable du célibat au sein des générations concernées.
Le nombre annuel de mariages recule de plus de 22% en seize ans
La progression du célibat à 50 ans intervient dans un contexte de baisse continue du nombre de mariages enregistrés au Maroc. En 2024
, 239.300 actes ont été établis, contre 249.100 en 2023, soit un recul de 3,9% en une année, selon les données du ministère de la Justice reprises dans le rapport du HCP.
La contraction apparaît encore plus nettement sur une période longue, puisque le Royaume avait enregistré 307.500 actes de mariage en 2008, contre 279.300 en 2018 et 239.300 en 2024. Le Maroc comptabilise ainsi environ 68.200 mariages de moins qu’il y a seize ans, ce qui correspond à une diminution de plus de 22%.
Des ménages plus nombreux, mais de taille plus réduite
La transformation des comportements matrimoniaux accompagne une recomposition plus générale des ménages marocains, dont le nombre est passé de 7,31 millions en 2014 à 9,27 millions en 2024. Dans le même temps, leur taille moyenne a diminué de 4,6 à 3,9 personnes, avec une moyenne de 3,7 membres dans les villes et de 4,4 dans les campagnes, ce qui signifie que le nombre de foyers augmente alors que chacun d’eux rassemble moins de personnes
La part des ménages composés d’une seule personne a presque doublé en vingt ans, passant de 5,9% en 2004 à 7,2% en 2014, puis à 11,1% en 2024. Cette proportion atteint 12,3% en milieu urbain et 8,9% en milieu rural, tandis que les familles nucléaires représentent désormais 66,2% des ménages, contre 54,4% en 2004.
La structure familiale élargie recule parallèlement, puisque la part des familles complexes, réunissant plusieurs noyaux familiaux ou plusieurs générations, est passée de 39,7% en 2004 à 22,6% en 2024. La progression des ménages individuels ne constitue toutefois pas une mesure directe du célibat, puisqu’une personne vivant seule peut également être divorcée ou veuve, mais elle traduit une diversification des formes de résidence et une réduction progressive de la taille des foyers.
Cette évolution intervient alors que la fécondité poursuit son recul au Maroc, avec un indice synthétique ramené à 1,97 enfant par femme en 2024, contre 2,22 en 2014 et 2,5 en 2004. Le niveau national se situe désormais sous le seuil de remplacement des générations, estimé à 2,1 enfants par femme, tandis que les écarts restent importants entre les villes, où l’indice atteint 1,77 enfant, et les campagnes, où il s’établit à 2,37.
Le HCP relie cette diminution aux changements intervenus dans les comportements matrimoniaux et, dans une moindre mesure, à la planification familiale, sans présenter le célibat à 50 ans comme l’unique cause du recul des naissances. La baisse de la fécondité, la diminution du nombre de mariages, l’essor des ménages individuels et la réduction de la taille des foyers s’inscrivent dans une transition démographique plus large, également marquée par le vieillissement de la population.
La proportion des personnes âgées de 60 ans et plus est ainsi passée de 9,4% en 2014 à 13,8% en 2024, tandis que leur nombre a progressé de 3,2 millions à près de 5 millions en dix ans. L’ensemble de ces indicateurs dessine une société marocaine dans laquelle les parcours matrimoniaux se diversifient, les structures familiales se resserrent et les équilibres démographiques se transforment progressivement.